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À la rencontre de Jean de La Fontaine, rêveur et malicieux

Auteur invité - 01.09.2017

Patrimoine et éducation - Patrimoine - fables La Fontaine - contes La Fontaine - Roi soleil La Fontaine


La maison natale de La Fontaine est aujourd’hui, à Château-Thierry dans l’Aisne, un beau musée ouvert au public, riche de collections qui rappellent l’influence très grande qu’exerça et continue d’exercer le fabuliste auprès des plus grands artistes. La visiter, c’est plonger dans les eaux lustrales de la jeunesse, l’âge où l’on a coutume de découvrir l’auteur du Loup et l’agneau, mais aussi réfléchir à la dimension politique de l’œuvre du moraliste. Visite des lieux en compagnie de son jeune conservateur, Thomas Morel. 

 



 

Avec plaisir et dynamisme, Thomas Morel a pris ses fonctions de conservateur du patrimoine au musée Jean de La Fontaine et au musée de l’Hôtel-Dieu, tous deux situés au cœur du centre historique de la ville de Château-Thierry, ainsi qu’à celui dédié à Paul et Camille Claudel, basé à Villeneuve-sur-Fère et en rénovation. Il est, par ailleurs, conseiller technique auprès de la Maison du tourisme « Les portes de Champagne » pour le musée de la Mémoire de Belleau 1914-1918. Beau défi pour ce jeune conservateur dont c’est le premier poste.

La maison natale de Jean de La Fontaine, construite au XVIe siècle, dépossédée, lors de l’alignement de la rue en 1882, de ses grilles originales et de l’unique tourelle, se déploie sur deux niveaux. À l’arrière, un jardin restitue le charme de l’époque. Avec ses plafonds aux poutres apparentes, son escalier en colimaçon, ses tomettes..., la demeure a conservé son caractère. En 1876, avec l’appui de la Société historique et archéologique de la ville, elle fut transformée en musée et s’approvisionna, peu à peu, de nombreux dons. 
 

Dépourvu de biens mobiliers ayant appartenu à la famille, le musée est détenteur de rares, mais précieux documents. Ainsi l’acte de baptême du poète né le 8 juillet 1621 et plusieurs lettres personnelles. « Le XVIIe siècle n’avait pas le culte de l’artiste ; ce n’est qu’au XIXe siècle qu’on transforme en reliques les objets ayant appartenu aux grands hommes », souligne Thomas Morel. Riche en iconographie, le musée se visite dans un parcours attaché « à dévoiler l’importance et la diversité de l’œuvre, et son intérêt grandissant au fil du temps ».

De grands artistes, peintres, sculpteurs, graveurs, illustrateurs, caricaturistes ont œuvré à la représentation des contes et fables sur de nombreux supports : faïence, porcelaine, terre cuite, argenterie, mobilier, tapisserie, etc. Au rez-de-chaussée on découvre une grande salle XVIIe et un petit salon qui évoque les contes libertins et au premier étage la salle XIXe, le cabinet de travail et la bibliothèque.

De nombreux portraits sont présentés : ceux de l’artiste, dont le portrait officiel en provenance de l’atelier de Hyacinthe Rigaud ou la Grande sculpture de Bernard Gabriel Seurre et ceux de ses contemporains, Fouquet, Racine... Constitué d’un fonds unique des éditions du fabuliste du XVIIe au XXe, le musée est enrichi de très belles éditions originales : parmi elles, la réédition de 1685 d’une traduction de Sénéque par Pintrel, ami de Jean de La Fontaine qui revint à Château-Thierry pour la compléter après la mort de l’auteur ; les Fables choisies illustrées par François Chauveau, premier illustrateur, et éditées en 1668 ; ou encore la célèbre édition, dite des Fermiers Généraux, des Contes imprimée au XVIIIe siècle. 
 

À travers les gravures de Nicolas de Larmessin et les exquises illustrations de Nicolas Vleughels, le visiteur découvrira, ce qui est moins connu, les contes licencieux. La Fontaine n’a cessé d’inspirer des illustrateurs : ainsi, Jean-Baptiste Oudry, qui fut directeur de la manufacture de Beauvais en 1734, ou le peintre Jean-Baptiste Claudot. 
 

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Le XIXe siècle fut un foisonnement dans la représentation de l’œuvre à laquelle les plus grands noms de la création artistique se sont intéressés et accrédite l’immensité du talent de La Fontaine, sa notoriété, sa vocation pédagogique et son immersion dans la vie quotidienne. Citons Gustave Doré, illustrateur, Grandville, caricaturiste, ou deux peintres, Léon Lhermitte, de Château-Thierry, avec La mort et le bûcheron, œuvre emblématique et Louis-Émile Villa, avec Le héron. Parmi les trésors, l’illustration des œuvres du poète par des artistes du monde entier, initiée par le baron Félix Sébastien Feuillet de Conches, dont le musée détient quelques originaux réalisés en Inde par Imam Bakhsh Lahori.

Le visiteur pourra, dans l’inspiration qu’ont suscité les fables de La Fontaine, découvrir leurs représentations par les plus grands créateurs, Salvador Dali, Ongaro, ou Marc Chagall, avec un exemplaire d’une collection de gravures, et aussi, contenues dans un coffret livre, vingt fables illustrées par un collectif d’artistes réuni par Jean Cocteau. 

La variété des objets usuels et décoratifs, par ailleurs, étonne par leur diversité, leur originalité, ainsi ce poêle à bois vernissé, réalisé par la manufacture de Sarreguemines.



 

Artiste de génie, esprit libre, inventif, divers, qualifié par Thomas Morel de « rêveur et malicieux », La Fontaine, dont il a « découvert, à 18 ans, l’œuvre peu anodine », fut académicien à 64 ans. Il garda un profond attachement à Château-Thierry, source d’inspiration y compris à travers sa charge de Maître particulier des Eaux et forêts. 

Dans les projets de développement du musée, Thomas Morel, souhaite d’une part, « mettre en valeur les points saillants d’un fond unique d’éditions originales, en particulier celles du vivant de Jean de La Fontaine », et d’autre part, « valoriser des illustrateurs méconnus des fables dans les collections ». 
 

À travers le réseau constitué des deux maisons d’écrivains, il s’agit de favoriser un itinéraire relié au tourisme local ancré dans la production de vin de champagne. La prochaine exposition qu’il organise au musée et à la maison de l’amitié France-Amérique à Château-Thierry, du 9 juin au 10 septembre 2017, sera d’ailleurs intitulée Champagne chez La Fontaine. Elle présentera des œuvres d’art en rapport avec la présence du poète dans la ville. La politique muséale vise aussi à attirer davantage le public touristique, mais également scolaire.
 

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Le musée participe au projet Roll, dont l’objectif est de prévenir l’illettrisme en développant une pédagogie de la compréhension des textes écrits. Les maisons d’écrivains des Hauts–de–France exposeront les réalisations artistiques des élèves de sixième à la médiathèque de Château-Thierry en juin. Dernier point, et non des moindres : quelle est la fable préférée du spécialiste Thomas Morel ? « Le songe d’un habitant du Mogol, pour son lyrisme, dont les derniers vers sont : 
 

Quand le moment viendra d’aller trouver les morts,
J’aurai vécu sans soins et mourrai sans remords... 
» 
 

Sylvie Payet 

 

Musée Jean de La Fontaine,
12 rue Jean de La Fontaine 
02400 Château-Thierry 

 

en partenariat avec le CRLL Nord Pas de Calais