Aldous Huxley : deux shots de 100 µg de LSD avant d'ouvrir les Portes

Clément Solym - 31.03.2016

Patrimoine et éducation - A l'international - Aldous Huxley - mort LSD - Portes perception


Remarquable, Aldous Huxley le fut jusque dans sa mort. L’auteur de Brave New World et The Doors of Perception – si chères à Jim Morrison – est mort en 1963. Il avait laissé derrière lui 47 livres, où la consommation de drogues est plus ou moins présentée comme essentielle dans la compréhension du monde. Philip K. Dick ne lui aurait pas nécessairement donné tort...

 

the power of sight is not in our eyes.  it is in our ability to understand our surroundings : aldous huxley portrait, painting, scott richard (2009)

Aldous Huxley - torbakhopper, CC BY ND 2.0

 

 

En 1954, Huxley se lance dans un essai prenant appui sur sa propre expérience de la mescaline, un hallucinogène synthétisé à partir du peyotl, fameux cactus d’Amérique du Sud. D’ailleurs, ce produit que lui fit découvrir le psychiatre Humphry Osmonde l’année précédente lui inspira Les portes de la perception, de même que Le Ciel et l’enfer. 

 

Atteint d’un cancer de la gorge, diagnostiqué en 1960, Huxley vit sa santé de détériorer lentement, jusqu’en novembre 1963, où il demandera à sa seconde femme, Laura, de lui administrer 200 microgrammes de LSD. Une sorte de mort choisie, dont Laura fit le compte-rendu minutieux dans une longue lettre datée de décembre 1963. 

 

Depuis deux ans, avant cette forme d’euthanasie, Huxley ne consommait plus de psychotropes. Sauf que la fascination pour le LSD était totale : c’est certainement de ce produit qu’est né le remède moksha, dont il fait était dans son roman utopique Île, paru en 1962. 

 

La légende veut alors que Huxley a demandé à son épouse 100 µg de LSD, en intramusculaire. Mais Laura précise : il y eut deux shots.

 

Après une demi-heure, l’expression de son visage a commencé à changer un peu, et je lui ai demandé s’il sentait l’effet du LSD. Il a indiqué n’en ressentir aucun. Pourtant, je pense que quelque chose se déroulait. [...] J’ai laissé passer une autre demi-heure puis j’ai décidé de lui donner un autre shot de 100 µg. Je lui ai dit que je voulais le faire, et il a acquiescé. 

 

Elle évoque alors une certaine paix qui s’installe, et jusqu’à l’heure de sa mort, une sérénité complète. Ni convulsion ni réaction physique violente : Huxley semble être parti « vers la lumière » en toute tranquillité. 

 

« Il est vrai que des gens diront qu’il fut un toxicomane toute sa vie et qu’il a fini seul, mais c’est l’histoire : Huxley a arrêté l’ignorance avant que l’ignorance ne l’arrête. » La lettre et sa transcription sont à cette adresse.