Australie : des bibliothèques pour empêcher les mineurs d'aller au pub

Victor De Sepausy - 17.06.2019

Patrimoine et éducation - Patrimoine - Australie lecteurs - histoire bibliothèque - habitudes lecture


Les chercheurs sont formels : les données qu’ils ont réunies en vue d’alimenter leur site sont les plus importantes jamais collectées sur le territoire australien. L’Australian Common Reader fournira de la sorte un aperçu historique des habitudes de lecture. Et ce, en partant des prêts de livres effectués sur plusieurs générations. 

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Don Pugh, CC BY ND 2.0
 

L’école de littérature de l’Australian National University lancera donc l’Australian Common Reader cette semaine. Les données regroupent les emprunts effectués entre 1861 et 1928 dans six bibliothèques australiennes – à l’exception de celles des États de Sydney et de Melbourne.

Originellement, le projet fut financé par une subvention de l’Australian Research Council, et créé par Tim Dolin à la Curtin University. Depuis 2014, c’est Julieanne Lamond de la School of Literature, Languages and Linguistics qui en a la responsabilité. 

Mais pourquoi faire ? Eh bien, en partant du postulat que la lecture est à l’origine de la culture australienne – tant en fiction qu’en non-fiction – cette base de données permettra d’explorer les comportements de lecteurs durant le XIXe siècle. 
 

Une sociologie du lecteur australien


Ainsi, on découvrira les mouvements de livres, quels furent les titres les plus plébiscités par les hommes, les femmes, les mineurs, les enseignants, ou les habitants d’un côté et de l’autre du pays. Tout un système de datavisualisation a été mis en place à cette adresse, avec des filtres disponibles pour affiner ses recherches.

Exemple concret, donné par le Dr Julieanne Lamond : les bibliothèques ouvrières, situées à Newcastle, en Australie occidentale, ou encore dans le Victoria ou en Australie méridionale. Ces dernières furent ouvertes pour apporter un supplément culturel aux hommes employés dans les mines. Mais plus encore, pour « les empêcher d’entrer dans des pubs ». La lecture pour échapper à l’alcoolisme, c’est inédit.

Mais on y retrouve également des phénomènes littéraires aujourd’hui ensevelis sous les âges : le best-seller de Guy Newell Boothby, A Bid for Fortune, mettait en scène le machiavélique Dr. Nikoli, supercerveau dédié au crime. Publié en 1895, il serait probablement le premier super méchant de l’époque moderne. 

Ajoutons à cela qu’il produisait un roman de gare tous les deux mois : Boothby était prolifique, ce n’est rien de le dire, et son lectorat était composé d’ouvriers et de leurs épouses. Il les tenait en haleine avec un sensationnalisme sans vergogne – et un criminel qui chercher à dominer le monde, tout en devenant immortel…

Abandoned Library
darkday, CC BY 2.0

 
« Il existe très peu d’informations sur les véritables habitudes de lecture des femmes par le passé, c’est donc une ressource très précieuse », insiste Julieanne Lamond. Les archives des établissements ont été numérisées en 2003, par l’Université Curtin, et ce n’est que dix ans plus tard que l’ANU a commencé à travailler à l’utilisation des données. 

Avec des éléments sociologiques qui en découlent, parfois épatants : de toutes les professions, ce sont les médecins qui empruntaient le plus de livres – et avocats et bouchers lisaient plus que les ingénieurs. 

On y retrouve également les mouvements migratoires, à travers les lectures : quand certains ont quitté les communautés minières de Cornouailles et du Pays de Galles, pour arriver en Australie, les lecteurs ont cherché les livres qui leur rappelaient le pays. 

Et dans le même temps, ils se sont mis à lire des ouvrages de Henry Lawson, Miles Franklin et Thomas Alexander Browne, des auteurs qui façonnaient progressivement la culture australienne. 

Cerise sur le gâteau : la division entre hommes et femmes autour de la lecture n’était pas autant marquée au XIXe siècle que de nos jours. « À cette époque, les hommes lisaient des romans et les femmes des thrillers politiques. On n’imaginait pas qu’il puisse y avoir des ouvrages différents pour hommes et femmes. »

Notons enfin que le plus actif de tous les lecteurs fut un certain John Pellew, mineur de port Germein, en Australie du Sud. Entre 1897 et 1907, il prit 877 ouvrages – soit 7 livres par mois. L’histoire ne raconte pas s’ils furent tous lus avec la même attention…

via SMH


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