Au Moyen Âge, on louait des manuels scolaires en tranches aux copistes

Nicolas Gary - 31.08.2018

Patrimoine et éducation - Patrimoine - manuels scolaires copie - élèves Paris livres - découper livres tranche


Entre les romans et les cahiers, le mois de septembre s’annonce chargé en achats de fournitures autant que de lectures. Mais, ingrats qui vous plaignez, songez au calvaire des moines copistes qui regardaient passer les manuscrits... avant de se les recopier à la main.



 

 

Le site Actuel Moyen Âge a mis en ligne un article passionnant sur la copie de ces ouvrages en 1160. Paris est à l’époque un haut lieu de la scolarité – rien n’a changé, hem ! – et les étudiants affluent. Et la pénurie de manuels scolaires, que ce soit pour le droit canonique, la médecine ou la théologie, se profilerait si... 

 

Si l’on n’avait pas conçu un moyen fort ingénieux pour accélérer le rythme de copie. Le calcul est en effet simple : pendant qu’un élève planche sur une page qu’il va reproduire, alors le reste du livre ne sert à rien. Et personne ne peut en faire quoi que ce soit. À moins, bien entendu, que l’on ne se décide à mettre le manuscrit en pièces. Et que l’on trouve pour chaque page un étudiant qui s’occupera de la copie. 

 

Cette méthode, explique Actuel Moyen Âge, fut baptisée pecia – le morceau, en latin. Elle serait apparue à Bologne, avant de migrer vers Paris durant la seconde période du XIIIe siècle. Et comme on n’est pas non plus fou à lier, ce ne sont pas les originaux qui sont équarris, mais des copies, nommées exemplaria

 

À cette époque, des libraires spécialisés, nommés stationarii, avec une sorte de Label Lir de l’époque, possèdent ces exemplaria. Et sont particulièrement sollicités : on vient chercher chez eux, quand on a reçu la demande de reproduction d’un livre, un premier morceau de l’ouvrage. Durée de la location, quatre jours maximum (des amendes étaient infligées), et on la rend. Pour prendre la suivante. 

 

De la sorte, le temps de reproduction est diminué d’autant. Admettons que l’on ait 50 pecia et 50 élèves, la productivité est considérablement accrue. Le temps de recopie ne change pas, mais au moins peut-on diviser le travail. 

 

 

 

 

Reste alors à assembler correctement les copies de pecia et ne pas perdre le fil ! Le thread sur Twitter est passionnant, et reprend bien l’ensemble de la démonstration. Salutairement intéressant.
 

Ce rappel historique est d’autant plus vivifiant que les éditeurs scolaires aujourd’hui tentent en effet d’inventer la roue. Aux États-Unis, où le prix de ces livres est pharaonique, la société Pearson cherche depuis longtemps un modèle économique autour de la location.

Mais également de la vente de chapitres de livres, pour que les étudiants qui pestent n’aient plus à se saigner aux quatre veines durant leurs études. Dès 2010, une société baptisée Chapterizer, qui a fait long feu d’ailleurs, tentait ce modèle de vente du livre en tranche. Mais les éditeurs n’étaient probablement pas encore prêts à l’époque... 




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