Australie : Un antique manuel de rituels égyptiens déchiffré

Cécile Mazin - 25.11.2014

Patrimoine et éducation - A l'international - Australie manuel rituel - Égypte sorcellerie - Malcolm Choat Iain Gardner


Jusqu'à aujourd'hui, ce manuel clôturait une série d'invocations et de sortilèges très assortis, qui allaient des sorcelleries d'amour aux pratiques d'exorcisme contre les mauvais esprits et… l'ictère noir. Écrit en copte, le codex en parchemin compte vingt pages et remonterait aux VII - VIII siècles apr. J.-C..

 

 

 

 

Malcolm Choat et Iain Gardner, respectivement professeurs à l'Université Macquarie en Australie et à l'Université de Sydney, écrivent dans leur livre A Coptic Handbook of Ritual Power : « [Le texte] commence par une longue série d'invocations qui culmine avec des dessins et des mots de pouvoir » et que « [les invocations] sont suivies par un certain nombre de prescriptions ou de sorts pour guérir la possession par les esprits et de divers maux, ou pour apporter le succès dans l'amour et les affaires ».

 

Si l'on veut asservir quelqu'un, par exemple, le codex suggère de prononcer une formule magique sur deux clous, puis de « les appuyer sur le montant de la porte, l'un sur le côté droit et l'autre sur le côté gauche ». Les chercheurs expliquent la présence d'un certain nombre d'invocations en référence à Jesus, avec la datation du manuel. En effet, à l'époque où le codex aurait été écrit, de nombreux Égyptiens étaient chrétiens.

 

Cependant, certaines des invocations semblent être plus associées au groupe des Séthiens, qui avaient prospéré en Égypte pendant les premiers siècles du christianisme et qui honoraient Seth, le troisième fils d'Adam et d'Ève. Les chercheurs affirment que le début du codex fait référence à une figure divine dénommée « Baktiotha » dont l'identité reste un mystère. Selon la traduction du copte, l'on pourrait lire : « Je rends grâce à vous et je vous invite, Baktiotha : le grand, qui est très digne de confiance, celui qui est le maître des quarante-neuf espèces de serpents ».

 

Avant la parution de leur livre, Malcolm Choat et Iain Gardner avaient déclaré lors d'une conférence : « Le Baktiotha est une figure ambivalente. Il est doué d'une grande puissance et règle les forces dans le monde matériel. » Les chercheurs pensent que ce codex peut représenter, avec son mélange d'invocations, un document de transition écrit avant que toutes les invocations sur les Sethiens aient été purgées des textes magiques.

 

En outre, ils ont remarqué la présence d'autres textes qui seraient semblables au codex déchiffré, mais qui contiendraient plus d'éléments Chrétiens-Orthodoxe que Sethiens. Ils estiment également que les invocations aient été initialement séparées, dans le codex, des 27 sortilèges, et que plus tard, elles aient été réunies pour former un « instrument unique de pouvoir rituel ». L'identité de la personne qui a utilisé ce codex reste un mystère. Elle ne serait pas nécessairement un prêtre ou un moine.

 

« À mon avis, il y avait des pratiquants traditionnels en dehors des rangs du clergé et des moines, mais il nous est difficile de comprendre leur identité, car ces personnes ne voulaient pas vraiment être étiquetées comme un magicien », affirme Choat. Si le langage utilisé suggère qu'une partie du manuel ait été écrit par un homme, il n'est pas dit que cela aurait empêché une pratiquante des rituels à utiliser le texte. Comme son auteur, l'origine du codex est mystérieuse.

 

L'Université Macquarie l'a acquis, à la fin de 1981, de Michael Fackelmann, un marchand d'antiquités basé à Vienne, mais il reste difficile de savoir d'où le codex provenait exactement. Le style d'écriture suggère la Haute-Égypte. Il se trouve maintenant dans le Musée des cultures anciennes, à l'Université Macquarie de Sydney.