Aux sources du Mal : le mythe du vampire à travers la littérature

La rédaction - 29.12.2015

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Tapi dans l’ombre, un sourire déchire son visage et fait reluire ses canines immaculées. Le vampire. À la source de nombreux fantasmes, le noctambule sanguinaire possède une histoire singulière. De Dracula à Twilight en passant par Entretien avec un vampire, le mythe a évolué à travers de nombreux contes. D’abord dandy, le vampire a ensuite subi plusieurs mutations dans la littérature. Elles l’ont conduit à arborer les rôles de tueur ombrageux ou encore d’amoureux transis. Retour sur la naissance d’un mythe. 

 

Vampire Hunter P

davidd, CC BY 2.0

 

 

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La première apparition du vampire se fait vers 1725, à travers les récits d’Arnold Paole et de Peter Plogojowitz, deux soldats autrichiens revenus hanter leurs proches après avoir été contaminés. La légende veut qu’Arnold se soit fait mordre par un vampire, puis qu’il soit rentré dans son village en racontant à qui voulait bien l’entendre comment il s’était débarrassé du monstre. Après l’avoir tué, celui-ci avait en effet mangé de la terre de sa tombe puis s’était recouvert le visage avec son sang. Dans la famille des timbrés, je vous présente le père. 

 

Après sa mort, la légende veut qu’Arnold soit revenu d’entre les morts afin d’attaquer les membres du village. Les autorités ont réglé le problème à grand coup de pieux dans le cœur. Cette première légende met en place quelques standards du vampirisme. Le pieu dans le cœur et l’ail étant ici les seuls moyens de les vaincre. On retrouvera par la suite ces éléments dans les principaux contes vampiriques, et notamment dans le classique de Bram Stoker.

 

Mais bien avant Dracula et ses massacres dans les terres arides des Carpates, le vampire a pris forme sous la plume de Johann Wolfgang von Goethe, en 1797. Dans son poème intitulé La Fiancée de Corinthe, l’auteur nous livre le récit d’un jeune athénien qui se fait héberger pour la nuit par une famille de Corinthe. Le récit débute de manière classique, avec l’apparition de la fille aînée dans la chambre du jeune homme. Une connexion brutale se fait entre les deux tourtereaux qui se laissent progressivement aller aux joies de l’amour et de la chair. Et alors que l’on s’attend à tout moment à voir l’inconnu sortir les crocs, la mère, alertée par les râles du désir, fait irruption dans la chambre. 

 

Et là, roulement de tambours, on se rend compte que la fille est en fait décédée et qu’elle s’apprête à consumer le pauvre inconnu. Le mythe du vampire dans cette version avant-gardiste est dépeint davantage comme un spectre en quête de vengeance que de véritable tueur noctambule. La jeune femme, sacrifiée sur l’autel de la religion catholique, revient sous une forme spectrale afin de hanter sa famille. 

 

On commence à entrevoir une dimension très érotique du vampire dans ce poème. La jeune fille parvient à capter les sens du garçon dès le premier regard, et va s’amuser à le tenter jusqu’à ce que celui-ci tombe à genou, meurtri par cet amour foudroyant. Dans ce passage, on voit d’ailleurs très bien la folie passionnelle qui consume le jeune homme.

 

« Non, je le jure par cette flamme

qu’Hymen, dès maintenant, fait briller pour nous,

tu n’es perdue ni pour la joie ni pour moi,

et tu m’accompagneras dans la maison de mon père.

Bien-aimée, reste ici!

Célèbre à l’instant même avec moi,

bien qu’inattendu, notre festin nuptial! »

 

Le type parle de mariage alors qu’il vient juste de la rencontrer. Je veux bien que l’histoire se déroule au 18e siècle, mais quand même ! 

 

Le mythe s’étoffe en 1819, avec la nouvelle The Vampyre de John William Polidori. Cette fois le vampire n’est plus qu’un vulgaire spectre dénué de vie sociale. Il est incarné par le mystérieux Lord Ruthven, un homme d’une « pâleur mortelle ». On y découvre pour la première fois le vampire manipulateur, séducteur et animal. Des traits de personnalités qui seront d’ailleurs repris quelques années plus tard dans le fameux Dracula de Bram Stoker. 

 

La mutation du mythe

 

Le roman Dracula a eu le mérite de créer un véritable engouement autour des vampires, et ce, même s’il ne s’agit pas du premier conte dédié aux noctambules. Bram Stocker introduit dans son œuvre une notion de lutte divine, avec un affrontement entre les cieux et l’enfer qui était absent des créations précédentes. Dracula est un homme rejeté par Dieu, une entité ni morte, ni vivante, qui vit reclus dans son château au fin fond des Carpates. 

 

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ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Toute l’intrigue du roman tourne autour de cet étrange personnage que les miroirs refusent de refléter. Le vampire incarne alors une menace aussi puissante que cruelle. Il boit le sang de ses victimes parce qu’il en a besoin pour vivre, mais également parce que cela lui procure du plaisir. 

 

Le vampire va progressivement se diviser en deux catégories bien distinctes. On va tout d’abord retrouver le vampire romantique, du type Twilight, qui refuse de boire du sang et qui marche au soleil. Une belle hérésie pour les fans de la première heure, qui s’étaient habitués à voir dégouliner les litres de sang comme la pluie en Bretagne. Sous la plume de Stephanie Meyer, le vampire n’est plus mauvais par essence, puisqu’il est en quelque sorte victime d’une malédiction. 

 

Le refus de boire du sang humain ne date pas de Twilight, puisque l’on retrouve déjà ce trait avec le personnage de Louis dans Entretien avec un Vampire, d’Anne Rice.  

 

Ce changement majeur permet aux vampires de devenir des héros à part entière, puisqu’ils ne sont plus présentés comme une simple menace. Leurs pouvoirs leur permettent notamment de devenir des modèles pour les jeunes générations en quête d’identité. 

 

La menace n’a pour autant pas disparu. On le constate avec la série de romans La Lignée écrite par Guillermo del Toro et Chuck Hogan (The Strain en anglais) qui voit les vampires comme une maladie. Tout comme dans Twilight, les symboles d’une lutte biblique ont disparu (usage du crucifix, de l’eau bénite, etc.) Cependant, le côté prédateur des créatures nocturnes est exacerbé, notamment à travers l’aspect bestial et sanguinaire des goules (des sous-vampires en quelque sorte), qui ne cherchent qu’à étriper le premier humain venu. 

 

Au final, le côté prédateur sexuel a complètement disparu. Il a été remplacé par un aspect bien plus animal ainsi qu’une volonté insatiable de se répandre à travers le monde, ce qui était absent du Dracula de Bram Stoker.  

Dans la même veine, le studio Dontnod se prépare à revisiter le mythe des vampires une nouvelle fois à travers un jeu vidéo qui reviendra aux origines du mal. Intitulé Vampyr (l’étymologie originale du mot), le jeu nous propulse dans un Londres post première guerre mondiale en proie à une terrible épidémie de peste. 

 

Tout comme The Strain, le vampirisme y est vu à la fois comme une malédiction et une maladie, puisque le joueur aura le choix entre écouter ses instincts de prédateur ou bien lutter contre cette soif insatiable. La véritable évolution du vampire dans la littérature aura été de le faire passer du statut de menace nocturne à celui de héros torturé. On se demande alors qu’elle pourra bien être sa prochaine évolution… 

Tristan Bories

 

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