50 ans de littérature : les 10 ouvrages qui ont marqué les années 1960

Cécile Mazin - 30.08.2019

Patrimoine et éducation - A l'international - patrimoine littérature - romans histoire - histoire littéraire


Dans le cadre de la manifestation Lire à Lausanne, du 28 au 5 septembre, les archives et bibliothèques de la ville ont plongé dans l’histoire littéraire. Et exhumé 50 romans qui ont marqué la vie des lecteurs, suscité l’enthousiasme de la presse et finalement, restent dans les esprits.  

Lausanne
Lausanne - Carl Mueller, CC BY 2.0


En partenariat avec la ville de Lausanne, ActuaLitté vous propose de découvrir la liste complète de ces 50 titres. Nous avons déjà publié les 10 premiers, pour les années 50. Voici désormais ceux des années 60. 
 

Le Temps des anges de Catherine Colomb (1962)

 

L’écrivaine

Catherine Colomb, né en 1892 à Saint-Prex, est une des premières femmes licenciées en lettres du canton de Vaud (1916). Elle vit un temps à Londres et Oxford où elle fréquente le monde politique et culturel. Elle épouse Jean Reymond, avocat vaudois, en 1921. D’abord mère et épouse, elle commence à écrire en secret dès 1930. Après trois romans au succès mitigé, elle connait la consécration avec Le Temps des anges (1962) et obtient le Prix Rambert cette année-là. Elle décède en 1965 à Lausanne.

 

Le livre

Dans Le Temps des anges, Catherine Colomb développe les thèmes de la vie à la campagne, rythmée par les héritages, les mariages et les naissances, dans un milieu géographique, social et culturel : celui des propriétaires de vignobles de la Côte lémanique où l'auteure a passé la plus grande partie de sa vie. Si elle y reste attachée, Catherine Colomb souligne, avec humour et ironie, l’hypocrisie de ce milieu et montre à quel point les conflits mis en scène touchent à l'essentiel de la psyché humaine : l'amour et la haine.

 

L'Usage du monde de Nicolas Bouvier (1963)

 

L’écrivain

Né en 1929 à Genève de parents bibliothécaires, mort en 1998, Nicolas Bouvier contracte le virus du voyage « vautré sur ses atlas les longs dimanches de pluie ». En 1951, il rallie Istanbul avec des amis, dont le peintre Thierry Vernet, avec lequel il partira sur la route de L’Usage du monde. Le voyage de Nicolas Bouvier dure quatre ans, le menant en Inde et au Japon. Il tire de son séjour à Ceylan Le Poisson-scorpion. Journaliste, écrivain, photographe, Nicolas Bouvier gagne sa vie grâce à ses activités d’iconographie, fournissant des illustrations à l’OMS ou aux éditions Rencontre à Lausanne. Il reçoit en 1995 le Grand Prix C.F. Ramuz.

 

Le livre

Entre juin 1953 et décembre 1954, Nicolas Bouvier et son ami Thierry Vernet taillent la route en Fiat Topolino de Genève en Afghanistan en passant par Belgrade, la Turquie et l’Iran. Au retour, pendant des années, Bouvier travaille ses notes. Refusé par divers éditeurs, L'Usage du monde est publié à compte d’auteur en 1963. Il faut attendre 1992, grâce à Michel Le Bris, fondateur du festival Etonnants Voyageurs, pour que le livre prenne son envol. Cette invitation au décentrement, à la lenteur et à l’ouverture au monde est désormais un livre culte autant qu’un classique de la littérature voyage.

 

Portrait des Valaisans en légende et en vérité de Maurice Chappaz (1965)

 

L’écrivain

Né en 1916 à Lausanne, mort à Martigny en 2009, Maurice Chappaz a donné une voix, un vocabulaire et une âme au Valais, témoin privilégié du changement de civilisation en cours. Issu d’une famille d’avocats et de notaires, il choisit la marge de la poésie. Au décès de S. Corinna Bille, son épouse durant 35 ans, il s’établit dans l’abbaye maternelle du Châble. Il multiplie les métiers (journaliste, aide-géomètre sur le chantier de la Grande Dixence, gérant des vignes de son oncle Maurice Troillet) et les voyages qui nourrissent sa recherche de spiritualité (Laponie, Tibet, Chine, Russie).

