Aux États-Unis, ces bibliothécaires devenus agents de renseignement

Camille Cado - 06.01.2020

Patrimoine et éducation - A l'international - Bibliothèque seconde guerre mondiale - bibliothécaires agents secrets - livre étranger guerre


À l’occasion de la sortie de Information Hunters : When Librarians, Soldiers, and Spies Banded Together in World War II Europe de Kathy Peiss (éditions Oxford University Press) dans le monde anglophone, le Time Magazine propose de revenir sur l’un des plus grands secrets de la Seconde Guerre mondiale. Celui des bibliothécaires devenus agents de renseignements pour mettre la main sur des livres, des archives ou autres publications des ennemis...

image d'illustration - bluebudgie, pixabay license


Pendant la Seconde Guerre mondiale, Franklin Roosevelt avait mis en place un comité interministériel du gouvernement américain pour l’acquisition de publications étrangères (IDC). Cette organisation avait pour but d’obtenir les publications des zones ennemies ou occupées par l’ennemi. 

Plus concrètement, il s’agissait d’une vaste opération de récupération des sources imprimées ou des microfilms — un support de stockage qui reproduit des documents comme des pages de livres ou de journaux, mais aussi des documents juridiques — le tout, à des fins de renseignement. 

Les agents américains étaient le plus souvent envoyés en pays neutres, comme la Suisse ou le Portugal. Lisbonne était d’ailleurs devenue à l’époque un véritable nid d’espions, mandatés pour surveiller ennemis comme alliés. 

La neutralité du Portugal en a fait un véritable carrefour de l’Europe, mais aussi des Amériques, rassemblant les exilés, les diplomates, les correspondants étrangers ou encore les agents secrets de tous les pays. Mais voilà, les Américains étaient « inexpérimentés dans ce domaine ». Pour surpasser les opérations britanniques ou allemandes chevronnées, l’État américain a donc décidé de mobiliser des bibliothécaires et des archivistes. 
 

Les bibliothécaires en renfort


La filature était simple : ces derniers se sont présentés aux Portugais comme des fonctionnaires américains venus pour rassembler des documents pour la Bibliothèque du Congrès ou autres grandes bibliothèques de l’État qui étaient « naturellement intéressées par conserver les archives de la crise actuelle ». 

Ces bibliothécaires, devenus alors peu à peu des agents de renseignements, troquaient leurs activités quotidiennes pour de mystérieuses missions et autres dangereuses interventions. Ils faisaient le tour des librairies et des papeteries, souscrivaient à des abonnements directement auprès de marchands de journaux, avant de renvoyer toutes les informations trouvées à Washington DC. 

Certains habitants, comme des universitaires, éditeurs, journalistes ou diplomates, leur ont également été d’une grande aide en commandant des livres ou des journaux à leur nom. Les Portugais ne demandaient en retour que des livres publiés aux États-Unis ou des magazines comme Life ou Time. 

En 1943, l’opération était une réussite, de nombreuses publications arrivaient aux États-Unis. Des journaux scientifiques aux manuels techniques en passant par les répertoires qui recensaient les entreprises, tout était bon à prendre pour scruter la moindre faille dans la stratégie ou le pouvoir du camp ennemi.
 

Même les éléments les plus insignifiants étaient en réalité importants. Par exemple, les pages société qui pouvaient révéler l’emplacement d’un régiment. Plus décisif encore, les rapports japonais intitulés « News for Sailors » qui répertoriaient les nouveaux champs de mines. Une fois récupérés, ils ont été envoyés de Washington DC à Pearl Harbor.

H. Gregory Thomas, dirigeant de l’OSS (Bureau des services stratégiques, devenu CIA), avait déclaré : « Je trouve de nombreuses pistes à travers la presse locale que je lis bien sûr quotidiennement. » « Les journaux étrangers sont d’une grande valeur », affirmait à son tour la Secret Intelligence Branch, reliée à l’OSS et spécialisée dans la recherche d’espions.

« Ces documents ont été bien plus utiles que leur simple lecture » conclut le Time. Les bibliothécaires de cette opération ont ainsi transformé les livres et les journaux que l'on connaissait en véritable matériel d'espionnage.



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