50 ans de littérature : les 10 ouvrages marquants des années 1950

Nicolas Gary - 28.08.2019

Patrimoine et éducation - A l'international - Lausanne manifestation littéraire - littérature patrimoine - archives Lausanne


En partenariat avec la manifestation Lire à Lausanne, qui se tient du 28 au 5 septembre, ActuaLitté propose de découvrir la liste de 50 ouvrages qui ont marqué ces 50 dernières années. Des livres repérés par les services des archives et des bibliothèques de la ville, en fouillant les décennies de documentation.


Lausanne
Vinicius Pinheiro, CC BY SA 2.0
 

 
Première décennie, et quelques redécouvertes, que l’on pourrait très bien voir figurer dans notre chronique des Ensablés. Il s’agit là des ouvrages qui auront connu le plus grand retentissement à leur époque, en Suisse romande. Des pépites exhumées et un certain… Blaise Cendrars à réentendre…

 

La Devinaize de Charles-François Landry (1950)

L’écrivain

Charles-François Landry, né en 1909, est un écrivain neuchâtelois et vaudois. Il étudie à Lausanne, puis part s’installer en France en 1929. En 1932, il épouse Yvette Benoît, qui donne naissance à une fille en 1934. S’il écrit dès 1930, il connait le succès littéraire à son retour en Suisse en 1940, en recevant plusieurs fois le Prix Schiller. En 1949, un fils naît de son second mariage avec Isabelle Gaudin (1942). Il gagne plusieurs autres prix de littérature avant de décéder en 1973 à Vevey.

Le livre

Landry porte un intérêt pour les gens simples, qui ont un sens aigu de l'honneur malgré les difficultés de l'existence. Il met en avant les thèmes ramuziens : la solitude de l'homme face à la nature, la poésie de la terre, du lac, du ciel, des montagnes. Son chef-d'œuvre, La Devinaize (Prix Charles Veillon en 1951), est une quête nostalgique du paradis perdu de l'enfance, dans laquelle il évoque admirablement les paysages du lac de Bret et l’histoire émouvante d’un adolescent s’ouvrant à la vie.

 

L'Herbe d'octobre d’Yvette Z’Graggen (1950)

L’écrivaine

Née en 1920 à Genève d’un père alémanique et d’une mère romande, décédée en 2010, Yvette Z’Graggen a entretenu des liens forts avec ses lecteurs et lectrices depuis ses premiers livres, La vie attendait et L’Appel du rêve, parus en 1944, à son dernier, Juste avant la pluie, paru en 2011.Journaliste et productrice d’émissions culturelles et de pièces radiophoniques à la Radio suisse romande, secrétaire des Rencontres internationales de Genève, son œuvre questionne avec tact la condition féminine, les inégalités sociales ou les zones d’ombre de l’histoire suisse durant la deuxième Guerre mondiale.

Le livre

Paru en 1950, L'Herbe d'octobre est le troisième livre d'Yvette Z'Graggen. Prix Schiller 1951, c’est l’un de ses grands succès populaires. Après La Vie attendait, paru en 1944, la guerre - temps d'exception qui bouleverse les valeurs morales, et avive le besoin d'indépendance des êtres - sert encore de cadre au roman. De nombreux lecteurs se retrouvent dans cette fresque d'une certaine jeunesse genevoise entre 1942 et 1946, en fond de laquelle rôdent, en sus de la guerre dans les pays alentours, la maladie et la mort.

 

La Voie cruelle d’Ella Maillart (1952)

L’écrivaine

Née à Genève en 1903, morte en 1997 à Chandolin (VS), Ella Maillart est l’une des plus audacieuses aventurières du 20e siècle. Reporter, écrivaine, conférencière et photographe, sportive d’élite, elle parcourt, seule ou accompagnée de Peter Fleming ou Annemarie Schwarzenbach, les régions les plus reculées (Russie, Chine, Afghanistan…). Après une quête spirituelle en Inde, elle revient en Suisse en 1946 et s’établit à Chandolin. Figure tutélaire de la famille des écrivains voyageurs, ses récits (Oasis interdites, Croisières et caravanes, Ti-Puss) ne cessent d’être réédités.

Le livre

La Voie cruelle est le récit magnifique, passionnant et poignant, de l'incroyable voyage qu'Ella Maillart entreprend en 1939 en Asie, d'Istanbul à Peshawar, dans une Ford 18 CV avec son amie la romancière Annemarie Schwarzenbach. Ce périple mouvementé, une aventure rare et risquée à cette époque, est né autant pour fuir une Europe qui va basculer dans la guerre que pour renouer avec un monde ancestral et préservé qu’Ella Maillart idéalise. C'est en Inde, entre 1943 et 1945, que l’auteure rédige La Voie cruelle en anglais, pour le traduire ultérieurement en français.