 

Le livre

Portrait des Valaisans en légende et en vérité, le livre le plus populaire de Maurice Chappaz, dit son attachement au Valais, à ses hommes, ses femmes, ses figures et son âme. Il se lit comme une suite de croquis truculents, lyriques, oniriques et tendres dans laquelle défilent curés, chanoines en soutane, paysans anarchistes, vignerons, présidents de commune, ivrognes, régentes, sommelières ou idiots du village. Ce livre, précédant de quelques années le Portrait des Vaudois de Chessex, également paru aux Cahiers de la Renaissance Vaudois, lui apporte la consécration à la fois du milieu littéraire et du public.

 

Boulevard des Philosophes de Georges Haldas (1966)


L’écrivain

Georges Haldas, né en 1917, à Genève, de père grec et de mère suisse, vit jusqu’à 9 ans en Grèce, puis s’installe avec ses parents à Genève, au boulevard des Philosophes 7. Il étudie les lettres à l’Université. Collaborateur aux Editions Rencontre en 1960, il y dirige plusieurs collections littéraires (russe, espagnole, italienne). Poète, essayiste et traducteur, il est l’auteur d'une œuvre considérable qui conduit à une lecture de la vie véritablement en profondeur. Il meurt en 2010 à Lausanne.

 

Le livre

Fortement imprégné par sa vie passée au Boulevard des Philosophes, dès la fin des années 1920, Haldas publie en 1966 une chronique attachante qui en porte le nom. Il y retrace les expériences marquantes de l’enfance se rapportant à son père. En 1973, il écrit cette fois sur le personnage bénéfique de sa mère dans sa Chronique de la rue Saint-Ours, rue perpendiculaire au boulevard. Dans ces œuvres majeures, Haldas dépeint un univers urbain et familial, que l’on découvre au fil de ses souvenirs.

 

Le Creux de la vague d’Alice Rivaz (1967)

 

L’écrivaine

Alice Rivaz (Golay de son vrai nom), née en 1901 à Rovray, est une des plus grandes écrivaines suisses. Fille de Paul Golay (membre du Grand Conseil et du Conseil national), socialiste et féministe, elle porte les thèmes de la passion, de la solitude et de l’échec dans son œuvre. Fonctionnaire au Bureau international du travail, elle commence à écrire dès la suspension des activités du BIT pendant la Seconde guerre mondiale. Elle obtient le Prix Schiller en 1942 et 1969 et décède à Genève en 1998.

 

Le livre

Quand l'amour n’éclot pas et reste fantasmé, des peurs sont à l'œuvre. Alice Rivaz les dévoile en explorant les situations comiques, heureuses ou tragiques qui en résultent. Dans Le Creux de la vague - œuvre de maturité qui fait suite à Comme le sable (1946) - l’auteure la plus engagée de sa génération cherche à comprendre la situation de la Suisse au sein de l'Europe de l'avant-guerre. Elle prend le recul nécessaire pour analyser nos propres aspirations et erreurs, tant personnelles qu’historiques.

 

Gravé au diamant d’Anne Cuneo (1967)

 

L’écrivaine

Née à Paris en 1936, morte à Lausanne en 2015, orpheline de père à 9 ans, Anne Cuneo grandit en Italie puis dans un orphelinat à Lausanne. Tour à tour enseignante, journaliste à la RTS, traductrice, scénariste, réalisatrice, chroniqueuse, passionnée par le monde du théâtre et l’Angleterre, elle consacre sa première vie d’auteure à l’autofiction. Dès Station Victoria en 1989, elle livre des romans historiques, consacrés notamment à la période élisabéthaine, et des romans policiers, qui connaissent un beau succès populaire.

 

Le livre

Premier livre publié par Anne Cuneo, Gravé au diamant raconte une journée du printemps 1963 dans la vie de Lise, rédactrice dans un bureau de publicité à Zurich et patiente d’un psychanalyste nommé Wolff. Roman expérimental placé sous le signe d’André Breton, féministe, il plonge dans l’enfance de la narratrice et explose la forme du roman, introduisant un cahier photos. Sa publication remarquée mène à la création de l’Anti-Prix de la Radio romande et impose Anne Cuneo en fer de lance de la relève littéraire romande d’alors.

 

Liberté à l'aube d’Alexandre Voisard (1967)

 

L’écrivain

Né à Porrentruy en 1930, Alexandre Voisard pratique divers métiers avant de reprendre la librairie Le Jura à Porrentruy. Poète avant tout, il publie son premier recueil, Ecrit sur un mur, en 1954. Il est en 1979 le premier délégué aux Affaires culturelles de la République et Canton du Jura. Député socialiste au Parlement jurassien, vice-président de Pro Helvetia, il entre à l’Académie Mallarmé en 1989. Auteur d’une trentaine de livres de prose, poésie, chroniques ou nouvelles, poète de l’universel enraciné dans sa terre natale, il vit à Courtelevant dans le territoire de Belfort.

