Betty Coton : un livre "inapproprié pour des élèves de cet âge-là"

Clément Solym - 06.03.2012

Patrimoine et éducation - Scolarité France - parents d'élèves - Betty Coton - polémique


Les faits remontent à la fin février. Pascal Noury, instituteur et maire de Morangis, souhaite illustrer un cours sur l'esclavage en se prêtant à la lecture de l'ouvrage destiné aux adolescents Betty-Coton, écrit par Corinne Albaut et publié par Actes Sud Junior en 2005. Mais certains passages, notamment celui qui aborde le viol de l'héroïne par un esclavagiste blanc, ont choqué les élèves, puis les parents, qui ont formé un collectif pour protester.

 

« Notre raison d'agir, c'est de nous assurer que nos enfants peuvent aller à l'école en toute sérénité, dans le respect de leur intégrité physique et mentale » annonce la page du Collectif des Parents Indignés, dont la pétition a recueilli à ce jour 380 signatures. La petite ville de Morsang-sur-Orge, dans l'Essonne, est en ébullition depuis que la polémique a été révélée au grand jour.

Après lecture des commentaires postés à ce jour (05/03/12), notre Collectif tient à rappeler que ce qui nous mobilise, c'est bien le choix de cette lecture (avec ses conséquences), et non pas une quelconque polémique sur le déroulement des évènements qui en ont découlé. Il est de notre devoir de parent :

1/ d'informer l'ensemble des parents d'élèves des faits qui ont eu lieu => objectif atteint.
2/ d'alerter et d'interroger l'Education Nationale sur les moyens qu'elle a pour s'assurer que les supports utilisés par les enseignants sont adaptés à l'âge des élèves dont ils ont la responsabilité.

Notre raison d'agir, c'est de nous assurer que nos enfants peuvent aller à l'école en toute sérénité, dans le respect de leur intégrité physique et mentale.

 

Les élèves de la classe de CM1-CM2 de l'école primaire Marcel Cachin seraient rentrés choqués de leur journée d'école après une lecture choisie par leur instituteur. L'ouvrage incriminé, Betty-Coton, raconte l'histoire de Badi, une adolescente africaine emportée par le commerce triangulaire. Un passage de l'ouvrage, jugé « susceptible de nuire à l'épanouissement physique, mental ou moral des -16 ans » par le Collectif de parents d'élèves, décrit le viol et les mutilations endurés par Badi. (via Le Parisien)


 

Un tract, distribué le 1er mars par les membres du Collectif, souligne que l'auteure elle-même, Corinne Albaut, confirme que son ouvrage « s'adresse à un public averti et que l'on ne devrait pas le conseiller à des jeunes de moins de 13/14 ans. »

 

ActuaLitté a pu contacter l'auteure qui nous fait part de sa « grande surprise » au moment où une mère d'élève l'a contactée. « C'est un ouvrage très dur, explique-t-elle, qui ne doit être abordé qu'à partir de 13 ou 14 ans ». Sûrement pas adapté à des élèves de CM1-CM2, âgés de 9 à 11 ans, donc. L'ouvrage publié par Actes Sud Junior en 2005 était siglé « à partir de 12 ans », une classification que Corinne Albaut juge déjà inadaptée.

 

Elle a d'ailleurs remanié son texte en atténuant la violence de certaines scènes pour une nouvelle édition, publiée cette fois par Belin sous le titre Noir Coton. « Je ne vais pas soutenir des parents qui montent une action contre mon livre, mais il est clair que l'importance du témoignage a été occultée par la violence de la scène », admet l'auteure.

 

Si l'Académie de l'Essonne et le professeur concerné n'ont pas fait part de leurs déclarations, ce dernier invoquant un devoir de réserve lié à son statut de fonctionnaire, le Ministre de l'Éducation Luc Chatel s'est dit « indigné et choqué par les passages crus lus en classe » qui l'ont poussé à « saisir immédiatement l'inspection d'académie».

Le ministre a immédiatement demandé à l'inspection académique de l'Essonne de prendre rapidement les mesures disciplinaires qui s'imposent. Il rappelle que l'ouvrage lu aux élèves ne fait partie d'aucune liste de référence publiée par le ministère, ni pour l'école élémentaire, ni pour le collège. Le ministre a demandé à ses services d'être extrêmement  vigilants dans l'établissement de ces listes de référence et souligne que depuis 2007, le Gouvernement a attaché la plus grande importance à remettre, au cœur de la classe, les classiques de l'enfance et de la littérature française dont l'École s'était trop éloignée, alors même qu'ils ont fait leurs preuves pour des générations d'élèves.

Luc Chatel tient aussi à souligner que depuis son arrivée au ministère de l'éducation nationale, il a eu le souci constant de promouvoir la lecture dès le plus jeune âge et tout au long de la scolarité. C'est d'ailleurs dans cet esprit qu'il a lancé l'opération "Un livre pour l'été" qui consiste à remettre aux 800 000 élèves de CM1 un classique de l'enfance, à la veille des vacances estivales, pour qu'il soit étudié en classe à la rentrée de CM2. Après un recueil de Fables de Jean de La Fontaine illustré par Marc Chagall en 2010 et un recueil de Contes de Charles Perrault accompagné d'images d'Epinal en 2011, ce sont cette année des morceaux choisis des Lettres de mon moulin d'Alphonse Daudet qui seront remis aux élèves de CM1 en juin prochain.

 

Ce qui est certain, c'est que la polémique va nécessairement entraîner la comparaison de ce livre avec les contes de fées pour enfants - on l'a déjà entendu sur France Inter. Tenter de mesurer cet ouvrage. Soulignons par ailleurs que les parents pourraient envisager une action en pénal, suite à la lecture de ce livre en classe.

 

Nous attendons la réaction de l'académie ainsi que de l'instituteur, dans le courant de la journée.

 

Mise à jour 12h34 : 


Monsieur Christian Wassenberg, Inspecteur d'Académie de l'Essonne, contacté par Actualitté, s'est dit « choqué, comme toute la communauté éducative, par le choix de ce passage, qui n'est absolument pas approprié à des élèves de cet âge. » Il nous a informé que « l'enquête a déjà commencée : l'inspecteur de la circonscription a notifié à l'enseignant qu'il devait mettre fin à la lecture de l'ouvrage. »

 

L'enseignant en question sera « reçu et entendu » avant qu'une sanction ne soit prononcée. Par rapport à la réglementation en matière de lectures intégrées au programme scolaire, l'Inspecteur d'Académie explique que « Ce n'est pas parce qu'un enseignant a fait un choix malheureux que nous allons réglementer ce que nous considérons comme la liberté pédagogique », avant de préciser que le Ministère de l'Éducation nationale publie chaque année une liste d'ouvrages recommandés pour illustrer le programme scolaire.


 

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