 

Le Préau de Georges Borgeaud (1952)

L’écrivain

Georges Borgeaud naît en 1914 à Lausanne. De 1931 à 1934, il étudie à l’Abbaye de Saint-Maurice, puis dans un monastère belge. Il devient libraire en 1938 et s’installe à Paris en 1946. Son premier roman, Le Préau (1952), reçoit le Prix des Critiques. Un séjour au château de Glérolles sert de cadre à La Vaisselle des évêques qu’il publie en 1959. Il obtient encore le Prix Renaudot pour Le Voyage à l’étranger (1974) et le Prix Médicis pour LeSoleil sur Aubiac (1986). Il décède en 1998, à Paris.

Le livre

Georges Borgeaud est un des écrivains romands majeurs de sa génération. Dans Le Préau, une œuvre autobiographique, il développe les thèmes de l’adolescence et de l’éducation intellectuelle et religieuse. Si le préau est le lieu principal de l’histoire, le lac et la montagne ne sont jamais loin. Le récit raconte l’histoire de Maurice Passereau, un garçon mis en pension dans un internat catholique et dans une famille protestante. Les personnes qu’il y rencontre vont le tirailler entre ces deux religions.

 

Le Sabot de Vénus de Corinna Bille (1952)

L’écrivaine

Née Stéphanie Bille à Lausanne en 1912, fille du peintre Edmond Bille, morte à Sierre en 1979, Corinna Bille choisit son prénom de plume en référence au village de Corin, cher à sa mère. Elle rencontre en 1952 Maurice Chappaz, avec lequel elle s’installe à Veyras. Auteure de plus de cinquante recueils de poésie, de nouvelles, de récits et de romans, Prix Schiller 1974 et Prix Goncourt de la nouvelle 1975 pour La Demoiselle sauvage, elle est l’une des voix les plus originales, onirique et fulgurante, de Suisse romande.

Le livre

Deuxième roman de Corinna Bille, Le Sabot de Vénus, raconte la quête initiatique d’un jeune homme, Martin Lomense, pour Bara, frêle femme mystérieuse, femme animale qui hante les montagnes et forêts et envoûte tous les hommes du village. Evoquant avec talent l’atmosphère de Chandolin, ainsi que les liens entre l’homme et le paysage, ce texte impose l’écrivaine valaisanne comme une conteuse hors pair de la nature, du Valais fantastique et poétique, et de la féminité, l’un n’allant pas sans l’autre.

 

Le Testament du Haut-Rhône de Maurice Chappaz (1953)

L’écrivain

Né en 1916 à Lausanne, mort à Martigny en 2009, Maurice Chappaz a donné une voix, un vocabulaire et une âme au Valais, témoin privilégié du changement de civilisation en cours. Issu d’une famille d’avocats et de notaires, il choisit la marge de la poésie. Au décès de S. Corinna Bille, son épouse durant 35 ans, il s’établit dans l’abbaye maternelle du Châble. Il multiplie les métiers (journaliste, aide-géomètre sur le chantier de la Grande Dixence, gérant des vignes de son oncle Maurice Troillet) et les voyages qui nourrissent sa recherche de spiritualité (Laponie, Tibet, Chine, Russie).

Le livre

Le Testament du Haut-Rhône, sous-titré Incantation du Narcisse sauvage, suite lyrique en prose, est une poignante évocation de la nature du Haut-Rhône valaisan chère à Chappaz. Le poète-marcheur convoque certains « sentiments de l’enfance » qui le conduisent à quêter le secret d’un paradis perdu. Ce premier grand livre de Chappaz, dix ans après son entrée en littérature, est un succès. Il témoigne de l’entrée en guerre de Chappaz contre l’invasion industrielle et touristique et de sa tristesse révoltée en ressentant le « commencement de la fin » de la civilisation paysanne.

 

L’Amour difficile de Jean-Pierre Monnier (1953)

L’écrivain

Jean-Pierre Monnier naît en 1921 à Saint-Imier. Il étudie les lettres puis enseigne pendant 40 ans au gymnase à Neuchâtel. Il publie en 1953 L’Amour difficile, qui lui vaut une reconnaissance immédiate. A la fois romancier, poète et essayiste, il reçoit le Prix Veillon en 1957 avec La Clarté de la nuit et le Prix Schiller avec Les Algues du fond en 1961. Il épouse Monique Laederach la même année, puis Françoise Quillet en 1975, avec qui il aura un fils en 1981. Il décède en 1997 à Epautheyres.

