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Algérie : 3 000 candidats accusés d'avoir triché au bac

Lauren Muyumba - 05.07.2013

Patrimoine et éducation - A l'international - Algérie - Bac - Mention


En Algérie, l'ONEC (office national des examens et concours) a identifié 3 000 candidats ayant fraudé à l'épreuve de philosophie du baccalauréat 2013. L'organisme et le ministre de l'Éducation nationale se sont mis d'accord pour faire apparaître cette année sur la feuille de résultat une nouvelle mention : «A triché», à la place de la note.

 

 

 

Les candidats concernés ont eu la surprise (mauvaise), de voir ce qualificatif qui leur fait porter l'étiquette de « tricheurs », et surtout d'avoir été tout bonnement recalés. Les parents ont d'ailleurs fait valoir le « droit à la transparence ». Est-ce que cette pratique punitive aura pour effet une prise de conscience et dissuadera les élèves de tricher à l'avenir ?

 

En tout cas, l'Union nationale des associations des parents d'élèves se positionne contre cette nouvelle mention. Une mention est censée valoriser le travail d'un élève et l'encourager, pas le contraire.

Surtout, avant de douter de l'efficacité, ils doutent de la manière employée pour identifier les élèves accusés. Le président de l'association souligne que « les critères suivis par la tutelle pour se prononcer sur les cas présumés de tricherie ne sont pas connus ».

 

La voix des enseignants sonne différemment : leurs syndicats ont en majorité approuvé l'initiative de l'ONEC. Le président du Snapest a exprimé son contentement, et le coordinateur du Cnapest, un autre syndicat, a plaidé pour une enquête au cas par cas.

 

Mais les élèves ont de leur côté clairement manifesté leur désaccord en défilant sur la place Audin à Alger lundi 1er juillet, accompagnés de leurs parents. Ils ont défendu leur « droit au baccalauréat ».

 

La réglementation du baccalauréat prévoit une sanction : celle de ne pas pouvoir passer d'examen national durant les 5 prochaines années. Une punition considérée « légale, légitime et nécessaire » par les enseignants, mais jugée excessive par les élèves, surtout de la part de ceux qui n'ont pas triché : « Tout le centre d'examen a été exclu », révèle une candidate.

 

 

L'enquête : avant ou après ?

 

Des doutes sur l'identification des présumés « tricheurs » plane sérieusement : les cas d'erreur et d'injustice ne sont pas exclus.Le lycée Okba Ibn Nafaâ de Bab El Oued a fait l'objet d'une punition collective. Apparemment, le contenu de la dissertation était similaire à toutes les copies. Le journal Le Temps d'Algérie rapporte que les manifestants issus de cet établissement ont critiqué la généralisation des sanctions à tous les élèves.

 

Des jeunes ont même accusé les surveillants d'être complices, car ils les auraient « laissés tricher ». Cela va plus loin : « Certains avaient même aidé les candidats à tricher », a déclaré une étudiante. D'après le journal L'Algérie Patriotique, des candidats ont menacé des surveillants à l'arme blanche pour pouvoir tricher. Alors, qui croire ?

 

L'ONEC a-t-il fait des enquêtes ? L'organisme garde le mystère sur ces procédés. Placer des caméras de surveillances aurait peut-être été plus efficace...  Le bac, un nouveau Big Brothers ?