Rentrée littéraire : La fashion week des libraires


La commune de Saint-Paul-de-Vence, dans le département des Alpes-Maritimes, est réputée pour ses remparts élevés entre 1544 et 1547 ou encore la Fondation Maeght est aussi connue pour abriter « la maison de Jimmy », la maison où l’auteur a vécu pendant 17 ans. Aujourd’hui, l’auteure américaine Shannon Cain mène un véritable combat pour rassembler la somme de 10 millions € nécessaires à l’achat de la demeure et à sa rénovation.

 

James Baldwin (Allan Warren, CC BY-SA 3.0)

 

 

 

Sur la page du projet, on peut lire : « L’objectif de cette phase de démarrage est de créer une organisation ayant la capacité de soulever une importante somme d’argent — avoisinant les 10 millions € — afin d’acheter et/ou de rénover cette maison. Nous devons aussi établir un fonds de donation permanent qui servira à entretenir une résidence d’artiste à vie. Nous aurons besoin d’intégrer la France et les États-Unis à ce projet, nous devrons bâtir une importante communauté en ligne, développer un conseil d’administration, et établir un plan à long terme, tout en travaillant avec le ministère de la Culture. Nous avons beaucoup de travail devant nous avant la fin de l’année. Notre conseil d’administration permanent permettra d’établir et d’approuver un budget pour l’année 2017. »

 

Shannon Cain se bat sans relâche pour tenter de sauver cette maison du XVIIe siècle, contre la construction de 18 appartements luxueux à 1 million € chacun. Si une partie de la propriété a pu être sauvée de la démolition, grâce à l’écrivaine qui n’a pas hésité à squatter un des bâtiments pendant 10 jours, deux ailes de la propriété de 40 468 m2 ont déjà été démolies, donc un bâtiment dans lequel l’auteur écrivait ses manuscrits. C’est d’ailleurs à cette période qu’une pétition visant à sauver la maison de James Baldwin de la destruction avait été lancée sur change.org. À ce jour, elle n’a pas encore recueilli le nombre de signatures espérées (701 soutiens contre 1000 signatures demandées). (via The Guardian)

 

Elle déplore que l’on cherche à détruire le seul édifice qui témoigne de l’œuvre de l’écrivain. Des propos attestés par l’une des anciennes voisines de James Baldwin, Hélène Roux. « Il a été très présent durant mon enfance. Jimmy avait l’habitude d’écrire la nuit, et de venir dans le village tous les jours aux alentours de 16 h pour s’asseoir et discuter avec ma mère. Je le voyais tous les jours en revenant de l’école » explique-t-elle.

 

« Aux premiers abords, il pouvait être intimidant, ensuite on voyait l’éclat de ses yeux et le sourire qui illuminait son visage. Tous les jours il me demandait comment s’était déroulée ma journée d’école. Ma mère avait une très grande estime pour lui, et vice versa. Elle était sa grande amie, ils ont eu une très belle histoire amicale. » D’ailleurs, les amis étaient si proches que James Baldwin fit de la mère d’Hélène Roux, Yvonne « Clémentine » Roux, le personnage principal de son roman If Beale Street Could Talk (Si Beale Street pouvait parler, trad. française de Magali Berger, 1974)

 

C’est pour cette raison que Shannon Cain se bat si ardemment pour préserver ce patrimoine, et cherche à convaincre le ministère de la Culture de saisir la décision des constructeurs immobiliers, suivant le motif que les lois de conservation historiques ont été violées. À défaut d’actions de leur part, elle souhaite amasser la somme de 10 millions € pour assurer la préservation de la maison. 

 

Un romancier aux grandes convictions 

 

James Baldwin, romancier, poète, auteur d’essais, de nouvelles, de théâtre, est né le 2 août 1924 à Harlem (New York). Véritable figure du mouvement pour les droits civiques et de lutte contre toutes formes de discrimination, James Baldwin lutte au côté de Martin Luther King contre le racisme.

 

Il quitte cependant les États-Unis à l’âge de 24, en mettant cap sur Paris. Déçu par les discriminations perpétrées envers les personnes noires et homosexuelles dans son pays, il a décidé de recommencer sa vie ailleurs. Il acheta cette maison dans les années 70, et y vécut jusqu’à sa mort, en 1987. Il y écrit les romans Harlem Quartet  (1987) ou encore Si Beale Street pouvait parler. 

 

À la disparition de l’auteur, sa famille s’est disputé la propriété de la maison en menant une longue bataille juridique, qu’elle a perdue. Depuis, elle a été vendue à trois reprises.