Le livre

Les trois premiers romans de Monnier (L’Amour difficile, La Clarté de la nuit et Les Algues du fond) s’articulent autour de trois vertus théologales : la charité, la foi et l’espérance, et proposent des plongées dans la vie intérieure de personnages aux prises avec l'inquiétude, le doute et le mal-être. Dans L’Amour difficile, son premier roman, Monnier développe les causes de l’échec de l’amour, liées à l’impossibilité de deux êtres de se comprendre, à la dégradation des relations humaines et à l’égoïsme de chacun.

 

Rêve à ciel ouvert de Samuel Chevallier (1955)

L’écrivain

Samuel Chevallier naît en 1906 à Grandevent. Docteur en droit (Lausanne, 1931), puis secrétaire municipal à Lausanne de 1934 à 1943, il devient journaliste radiophonique et présente Le Quart d’heure vaudois à la RSR de 1941 à 1969. Entre pièces de théâtre et romans, il dépose aussi une initiative populaire « Pour la réduction temporaire des dépenses militaires » en 1955. Il reçoit le Prix suisse de la Société des auteurs dramatiques de langue française en 1959 et décède en 1969 à Lausanne.

Le livre

Rêve à ciel ouvert publié en 1955 tient plus du journal intime rétrospectif que du roman. Succès populaire à sa sortie - les milliers d’exemplaires de l’édition originale s’épuisent en quelques semaines - cette œuvre n’est pas heureuse pour autant et met en évidence l’âme vaudoise, avec ses clairs obscurs, ses secrets, sa pureté et son tourment. Chevallier y décrit en effet l’histoire d’une adolescence tourmentée à travers ses états d’âme. Il s’agit là d’un témoignage d’une grande authenticité.

 

Emmène-moi au bout du monde !... de Blaise Cendrars (1956)

L’écrivain

Né Frédéric Sauser à La Chaux-de-Fonds en 1888, mort à Paris en 1961, Blaise Cendrars a marqué le 20e siècle autant par son parcours d’aventurier sur terre comme sur mer que par ses écrits novateurs. Pâques, son premier grand poème, puis La Prose du Transsibérien, annoncent sa vocation au début des années 1910. Bourlingueur (Russie, Etats-Unis), grand reporter pour la presse, il perd son bras droit, emporté par un obus, en 1916, ce qui lui inspire La Main coupée. En 1924, son roman L’Or le rend célèbre. Suivent d’autres inoubliables et originaux romans, reportages, récits autobiographiques ou poèmes.

Le livre

Emmène-moi au bout du monde!... est le dernier livre écrit par Blaise Cendrars. Roman à clefs sous couvert d'une intrigue policière, cette chronique théâtrale s’inspire de la vie de la comédienne Marguerite Moreno, amie de son épouse Raymonde. Sa truculence, sa violence, sa trivialité fort peu correcte et son érotisme incongru décrivant les ébats de la femme vieillissante, sa drôlerie aussi, font scandale. Livre mythique, c’est aussi le plus mal compris des livres de Blaise Cendrars, qui n’a alors plus rien à prouver, ni à perdre.

 

Je de Yves Velan (1959)

L’écrivain

Né en 1925 à Saint-Quentin en France, mort en 2017 à La Chaux-de-Fonds, Yves Velan étudie à Lausanne. Proche des partis d’extrême-gauche, il est exclu de l’enseignement vaudois en 1957. Membre fondateur de la Nouvelle gauche socialiste et du Groupe d’Olten, il enseigne à La Chaux-de-Fonds et aux Etats-Unis tout en menant des activités de romancier, de critique littéraire et d’animateur de revues. Ses romans Soft Goulag, La statue de Condillac retouchée ou LeNarrateur et son énergumène questionnent notre société et ses divers formatages.

Le livre

Jean-Luc Friedrich, jeune célibataire torturé et médiocre, est pasteur à Nyon. Son unique ami, Victor Rimski, appartient à la classe ouvrière athée. Victor, libre et viril, représente tout ce que Jean-Luc n’est pas. Premier roman d’Yves Velan, premier roman romand de la lutte des classes, texte-bloc d’une densité rare, Je livre au lecteur l’accès inconditionnel, et donc forcément morcelé, au cerveau de son personnage, tout en poussant à l’extrême le fameux complexe d’Amiel fait de culpabilité protestante et d’introspection castratrice.


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