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Apprendre à chasser la mandragore en ligne avec un herbier millénaire

Béatrice Courau - 21.09.2017

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La naturopathie n’est pas l’apanage récent de la médecine occidentale. Les herboristeries encore en exercice ne se sont jamais si bien portées, malgré, parfois, l’opposition de l’Académie de Médecine. L’usage des plantes est traditionnellement pratiqué depuis longtemps en Occident, comme en témoigne le Cotton MS Vitellius C III, manuscrit datant de plus de mille ans, récemment numérisé grâce au projet mené par la fondation Polonsky...



 


Ce petit miracle patrimonial a été rendu possible grâce à la collaboration entre la British Library et la BNF, avec pour objectif de mettre en ligne un millier de manuscrits en libre accès via Gallica et la BL.

 

Si l’on garde à l’esprit le manuscrit de Voynich, emblématique de l’ésotérisme associé aux pratiques des apothicaires du Moyen Âge, Le Cotton MS Vitellius C III, est magnifiquement enrichi d’illustrations de plantes médicinales et propose divers traitements à base de décoctions, pommades et autres infusions, pour guérir à peu près tout, de l’odeur corporelle (infuser les artichauts dans du vin) aux  douleurs thoraciques ou hépatiques (la racine de réglisse est souveraine). 

 

Bien que les herbes soient couramment utilisées dans la médecine médiévale anglo-saxonne, le manuscrit de la British Library  est le seul ouvrage ancien anglais illustré. 

 

« Personne ne sait avec certitude l’usage de ce manuscrit ou même où et par qui il a été créé », déclare Alison Hudson, conservatrice des manuscrits. Il semble appartenir « au style monastique de Canterbury et Winchester, en raison de ses illustrations et de la graphie, mais ce n’est pas certain. Les monastères dans ces régions fonctionnaient à la fois comme centres de soins médicaux et spirituels, mais aussi comme bibliothèques et centres d’apprentissage. »

 

Le texte était « attribué à un écrivain du IVe siècle connu sous le nom de Pseudo-Apuleius, il est maintenant avéré comme la combinaison de textes de plusieurs auteurs de la fin de l’Antiquité ». Il comprend également « des traductions de textes antiques tardifs sur les propriétés médicinales des blaireaux » et un autre texte « sur les médicaments dérivés d’organes de quadrupèdes ».
 

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Chaque entrée du manuel est illustrée, l’animal ou la plante nommé dans plusieurs langues, et décrit son utilisation et les maux qu’il peut traiter. Ainsi que les indications pour le trouver et le préparer. Le manuscrit semble avoir été utilisé durant plusieurs siècles : une table des matières fut rajoutée au XIIe siècle, l’ajout des appellations en différentes langues date du XVIe siècle.

 

Notons que certaines plantes étaient alors introuvables en Angleterre, comme le cumin par exemple. Et que d’autres peuvent être sujets à caution : ainsi l’armoise pousserait grâce au sang de dragon… 

 

En plongeant dans la numérisation haute résolution, le manuscrit révèle les détails des plantes et des animaux utilisés pour leurs propriétés curatives, bien que certains, comme les framboises ou les éléphants, soient difficilement reconnaissables, voire saugrenus..
 

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L’herbier reprend également certaines plantes mythiques, telles que la mandragore, qui brille la nuit et fait fuir les pécheurs. Pour la récolter, munissez-vous d’un outil en fer (pour creuser autour d’elle), d’un couteau en ivoire (pour la déterrer), d’un chien (pour vous aider). Faites vite, et enfuyez-vous à toutes jambes.


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via Hyperallergic