Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Argentine : fêter 30 ans de démocratie parmi les Lettres

- 27.03.2013

Patrimoine et éducation - A l'international - argentine - democratie - videla


1983-2013, 30 ans, une génération. Un anniversaire qui célèbre la fin de la dictature sous les augures bienveillantes du livre. Une affluence plutôt réduite autour de la scène des auteurs, mais tous partagent ce destin marqué par la chute de la junte - entre résistance et construction d'un nouveau système. Pas vraiment une conférence, plus une réunion en petit comité. Ambassadeurs, penseurs et anonymes latinos retrouvent dans une vraie intimité quelques-uns de ces ministres qui ont façonné l'Argentine d'après Videla et Viola.

 


 

L'école mécanique de la Marine, utilisé comme centre de détention sous Videla (CC)

 

Des figures tutélaires qui n'en ont pas toujours été. Ministre de cet âge d'or, Graciela Fernandez Meijide, ancienne Ministre du développement social a d'abord été cette enseignante : « j'ai travaillé contre la dictature dans une organisation pour les droits de l'homme ». Une icône qui a vu de près les représailles et connu les dilemmes de l'après. Ces juges représentants d'un Etat qui torture, qui enlève les jeunes, qu'en faire après la chute du régime ? « Mon fils avait 17 ans quand ils l'ont enlevé de son lit.»

 

« On a pas pu les empêcher, alors je crois qu'il y a des gens qui ne comprennent pas même en l'ayant subi. » Des gens qui ont « le besoin de tordre les questions ». C'est pourquoi Graciela sort de son silence pour relater « la vérité, celle qu'[elle] conna[ît] ». Un réquisitoire contre les calomniateurs et un plaidoyer qui s'adresse à ceux qui n'ont pas eu les coudées franches pour faire tout ce qu'il fallait, comme le nouveau Pape François. Elle assure : « Jamais je n'ai reçu de dénonciations visant Bergoglio. »

 

La clémence ne s'attardera pas sur les bourreaux en revanche. « Il ne faut pas laisser impunis les crimes de la dictature ». Malgré ce lourd vécu, Graciela estime impossible de toujours penser au passé. Mais il faut le connaître le plus possible. Un message adressé à cette génération de trentenaires qui n'ont pas connu le règne des généraux. Mais qui a grandi avec celle de la crise des années 2000. Cette faillite d'une nouvelle Argentine a fait tomber ce gouvernement, et par conséquent certains présents sur l'estrade.

 

Le constat est amer au point qu'on pourrait accuser certains de se défendre. Mais ce serait oublier qu'en l'espace d'une semaine, ce sont cinq gouvernements qui se sont succédés. « Les institutions n'étaient pas suffisamment solides pour garantir une république suffisamment forte. » L'ancien secrétaire en charge de l'Enseignement supérieur, Francisco Delich de dire que « la démocratie est liée à la récupération de la vie universitaire ». Et ça, la banqueroute financière ne l'aura pas totalement diluée. Même si on s'accorde à dire sur l'estrade que l'école publique de Bueno Aires, grande fierté argentine connaît des dérives « sectaires » pour l'ex Ministre de la Culture Hernàn Lombardi.

 

Et les anciens ministres de dénoncer les affres économique de cette décennie comme ils l'auront fait avec la junte avant l'accès au pouvoir. La manipulation narrative de la présidence Kirchner qui fait croire à la construction d'un mythe républicain, démarré avec lui. Mais pire encore ce sont les silences. Quand Graciela évoque la grande loi sur les médias qui va concentrer les réseaux d'informations autour de l'Etat. Sous d'autres atours, la dictature ne semble pas si lointaine.