Avant de surplomber Paris, la Tour Eiffel connut quelques déboires

La rédaction - 21.03.2017

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La grande dame de fer surplombe la capitale française depuis 128 ans bientôt. Et le 31 mars prochain, nous aurons l’occasion de fêter la fin du chantier. En partenariat avec les Éditions Douin, ActuaLitté propose de découvrir l’histoire de la Tour, d’après le livre de Fabien Sabatès. Un journal de bord inédit et historique.

 

 

 

28 MARS 1889

 

Notre tour de 300 mètres est à peine terminée, que les Anglais parlent d’en élever une de 600. Quel avantage pourront-ils en retirer ? Un bénéfice pécuniaire ? Ils arrivent trop tard. Tout le monde, j’entends par là tous les nomades, aura passé par la tour Eiffel, et les impressions ne changent pas assez en s’élevant davantage pour justifier une nouvelle ascension. Aussi, nos voisins arguënt-ils de nécessité, ou tout au moins d’utilité scientifique.

 

Mais j’ai bien peur que, sous ce rapport également, rien ne justifie les dimensions qu’ils annoncent. La surélévation me paraît insuffisante. Une tour de 1 000 mètres, à la bonne heure ! Et puis, quel métal vont-ils employer ?

 

Retrouver J’ai construit la Tour en fer, aux éditions Douin

 

De la fonte, sans doute, comme nous. Si l’orgueil britannique veut être satisfait, qu’il cherche mieux. Il y a bien l’aluminium, qui est aussi léger que le verre, aussi tenace que l’argent, meilleur conducteur de l’électricité que le fer, et puis inaltérable à l’air, qualité inestimable, sans laquelle les constructions métalliques ne peuvent durer.

 

Mais l’aluminium est extrêmement coûteux, et nos voisins ne seraient pas assez riches pour se payer cette fantaisie, d’autant mieux que, pour résister à l’écrasement, il faudrait des pièces de très grande dimension, et le Groenland ne contiendrait peut-être pas assez de cryolithe (minerai d’où l’on retire l’aluminium) pour une tour, fût-elle de 300 mètres. Décidément, il vaut mieux nous imiter. Une autre fois, messieurs les Anglais, vous tirerez les premiers !

 

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NOTE

 

Je signale au lecteur — car il ne le sait probablement pas vu que cette affaire est oubliée depuis fort longtemps — que les Anglais ne lâchèrent pas prise. Ils tentèrent effectivement la construction de leur propre tour, sans Gustave Eiffel... ni réelles connaissances pointues en matière de construction verticale. Le lecteur curieux et impatient, se reportera au chapitre 10, en novembre 1889 de cette chronologie, pour découvrir ce qui est arrivé à cette tour « pudding ».

 

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29 MARS 1889

 

La commission de contrôle et de finances s’est réunie ce matin sous la présidence de M. Tierra. La commission a d’abord autorisé le ministre à traiter avec des entrepreneurs pour mettre à la disposition du public des chaises au prix uniforme de 10 centimes.

 

Elle a autorisé l’ouverture d’un crédit de 30 000 francs pour l’éclairage de la tour Eiffel pendant les fêtes de nuit ; elle a également autorisé le ministre à concéder à M. Eiffel le droit de vendre à l’intérieur de l’Exposition un guide officiel et un plan officiel. Cette autorisation ne fait pas obstacle à ce que d’autres guides ou plans soient vendus dans l’Exposition.

 

La commission a enfin décidé qu’il y avait lieu de refuser la substitution d’une société anonyme à M. Eiffel pour l’exploitation de la tour, les statuts de cette société étant en partie contraires au contrat de concession.

 

La tour Eiffel est achevée officiellement, c’est le plus haut monument du monde. M. Mascar est heureux d’annoncer à l’Académie que la tour Eiffel a atteint à la date fixée la hauteur de 300 mètres.

 

Toutes les pièces qui la constituent se sont ajustées conformément aux calculs de l’ingénieur et le succès de cette construction gigantesque est un véritable événement dans l’histoire des sciences industrielles.

 

 

Retrouver toute l'histoire de l'inauguration de la Tour Eiffel.