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Archives du procès Klaus Barbie : “Le symbole d’une lutte obstinée pour la vérité”

Laurène Bertelle - 18.07.2017

Patrimoine et éducation - Patrimoine - Klaus Barbie procès - Archives Klaus Barbie - archives seconde guerre mondiale


Il était surnommé le boucher de Lyon : en 1987, Klaus Barbie fut condamné à la prison à perpétuité pour 17 crimes contre l'humanité, dont la torture de résistants et la rafle de nombreux Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. 30 ans après sa condamnation, les archives de son procès sont ouvertes au public, 45 ans avant le délai habituel, à la demande des ministères de la Justice et de la Culture. 


Archives du département du Rhône et de la métropole de Lyon (4544 W 11)


 

Né en 1913, Klaus Barbie adhère aux jeunesses hitlériennes à 20 ans, puis rejoint les SS deux ans plus tard, montant petit à petit les grades. En 1943, il devient chef de la Gestapo de la région lyonnaise, où il arrête et torture des résistants, dont Jean Moulin, et organise des rafles dans la population juive, ce qui lui vaudra son surnom de « boucher de Lyon ». 

 

Il est jugé par contumace à deux reprises dans les années 1950 alors qu’il s’était exilé en Amérique latine sous le nom de Klaus Altmann. C’est finalement en 1987 qu’il est jugé à la Cour d’Assises du Rhône et qu’il est condamné à la prison à perpétuité pour 17 crimes contre l’humanité. Il meurt à la prison de Lyon 4 ans plus tard.

 

Le procès de Klaus Barbie sera historique. Il faudra 4 années d’instruction pour définir les charges retenues contre l’accusé avant l’ouverture du procès en mai 1987, tandis que le verdict tombe deux mois plus tard, le 4 juillet, après six heures de délibération. Il s’agit du tout premier procès jugeant des crimes contre l’humanité. 

 

Favoriser le travail de mémoire

 

Il y a quelques semaines, 30 ans après la condamnation de Klaus Barbie, l’État a décidé d’ouvrir au public toutes les archives relatives à ce projet historique et symbolique. 

 

Et à procès exceptionnel, mesures exceptionnelles : normalement, ces types d’archives ne sont communicables qu'à l’issue d’un délai de 75 ans après la date du procès. Pour le procès de Klaus Barbie, cela correspondait à l’année 2062.

 

Mais ce délai peut légalement être écourté, et c’est une dérogation générale qui permet aujourd’hui l’ouverture des dossiers, signée par Nicole Belloubet, ministre de la Justice, et Françoise Nyssen, ministre de la Culture.

 


Ces archives publiques sont conservées par deux organismes différents : les Archives nationales détiennent les transcriptions dactylographiques et les sténotypies des audiences, tandis que les archives du département du Rhône et de la métropole de Lyon regroupent la majorité des documents tels que les enquêtes, les auditions des témoins, des parties civiles, de la défense, et toutes les pièces concernant l’accusé et sa détention. Cela équivaut à une centaine de boîtes d'archives conservées à Lyon, dont une dizaine n’est toutefois pas accessible. 

 

« Un grand nombre de documents ont trait à l’organisation du procès qui a été une tâche de grande ampleur en raison de la personnalité de l’accusé et de la gravité des crimes qui lui étaient reprochés », explique Anne-Françoise Kowaleski, chef du service du public aux archives départementales du Rhône, à ActuaLitté.

 

Pour accéder à ces archives, et plus particulièrement à celles des Archives du département du Rhône, il suffit de se rendre en salle de lecture des archives durant les heures d’ouverture et d’en demander communication. 
 



 

Par ailleurs, cette décision s’ancre dans toute une procédure d’ouverture d’archives concernant la Seconde Guerre mondiale menée par l'État. En 2010, une circulaire avait rendu communicables les documents d’archives publiques relatifs à la Seconde Guerre mondiale à l’exception des dossiers des juridictions. Puis, en 2015, un arrêté a étendu ce droit aux « dossiers des juridictions mises en place sous Vichy et des juridictions chargées de juger les crimes de collaboration à la Libération », précise Anne-Françoise Kowaleski. 

 

Ainsi, l’ouverture des archives du procès de Klaus Barbie est un pas de plus en avant, et va « permettre de progresser dans la connaissance de ce procès aussi retentissant qu’emblématique, et de favoriser toujours davantage le travail de mémoire autour du symbole d’une lutte obstinée pour la vérité » a souligné le gouvernement.