Bannie de son ministère, Fleur Pellerin invoque Shakespeare et sourit

Nicolas Gary - 14.02.2016

Patrimoine et éducation - Patrimoine - Richard Shakespeare - Fleur Pellerin - bannir trahison


Éjectée du gouvernement, Fleur Pellerin, ancienne ministre de la Culture, a quitté la rue de Valois avec panache. Un discours de passation très apprécié, poignant, avant de s’effacer pour qu’Audrey Azouley prenne possession du ministère. « Je suis fière d’avoir redonné au ministère de la Culture les attributs d’un ministère de premier rang dans la République », commentait Fleur Pellerin, vendredi. Depuis, elle a démontré que toutes les pilules n’étaient pas avalées. 

 

Audrey Azoulay et Fleur Pellerin - Passation de pouvoir

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Le départ de la rue de Valois s’était accompagné de commentaires acerbes dans la presse. Les journalistes avaient chacun leur regard, leur interprétation – « la vérité est qu’aujourd’hui, à l’exception de François Hollande, personne ne sait pourquoi Audrey Azouley est arrivée, et pourquoi Fleur Pellerin est partie », nous expliquait un observateur politique. L’évidence même. 

 

On racontait qu’elle avait eu droit à quelques minutes par téléphone avec le président, alors qu’elle était encore au Sénat. « Ce n’est pas ton travail qui est remis en cause. Mais j’ai besoin de quelqu’un pour faire de la politique », lui aurait affirmé le chef de l’exécutif. Amer, quelque peu. Montrant qu’elle partait, mais avec un sourire en coin, Fleur Pellerin (qui retournera désormais à la Cour des comptes), a laissé un message sur Facebook, des plus éloquents, s'appuyant sur Shakespeare. Le texte de la pièce Richard II, éminemment patriotique, semble bien être la traduction de François-Victor Hugo (Pagnerre, 1872). Et le commentaire qu’apporte l’ancienne ministre laisse songeur : « Relire Richard II et sourire... Bon samedi à tous ! » Qu’en comprendre ?

 

Relire Richard II et sourire... Bon samedi à tous !JEAN DE GAND.Suppose que c’est un voyage que tu fais pour ton...

Posté par Fleur Pellerin sur samedi 13 février 2016

 

 

JEAN DE GAND.
Suppose que c’est un voyage que tu fais pour ton plaisir.

BOLINGBROKE.
Mon cœur me détrompera par un soupir, 
Lui pour qui ce sera un pèlerinage forcé.

JEAN DE GAND.
La sombre procession de tes pas fatigués
Tiens-là pour la monture où tu sertiras
Le précieux joyau de ton retour.

BOLINGBROKE.
Non, chaque pénible pas que je ferai
Me rappellera plutôt que l'étendue d'un monde
Me sépare des joyaux que j'aime
Ne dois-je pas longtemps faire l'apprentissage
Des routes étrangères pour à la fin, 
Retrouvant ma liberté, ne pouvoir me vanter
Que d'être un artisan qualifié dans la douleur ?

[...]

 

Shakespeare mettait en scène le bannissement de deux adversaires, Bolingbroke, pour six années et Mowbray, à vie. Tous deux s’étaient accusés de trahison, et pour faire au plus simple, le roi Richard avait privilégié l’exil pour chacun. 

 

Prenant place dans les débuts, Acte I, scène 3, le dialogue entre Jean de Gand et son fils Bolingbroke fait passer un message, sans trop de doutes possibles : c’est le départ du fils et le chagrin du père. La dernière intervention du fils sera sujette à une multitude d’interprétations, ad libitum :

 

Alors, sol d’Angleterre, adieu ; adieu, sol chéri,

Ma mère et ma nourrice me portent encore !` 

Où que j’aille errer, je pourrai me vanter 

D’être, bien que banni, un véritable Anglais.

 

 

Déshérité, spolié de ses biens en son absence, après la mort de son père, Bolingbroke prendra tout de même sa revanche : au point de mettre fin au règne de Richard II, et de se faire couronner, sous le nom d’Henri IV, usurpant alors une couronne d’Angleterre sur laquelle il n’avait aucun droit... Le ton est-il donné ?