Antoine de Saint Exupéry : une gourmette a élucidé le mystère de sa mort

Laurène Bertelle - 23.05.2017

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Dans le cadre de l'exposition MEDUSA au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, les visiteurs pourront découvrir jusqu'au 5 novembre 2017 la gourmette ayant appartenu à Antoine de Saint Exupéry, père du Prince, et qu'il portait le jour de sa mort, lorsque que son avion s'est abattu en mer. Son petit-neveu, Olivier d'Agay, revient sur la grande histoire de ce tout petit objet.





Très longtemps, la mort d’Antoine de Saint Exupéry, auteur du Petit Prince, est restée un mystère. L’auteur avait disparu à bord de son avion pendant la Seconde Guerre mondiale, et nul ne savait où celui-ci se trouvait. Jusqu’en 1998, quand un pêcheur remonte dans son filet une gourmette au nom d’Antoine de Saint Exupéry. Petit à petit, au prix de nombreux efforts et années, les recherches permettent de retrouver l’avion du père du Petit Prince et ainsi élucider le mystère de sa mort.
 

Aujourd’hui, la gourmette de l’auteur est exposée au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris jusqu’au 5 novembre 2017, dans le cadre de l’exposition MEDUSA, qui a pour thématique plus générale le bijou.
 

Olivier d’Agay est le petit-neveu de l’auteur du Petit Prince et représente la succession et l’héritage d’Antoine de Saint Exupéry. En 2008, il crée la Fondation Antoine de Saint Exupéry pour la jeunesse, qui travaille notamment sur l'organisation des expositions et des commémorations, mais aussi sur les droits de succession et les relations avec les éditeurs au niveau international. Il nous en dit plus sur cette fameuse gourmette miraculeuse.

 


Antoine de Saint Exupéry
 

 

Comment une simple gourmette a-t-elle pu être à l’origine de l’élucidation du mystère de la mort d’Antoine de Saint Exupéry ?
 

Olivier d'Agay: Le fait d‘avoir trouvé cette gourmette est un miracle en soit improbable. Cela a orienté les recherches et à partir de là, grâce à l’action de la recherche archéologique sous-marine de Marseille et à l’Armée de l’Air, on a pu remonter des pièces d’un avion de type Lighting P38, qui a été identifié comme celui que pilotait Antoine de Saint Exupéry. L’enquête nous a ensuite menés à un autre avion qui se situait pas loin, on a retrouvé son pilote, un allemand qui avait descendu un P38. Les recherches ont finalement démontré qu’il n’y avait qu’un seul P38 abattu dans cette zone ce jour-là : c’était forcément celui d’Antoine de Saint Exupéry. Tout cela a pris du temps bien sûr, parce que ce sont des bénévoles qui ont fait tout cela.
 

Ce pilote, qui est décédé depuis, était toujours vivant il y a deux ans. C’était un journaliste allemand et nous avons pu le rencontrer. Il était désespéré parce qu’il admirait Antoine de Saint Exupéry et qu’il ne savait pas que c’était lui qu’il avait abattu.
 

Et avant la découverte de cette gourmette, il n’y avait aucune piste ?
 

Olivier d'Agay: Il y avait beaucoup de recherches. La piste méditerranéenne se précisait ; il y avait aussi une hypothèse dans les Alpes. Il y avait des témoignages dans tous les sens, mais chacun arrivait à une impasse.

 

Comment avez-vous été mis en courant de la découverte du bijou ?


Olivier d'Agay: Dans la famille, dans les années 90, on était très opposés à la recherche de l’épave, par principe, parce que c’est toujours mieux de rester dans la légende. Comme le Petit Prince dans l'histoire, Antoine avait disparu. Alors l’annonce a été un coup de tonnerre.

On ne connaissait pas l’existence de cette gourmette. Dès le début, on avait des doutes extrêmes : pourquoi se serait-il baladé avec une gourmette ? On a ensuite réussi à déterminer que le bijou avait été offert à Antoine de Saint Exupéry par Consuelo, sa femme, en 1942, lorsqu’ils étaient à New York. C'était pour éviter qu’ils ne se perdent, et lui en retour lui avait offert une gourmette en or. L’histoire veut qu’il l’ait conservée sur lui quand il est parti pour la guerre, en souvenir de sa femme.
 

On a été au courant des recherches, on a eu le droit à une visite au DRASSM (Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines, ndlr.) de Marseille. L’Armée de l’air nous a remis la gourmette et nous avons organisé un espace au Musée de l’Air et de l’Espace du Bourget en 2006, où la gourmette et une pièce de l’avion étaient exposées.
 

Pourquoi est-ce aussi important d’exposer cette gourmette ? Qu’est-ce qu’elle évoque pour les gens ?
 

Olivier d'Agay: Elle présente quelque chose par rapport au personnage de Saint Exupéry, un côté mythique et légendaire. Les conditions dans lesquelles elle a été retrouvée sont miraculeuses. L’objet est incroyable, c’est un peu comme une relique. C’est un tout petit objet qui a une grande puissance d’évocation. Elle a été exposée dans le monde entier, et c’est toujours un grand succès. 
 

Pouvez-vous nous en dire plus sur la place de cette gourmette dans l’exposition MEDUSA ?
 

Olivier d'Agay: L’exposition MEDUSA présente tout ce qui est bijoux mais aussi d'autres objets, c’est une exposition assez vaste et riche. Assez étonnante aussi, dans la façon dont elle est présentée. Ce n’est pas une exposition de bijoux habituelle ; elle se concentre plutôt sur les aspects sociologique, culturel, anthropomorphique. Il y a aussi de très beaux bijoux, et un peu d’humour.
 

Chaque objet doit évoquer quelque chose. La gourmette elle, est présentée avec les objets personnels dans une partie de l’exposition. C’est un regard qui n’est pas axé sur Saint Exupéry, sur la relation entre la gourmette et l'auteur, mais qui permet de montrer un bijou personnel masculin. Evidemment, Antoine de Saint Exupéry, ça parle davantage aux gens, mais c’est plutôt un clin d’œil, un exemple.