Ateliers Amazon-KDP : Le Réseau Canopé répond aux éditeurs et aux libraires

Antoine Oury - 18.03.2016

Patrimoine et éducation - Ressources pédagogiques - Jean-Marc Merriaux - Canopé Amazon - Canopé autoédition


C'est le feuilleton de la semaine : l'opérateur public a organisé une série d'ateliers de formation et d'échanges autour de l'outil d'autopublication Kindle Direct Publishing d'Amazon, et les éditeurs scolaires et les libraires se sont légèrement étranglés en l'apprenant. Jean-Marc Merriaux, directeur général du Réseau Canopé, répond aux questions du SNE sur le sujet.

 

Jean-Marc Merriaux (Canopé) - Livre Paris 2016

Jean-Marc Merriaux au salon Livre Paris (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Retour sur les épisodes précédents : le Réseau Canopé a mis en place des ateliers de formation, à la demande des enseignants, pour l'utilisation de l'outil Kindle Direct Publishing dans le cadre d'un usage pédagogique. Comme on pouvait s'y attendre, les éditeurs scolaires voient d'un mauvais oeil ce rapprochement, et ont publié, avec le SNE, un communiqué adressé au ministère de l'Éducation nationale.

 

Le lendemain, ce sont les libraires français, à travers le Syndicat de la Librairie Française, qui ont dénoncé à leur tour ce rapprochement.

 

 

Faciliter l'autoédition n'est-il pas le meilleur moyen de faire de l'ombre à l'édition scolaire ?

 

Jean-Marc Merriaux : Est-ce que l'autoédition va constituer l'alpha et l'omega de la production de l'édition scolaire ? Je ne le pense pas. Le constat que nous sommes amenés à faire, sur ces expérimentations autour de l'autoédition, c'est que l'on est sur des contenus dont on sait pertinemment que le monde l'édition ne pourrait pas les éditer. Ce qui est le principe même de l'autoédition, d'ailleurs.

 

En terme de parts de marché, le risque n'est-il pas malgré tout réel ?

 

Jean-Marc Merriaux : Quand on est éditeur, on prend des risques, parce qu'il y a un certain nombre de frais derrière. Et quand on prend la décision d'éditer, il faut s'y retrouver : beaucoup des contenus autoédités vont rester dans une niche et vont concerner 10 ou 20 enseignants, peut-être pas beaucoup plus. Et l'édition ne produira pas ces contenus.

 

Canopé assume-t-il le rôle de coéditeurs avec ces ateliers ?

 

Jean-Marc Merriaux : Nous ne validons pas les contenus en tant que tels, nous ne les éditons pas : nous laissons la liberté des enseignants s'exprimer, comme elle a le droit de s'exprimer sur un blog ou n'importe où. Si l'enseignant veut une caution supplémentaire, là il ira chercher l'éditeur.

 

Dans le contexte de la réforme des programmes scolaires, la création de contenus ne risque-t-elle pas de déstabiliser l'édition scolaire ?

 

Jean-Marc Merriaux : Rappelons d'abord que les enseignants produisent déjà des contenus pédagogiques, par leurs cours, qu'ils partagent, d'ailleurs. Je pense que l'édition scolaire est amenée à accompagner la réforme des programmes scolaires, et elle se structure pour accompagner la réforme des programmes scolaires. Mais, là encore, les contenus créés pendant les formations rendaient très peu compte de l'évolution des nouveaux programmes scolaires. Les enseignants qui choisissent l'autoédition ne sont pas les mêmes que ceux qui sont amenés à produire pour le monde scolaire. 

 

Qui sont les enseignants qui autoéditent ?

 

Jean-Marc Merriaux : Nous sommes amenés à avoir un panel très large, d'une enseignante qui veut faire un livre sur les contes perses à une autre qui produit un livre sur les mathématiques et la pédagogie Frenet. Ces enseignants ont envie de produire et de créer, et ils la concrétisent à travers l'autoédition, qui a toujours existé. Aujourd'hui, des outils facilitent cela, et notre rôle a toujours été de favoriser ces outils qui pourront être utilisés demain. Ce que nous mettons en place va toucher une soixantaine de personnes : des enseignants, mais aussi des associations qui travaillent sur les temps périscolaires par exemple. D'autres acteurs de la communauté pédagogique pourront être intéressés.

 

Pourquoi Amazon ? La société n'a jamais été condamnée en France, mais elle est connue pour ses pratiques commerciales et managériales agressives...

 

Jean-Marc Merriaux : Effectivement, la problématique vient surtout du fait que nous le fassions avec Amazon. Il y a une expérimentation qui est née dans le Canopé de Lille à partir du moment où nous avons vu un réel intérêt de la part des enseignants pour l'outil. Nous l'avons observé avec des études d'usage, comme nous l'avons toujours fait. Et nous avons voulu que notre relation avec Amazon soit très claire, et nous sommes entrés dans le cadre d'un contrat de prestation avec un associé. En tant qu'opérateur du ministère de l'Éducation nationale, nous devons avoir une relation très claire avec ces industriels - nous ne travaillons pas qu'avec Amazon.

 

Que se passe-t-il dans les ateliers ?

 

Jean-Marc Merriaux : Comme le rappelait le médiateur qui travaille avec les enseignants, la question technique est très vite évacuée, l'outil est déjà maîtrisé. On créé plutôt des ateliers d'écriture, qui permettent d'échanger, de partager, de lire ses contenus, de les juger, et cela s'inscrit vraiment dans notre souhait de coconstruction des ressources, ce qu'on appelle le codesign et la réalisation. Nous utilisons l'outil d'Amazon parce que c'est eux qui se sont positionnés dessus, dans une démarche proactive.

 

En s'associant avec Amazon, le ministère ne participe-t-il pas à la promotion d'un format propriétaire ?

 

Jean-Marc Merriaux : Pour commencer, nous n'aurions pas traité avec un acteur qui aurait floué les auteurs de ses droits, par exemple. Nous nous sommes assurés que ce n'était pas le cas, et l'enseignant qui choisit l'autoédition garde la possibilité de faire ce qu'il veut, où il veut, comme il a envie de le faire. Pour nous, c'était quelque chose d'important. Nous sommes attachés au droit inaliénable du droit d'auteur.

 

Quant au format propriétaire, même avec KDP, on peut le distribuer en PDF enrichi ou en EPUB 3 partout ailleurs. Ce qui m'étonne un peu, c'est que quand Apple a lancé ses plateformes d'autoédition pensés pour les contenus pédagogiques, ça n'a pas fait le même bruit. Si demain Apple nous approche, on proposera la même chose qu'aux Éditions du Net, qui nous ont aussi approchés. Et si un éditeur lance sa plateforme d'autoédition, il sera reçu de la même façon.