Bon sang ne saurait mentir : Dracula, inspiré par un prêtre anglican ?

Nicolas Gary - 09.02.2016

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Tout le monde sait que Dracula, l’empaleur des Carpates, est originaire de Transylvanie. Ce qui était encore vrai jusqu’au livre d’Andy Struthers, pour qui l’origine du personnage conçu par Bram Stoker provient d’un Britannique. En effet, le romancier n’aurait pas choisi Vlad l’Empaleur pour son vampire, mais un prêtre qui, dans le comté de West Country, tuait des vierges... Alors, on s’égare ?

 

Découverte de la crypte de Dracula, à Epinal : archéologie

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Âgé de 49 ans, Andy Struthers réside dans le Cheshire, et vient de faire paraître son livre, où il conteste la légende en place. Selon lui, la dimension gothique du vampire proviendrait des travaux de Sabine Baring-Gould, un prêtre de la ville d’Exeter. 

 

Dans le texte de 1897, souligne Struthers, il est fait mention de la cathédrale de la ville d’Exeter : l’avocat Jonathan Harker quitte l’endroit avant de partir pour son périlleux voyage en Transylvanie. 

 

Le prêtre Sabine Baring-Gould avait rédigé un texte, Lycanthropy : the study of Werewolves and vampire story called Margery of Quether. Stoker aurait alors pris connaissance de l’ouvrage, estime Struthers : « Le livre sur les loups-garous et le conte sur le vampire ont fourni à Stoker les éléments pour son histoire, et pratiquement tout ce qu’il fallait pour la création de son Comte Vampire, y compris la voix qui était celle d’une femme. »

 

La mention à la ville d’Exeter aurait été faite pour remercier Baring-Gould, une sorte d’hommage discret.

 

Le prêtre anglican, inspirant le romancier ? La pilule a du mal à passer : pourtant, Stoker aurait confié dans un entretien avoir lu des choses de Baring-Gould : il reconnaît avoir appris quelque chose sur les loups-garous et souligne que le prêtre devait également produire un livre sur les vampires, « mais je ne sais pas s’il a fait beaucoup d’avancées dessus ».

 

Quand on lui demanda si son histoire puisait ses racines dans un fonds historique, Bram Stoker répondait qu’il y en avait certainement. 

 

Une personne, peut-être tombée dans une catatonie semblable à la mort, aurait été enterrée avant l’heure. Ensuite, le corps peut avoir été déterré et retrouvé vivant – cette horreur aurait saisi le peuple d’effroi, et dans leur ignorance, ils ont imaginé qu’il s’agissait d’un vampire. [...] Même dans de simples villages, on a cru qu’il pourrait y avoir de ces créatures. Une fois que la panique s’empare de la population, leur unique volonté était d’y échapper.

 

 

La croyance la plus ferme en cette créature assoiffée de sang et tueuse de vierges provient de Styrie, une région de l’Autriche, où elle vécut avec la plus grande intensité, mais notait Stoker, on en trouve trace partout : Chine, Islande, Allemagne, Saxe, Turquie ou encore Russie, Pologne, Italie, France ou Angleterre. 

 

Dracula, vampire, loup-garou et plus si affinités...

 

Certains parleraient d’intertextualité, avant de revendiquer d’avoir mis le doigt sur le mystère de la création du personnage. D’ailleurs, l’un des arrières-petits-neveux de Bram Stoker, Dacre Stoker, lui-même historien, s’étrangle de lire dans la presse que l’on a trouvé l’origine du monstre. Si Struthers doit présenter ses conclusions à l’occasion du Congrès Mondial de Dracula qui se déroulera à Dublin, cet automne, le descendant ne manque pas de sourire.

 

En effet, jamais Stoker ne s’est rendu en Transylvanie, et pour ce faire, il s’est beaucoup inspiré des travaux d’Emily Gerard, The Land Beyond the Forest, une histoire sociale de la région, qui inclut des éléments sur le mythe même du vampire.

 

Dacre Stoker, qui a rédigé le sequel officiel, Dracula : the Undead, et éditeur d’écrits disparus ou oubliés de son ancêtre, explique : « Dracula n’est pas originaire d’Exeter, mais une partie de l’inspiration le fut. » Le problème vient de ce que tout le monde tente aujourd’hui de faire d’indicibles découvertes sur le personnage, 118 ans après sa première publication. En soit, l’enthousiasme est merveilleux, mais c’est souvent exagéré considère-t-il. À ce titre, le cachot de Dracula, alias Prince Vlad III Basarab, aurait été découvert en Turquie, selon les conclusions d’archéologues en octobre 2014. Et l’on apprenait que Vlad serait d’ailleurs mort à Naples.

 

Baring-Gould, Gerard, le folklore roumain, et bien d’autres choses encore ont certainement contribué à la création du mythe. « Dracula est essentiellement un vampire, mais il a certaines caractéristiques liées au loup-garou — quand il saute sur le navire à Whitby, Bram le présente en grand chien noir, et, à Londres, il se change en loup. »

 

De multiples ingrédients, en somme, qui ne permettent que la spéculation...  

 

(via Daily Mail, Guardian)