Notre-Dame de Paris est une cathédrale, gothique et poétique, qui rend hommage à la Vierge Marie. Tous ses symboles, flèches, tours, gargouilles font partie de son mythe. Jean de Chelles, Pierre de Montreuil, Eugène Viollet-le-Duc bâtirent sa légende. À Paris, en France, et dans le monde, elle est l’emblème de la foi catholique et de l’histoire de France. Depuis le Moyen-âge, les poètes, croyants, agnostiques, déistes, théistes, ou encore athées, font l’éloge de la noble dame.

Notre Dame, Paris.
Steven Penton CC BY 2.0
 
« Notre-Dame, parmi les dômes
Des vieux faubourgs,
Dressait comme deux grands fantômes
Ses grandes tours 
».
C’était la première soirée, in Dernière gerbe (1902), Victor Hugo.


Dans ce « 11 septembre » à la française, la cathédrale prend feu, en plein cœur de Paris. Combien de cathédrales ont brûlé depuis le roi Saint-Louis ? Au XXIe siècle, ces flammes recèlent beaucoup de mystères, dans cette République de Satan. Au XIXe siècle, Théophile Gautier annonce un mauvais présage, dans son poème « Soleil couchant », extrait de ses Premières poésies :
 
Je me suis arrêté quelques instants pour voir
Le soleil se coucher derrière Notre-Dame.
Un nuage splendide à l’horizon de flamme,
Tel qu’un oiseau géant qui va prendre l’essor,
D’un bout du ciel à l’autre ouvrait ses ailes d’or.

De ce brasier qui a enflammé la Semaine sainte, il ne reste que des ruines, des cendres et des murs qui s’élèvent sous le vent de l’île de la Cité. Dans l’esprit de l’ésotérique Gérard de Nerval, fils d’Étienne Labrunie, médecin franc-maçon, cette cathédrale reste éternelle, comme les rois de France. Dans ses Odelettes de 1834, la cathédrale ressuscite :
 
Notre-Dame est bien vieille : on la verra peut-être
Enterrer cependant Paris qu’elle a vu naître.

De tous les points de Paris, du quai de la Tournelle à la tour Montparnasse, le spectateur peut admirer Notre-Dame de Paris, et entendre les cloches qui sonnent, dans le poème posthume « Clochi-clocha » de Paul Verlaine :
 
Notre-Dame de Paris,
Nuptiale et sépulcrale,
Bourdonne dans le ciel gris.

À Paris, Notre-Dame se décline sous toutes ses formes. Toutes les rues mènent à la cathédrale, de la rive droite, la rue Notre-Dame-de-Lorette, à la rive gauche, la rue Notre-Dame-des-Champs. Et encore l’on arpente la cité de Lutèce, de la rue Notre-Dame-de-Nazareth à la rue Notre-Dame-des-Victoires, pour arriver au pied de la cathédrale, dans la rue du Cloître-Notre-Dame.

En pleine Première Guerre mondiale, Blaise Cendrars pose ses valises à l’hôtel Notre-Dame, au 1 quai Saint-Michel, d’où l’on scrute l’église, son parvis, et la Seine, en amont. Après ce chemin de croix, le poète peut s’asseoir sur un banc sous les marronniers du square Jean-XXIII.

Entre la Sainte-Chapelle, l’église Saint-Gervais et l’église Saint-Julien-le-Pauvre, la cathédrale, elle, a son miroir, la Seine, comme l’envisage Jacques Prévert, dans sa Chanson de la Seine, extrait du recueil Spectacle de 1949 :
 
Et quand elle se promène
Tout le long de ses quais
Avec sa belle robe verte
Et ses lumières dorées
Notre-Dame jalouse
Immobile et sévère
Du haut de toutes ses pierres
La regarde de travers

Sous cette IVe République, Francis Carco évoque tout un art de vivre autour de la cathédrale. Le long du Quai aux Fleurs, les bateaux-mouches vrombissent. Sur les vagues du fleuve, l’on entend la voix de Francis Lemarque :
 

Allons, fleurissez-vous, Mesdames,
Mais c’était toi que j’évoquais
Sur le parvis de Notre-Dame
N’y reviendras-tu donc jamais ?
Voici le joli mois de mai


D’ailleurs, quel poète n’a pas rêvé de veiller toute la nuit, dans l’une des tours de la cathédrale, sous les lumières de la rose du midi, ou tout près du grand orgue, avec la bénédiction de l’archevêque de Paris ?

La poésie est inscrite dans la chair de cette cathédrale. Inspiré des « Miracles de Notre-Dame » du clerc Gautier de Coincy, le trouvère parisien Rutebeuf compose le Miracle de Théophile qui figure sur le tympan du croisillon nord. Dans cet esprit, le poète chrétien Charles Péguy, mort pour la France, parcourt, à travers le recueil Porche du mystère de la deuxième vertu, composé en 1911, le cortège de saints sculpté sur le portail de Notre-Dame de Paris :
 

Mais il vient un jour, il vient une heure
Il vient un moment où saint Marcel et sainte Germaine,
Et saint Germain lui-même et notre grande amie
cette grande sainte Geneviève,
Et ce grand saint Pierre lui-même ne suffit plus
Et où il faut résolument faire ce qu’il faut faire


C’est toute cette liturgie qui inspire Paul Claudel, lors des vêpres, le 25 décembre 1888 : « En un instant mon cœur fut touché et je crus ». Pour l’apprenti poète, le miracle a lieu, dans la foule, à proximité du deuxième pilier à l’entrée du chœur, à droite du côté de la sacristie. Il sera, d’ailleurs, le seul laïc, à porter le titre de chanoine. Ses funérailles nationales se dérouleront à Notre-Dame de Paris, comme pour Victor Hugo !
 


Commentaires
Merci de parler d'elle, cette grande esseulée sur son île. Bien que blessée, on l'admire et on l'aime. On l'aimera toujours. Aura-t-elle une cloche encore pour sonner la mort du virus? Alors, nous reviendrons en bandes et, joyeux, la couvrirons de fleurs. Belle parmi les belles, comment vois-tu ce Paris meurtri?
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