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Angleterre, debout ! Le paradis perdu de John Milton risque de disparaître

Victor De Sepausy - 18.08.2017

Patrimoine et éducation - Patrimoine - John Milton cottage


La perfide Albion est appelée à se ressaisir – qu’au flegme briton succède le courage british, diantre ! Consternée par le sort du musée consacré à John Milton, une organisation lance un appel aux dons pour sauver les lieux. Cette maison, où le poète composa son poème épique sur la Chute de l’Homme, est menacée.


Milton's Cottage, Chalfont St Giles
diamond geezer, CC BY ND NC 2.0
 

 

C’est en ce lieu que Milton, ayant fui Londres en 1665 (y’avait la peste... littéralement...), acheva son Paradise Lost, un texte en dix parties longtemps considéré comme le pendant puritain de la Divine Comédie de Dante. Traduit par Chateaubriand, et illustré par Gustave Doré, en 1836, le texte est devenu célébrissime au fil des siècles, et c’est dans le cottage situé à Chalfont St Giles que le point final fut posé.

 

Satan, l’ange déchu, vient d’être vaincu par les armées divines. 

Avec son armée, il s’apprête à relancer une attaque contre le Ciel lorsqu’il entend parler d’une prophétie : une nouvelle espèce de créatures doit être formée par le Ciel. Il décide alors de partir seul en expédition. Sorti de l’enfer, il s’aventure dans le paradis, et trouve le Nouveau Monde. Après avoir facilement dupé un ange en changeant d’apparence, il s’introduit dans le paradis et découvre Adam et Ève. 

Dieu l’apprend, mais décide de ne rien faire : il a créé l’homme libre, et lui accordera sa grâce quoi qu’il arrive.

 

Unique résidence restante du poète, c’est aujourd’hui un espace de recueillement littéraire – et accessoirement un musée consacré à son œuvre et sa vie. C’est l’unique endroit au monde où l’on peut d’ailleurs trouver une mèche de cheveux du poète.

 

Cette bâtisse du XVIe siècle est menacée et l’organisme de bienfaisance chargé de son entretien doit trouver 3,5 millions £ pour assurer définitivement l’avenir du cottage.
 

De Rabelais à la Bible, en passant par Balzac : Gustave Doré, illustrateur génial


La Heritage Lottery Fund vient d’apporter sa contribution, et pour chaque don du public, versera le même montant. Mais il faut évidemment faire vite. À ce jour, la structure est en mesure de couvrir les frais de fonctionnement jusqu’en décembre 2018, mais, après, ce paradis perdu se changera-t-il en enfer ?

 

De nouvelles sources de financement sont nécessaires, alors que les premières collectes de fonds devront servir à des réparations essentielles du toit et de la façade du bâtiment. Et d’ici à ce que l’on ait à entreprendre d’autres travaux, la situation deviendra invivable. 

 

À vendre : le nid d'amour du Ciel et de l'Enfer
 

La chose est encore plus délicate si l’on sait que le poème fut pour la première fois publié en 1667, et que l’Angleterre célèbre donc le 350e anniversaire de cette œuvre.  

 

Certes, « mieux vaut régner en enfer que servir au paradis », mais, enfin, impossible d’abandonner celui-ci.

 

En France, nos auteurs furent plus malins : plutôt que de créer des Paradis perdus, on a inventé les paradis artificiels. Toujours plus simples à reconstituer...

via Guardian