 

Le livre

Liberté à l’aube est un recueil de douze poèmes dont le troisième, Ode au pays qui ne veut pas mourir, est devenu hymne national le 10 septembre 1967 à Delémont, jour de la Fête du peuple et des 20 ans du mouvement séparatiste jurassien. Lisant son poème devant 40'000 personnes qui reprennent en cœur ses vers, Voisard devient porte-étendard de la lutte pour l’indépendance du Jura, et Liberté à l’aube, arme de combat, ce qui ne doit pas faire oublier son lyrisme poignant et fiévreux, profondément humaniste et universel.

 

La Fraise noire de Corinna Bille (1968)

 

L’écrivaine

Née Stéphanie Bille à Lausanne en 1912, fille du peintre Edmond Bille, morte à Sierre en 1979, Corinna Bille choisit son prénom de plume en référence au village de Corin, cher à sa mère. Elle rencontre en 1952 Maurice Chappaz, avec lequel elle s’installe à Veyras. Auteure de plus de cinquante recueils de poésie, de nouvelles, de récits et de romans, Prix Schiller 1974 et Prix Goncourt de la nouvelle 1975 pour La Demoiselle sauvage, elle est l’une des voix les plus originales, onirique et fulgurante, de Suisse romande.

 

Le livre

Le titre du recueil de nouvelles La Fraise noire se réfère à la fois aux fraises de novembre, au symbole de la femme aimée et à l'érotisme – une belle synthèse de l’identité littéraire de Corinna Bille. Ces histoires de jeunes filles des villages ou d’ouvriers italiens, de désespérés et de criminels, d’amours coupables et d’incestes sauvages, de tragédies paysannes et d’usine, parues à la Guilde du livre en Suisse romande en 1968, ont tellement plu aux lecteurs que Gallimard les a rééditées en 1976 et 1999. Annonciateur de son Goncourt de la nouvelle en 1975 pour La Demoiselle sauvage.

 

Le Chêne brûlé de Gaston Cherpillod (1969)

 

L’écrivain

Né en 1925 à Lausanne, dans une famille ouvrière, Gaston Cherpillod, licencié en lettres en 1950, puis Conseiller communal à Lausanne (1954-1956), enseigne le latin et le grec avant d’être suspendu par le canton de Vaud pour son appartenance au Parti ouvrier populaire. Il quitte alors le canton pendant plusieurs années. Son œuvre (Prix Schiller en 1976 et 1986), riche d’une vingtaine de titres, est marquée par son engagement intellectuel et politique. Il décède en 2012 dans la vallée de Joux.

 

Le livre

Le Chêne brûlé, autobiographie poétique, est sans doute la clé pour accéder à l'œuvre entière de Gaston Cherpillod, certainement le personnage le plus dérangeant de la famille littéraire de Suisse romande. Il proclame que son livre « constitue une auto-analyse, la critique d'un lieu, d'une époque, un document sociologique, un règlement de comptes », mais surtout : « une oraison funèbre que je prononce, celle de mon enfance et de ma jeunesse, toutes deux mortes et dont les cadavres m'empestaient.».

 

Portrait des Vaudois de Jacques Chessex (1969)

 

L’écrivain

Né en 1934 à Payerne, mort en 2009 à Yverdon, Jacques Chessex a marqué par sa personnalité autant que son œuvre la scène littéraire romande de la deuxième moitié du 20e siècle. Enseignant, poète, romancier, pamphlétaire, chroniqueur, agitateur, essayiste, il est l’auteur d’une vaste œuvre habitée autant par le suicide de son père que par Dieu, la sexualité, la peinture et la mort. Habitant de Ropraz depuis les années 1970, il connait dans les années 2000 une dernière vague de succès international avec Le Vampire de Ropraz et Un Juif pour l’exemple.

 

Le livre

Sur la suggestion de Bertil Galland pour répondre au Portrait des Valaisans de Maurice Chappaz, Chessex écrit son Portrait des Vaudois, recueil de chroniques et œuvre la plus populaire parmi les Vaudois de l’écrivain. Normal : il y écrit, tour à tour tendre et colérique, moqueur ou complice, son lien à ses racines. Et propose, au fil d’histoires et de rencontres imaginées ou vécues, évoquant autant l’abattage du porc au village que la laideur des hôtels de Montreux, une fresque inoubliable du caractère et des mœurs populaires vaudois, à la fois latin et nordique, sensuel et protestant.


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