Boris Akounine en politique : « L'importance de se faire entendre »

Clément Solym - 30.07.2012

Patrimoine et éducation - A l'international - akounine - russie - politique


Boris Akounine, l'un des auteurs les plus lus du monde littéraire russe, avec ses polars historiques, est devenu, depuis fin 2011 l'une des figures intellectuelles phare dans la lutte anti-Poutine. Comment l'écrivain délaisse peu à peu son œuvre pour la politique.


 

 

 

Grigori Tchkhartichvili (d'origine géorgienne), de son pseudo d'écrivain Boris Akounine, annonce désormais ses opinions. Respecté comme l'un des grands auteurs contemporains russes, ses œuvres – et son héros du XIXe siècle Eraste Fandorine – se vendent par millions, engendrant également des adaptations cinématographiques. Arrivé tard à l'écriture (1998), l'écrivain souhaite désormais se servir de son nom pour faire entendre son mécontentement dans la politique russe.

 

Les premières protestations sont apparues dès les élections législatives russes en décembre 2011, puis lors du retour au pouvoir de Vladimir Poutine en mai 2012. Boris Akounine avait alors rejoint une partie de la société russe qui avait pris conscience d'une force nouvelle de contestation. Ayant émigré en France, en Bretagne, car il n'y avait pas de place pour l'intelligentsia en Russie, l'auteur avait rejoint Moscou immédiatement lors des nouvelles. Ainsi, de lancer la « manifestation promenade », de proposer de lire des livres en public. « Il n'est pas un politicien professionnel », déclare Yuri Saprykin, journaliste et membre du comité d'organisation des protestations d'hiver. « Il est une personne qui ne n'appartient pas au pouvoir, ni à une quelconque place dans le système politique. Il est ému par ses valeurs morales, et tout le monde voit ça ».

 

Ce qui n'a pas empêché le gouvernement russe d'adopter, le 6 juin dernier, une loi augmentant les amendes pour tous ceux qui participent à des rassemblements non autorisés (environ un salaire annuel d'un russe moyen).

 

Face au nouveau visage militant de l'écrivain, Vasiliy Stepanov, éditeur du magazine Séance, remarque : « Il est intéressant que l'écrivain qui a obtenu toute sa popularité du temps de Poutine en est maintenant à l'avant-garde de la lutte politique ».

 

D'ailleurs, selon The New Yorker, Akounine s'est toujours dit être critique du système politique russe. Depuis qu'il est un célèbre romancier, il s'est simplement rendu compte que sa voix pouvait avoir une portée plus grande, même en dehors de ses livres qui restent avant tout là « pour le plaisir ». C'est aussi, pour lui, l'heure d'imposer une démocratie plus réelle et libre : «  Je pense que la Russie du 19e siècle, quand mon héros Eraste Fandorine a vécu, n'était pas mûre pour la démocratie», écrit dans  Akounine dans un e-mail (via The New Yorker). « Même en 1991, il était probablement trop tôt. Je ne crois pas que la démocratie effective et durable soitpossible dans un pays sans une classe moyenne. Maintenant c'est juste le bon moment. Nous avons grandi en tant que société, nous sommes prêts à assumer la responsabilité. »


L'engagement politique, devenu essentiel

 

S'amusant à insérer multiples références aux grands auteurs russes autant qu'à les pasticher, les risques de Boris Akounine restent malgré tout loin de ceux auxquels s'exposaient les dissidents dans le style de Tolstoï ou de Soljenitsyne. Prudence tout de même.

 

Désormais, l'écrivain et blogueur continue son engagement politique. Après avoir participé en mars 2012 à l'exposition Visionnaires russes –vers la lumière, organisée par le fils et l'ex-femme de Mikhaïl Khodorkovski et consacrée aux Russes qui veulent une Russie différente de celle que Vladimir Poutine a forgée depuis 2000, Boris Akounine s'investit aujourd'hui dans le cas des cinq jeunes femmes du groupe punk féministe Pussy Riot.

 

L'affaire a débuté le 21 février 2012, lorsque ces femmes ont chanté une chanson contre Vladimir Poutine dans la cathédrale du Christ Saint-Sauveur à Moscou. Trois d'entre elles, arrêtées, sont mises en prison pour « hooliganisme » à l'issue d'un procès entamé le 23 juillet dernier. Boris Akounine, était là : « Je suis préoccupé par le sort de ces personnes maintenues en détention pour des raisons incompréhensibles », a-t-il déclaré. « Ce procès ne peut provoquer que du dégoût chez toute personne normale, quelles que soient ses opinions religieuses et politiques ».

 

Ce matin s'est tenue l'audience qui a tranché une prolongation de leur détention jusqu'en janvier. « Je ne pouvais pas ne pas venir », affirme Boris Akounine. « J'ai récemment compris l'importance de se faire entendre, il faut parler plus fort dans les rues, peut-être même crier. Plus nous ferons, mieux ce sera. C'est la plus grande chance que nous avons d'être entendus. Les participantes du groupe punk n'ont tué personne, n'ont pas volé, n'ont pas agi en criminelles. Elles ont avant tout exprimé leurs opinions. Elles ont besoin de lâcher prise ».

 

Boris Akounine fut l'une des rares « stars » annoncées à être venue. Actuellement, il présente son dernier roman, Aristanamia, qu'il qualifie de « roman sérieux », c'est-à-dire écrit ni pour le plaisir ni pour l'argent, mais pour répondre à des questionnements intérieurs.

 




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