Cendrillon SM, princes homos : ces contes de fées délicieusement décadents

Cécile Mazin - 09.11.2016

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Les Britanniques pourront toujours oublier l’élection de Trump en se plongeant dans d’horribles lectures. Les presses universitaires de Princeton ont sorti un ouvrage racontant les contes de fées tels que les écrivains français du XIXe siècle les ont réinventés. Décadence, sexualité et friponnerie sont au menu. 

 

Art - Stamp Art - German - Brothers Grimm, Red Riding Hood and wolf

VintagePrintable1, CC BY SA 2.0

 

 

Que l’on évoque Charles Baudelaire, Anatole France ou encore Apollinaire ou Claude Cahun, et voici que la réunion de famille commence à faire sourire. C’est que ces écrivains se sont amusés avec les histoires de Charles Pearrault, pour tordre les récits originaux – donnant une autre vision de la réalité de ces textes.

 

Ainsi, Claude Cahun, alias Lucy Schwob, avait présenté une Cendrillon amatrice de sévices corporels, au point de s’emmitoufler les pieds pour les empêcher de grandir. Et qui ne manque pas de prendre plaisir à d’autres formes de tortures, notamment celles pratiquées par ses demi-sœurs – ou encore, en se brûlant les fesses dans sa cheminée. Cendrillon, il est vrai, c’est la petite fille des cendres, alors le plaisir de l’humiliation, soudainement...

 

L’éditeur présente ces histoires âgées d’un siècle, voire de deux, comme « enchanteresses, mais troublantes ». Elles reflètent les préoccupations de ces grands auteurs, aujourd’hui largement reconnus. Gretchen Schultz et Lewis Seifert, tous deux professeurs d’études françaises à l’université Browbn, on établi cette sélection de textes considérés comme décadents, et publiés dans l’Hexagone entre 1870 et 1941. 

 

Ces histoires étaient évidemment destinées à des lecteurs adultes, avant tout, avec des personnalités modifiées – ou extrapolées. Les princes peuvent devenir des femmes – comme dans le conte de Renée Vivien, le mariage pour tous doit s’étrangler ! – ou perdre tout instinct belliqueux, comme chez Catulle Mendes, où le prince préfère cueillir des fleurs, activité plus divertissante que de tuer des hommes.

 

Évidemment, bien des relectures/réécritures de ces contes de fées ont pu donner au psychanalyste Bruno Bettelheim la matière à sa Psychanalyse des contes de fées. « Les mythes mettent en scène des personnalités idéales qui agissent selon les exigences du surmoi, tandis que les contes de fées dépeignent une intégration du moi qui permet une satisfaction convenable des désirs du ça », indiquait-il d’ailleurs. 

 

 

 

Ces textes n’étaient finalement pas si subversifs qu’ils auraient pu le laisser entendre : en réalité, ils exprimaient différemment, accentuant les traits, combien les contes de faits avaient vocation à servir d’outils formateurs pour les enfants. « La collection souligne les thèmes décadents comme le déclin de la civilisation, la dégénérescence de la magie et l’irréel, ou encore la confusion des genres et l’incursion de la société industrielle », note l’éditeur.  

 

Comme l’indiquait Bettelheim, le Petit Chaperon rouge avait quelque chose de vicieux. Et dans la réécriture d’Alphonse Daudet, on voit bien à quel point le personnage s’éloigne de l’image d’Épinal pour aboutir à une petite maline, décidée à tromper le loup, pour qu’il la débarrasse d’une grand-mère pesante. 

 

Relire Le roman du Chaperon rouge, aujourd’hui dans le domaine public, c’est la garantie de quelques sourires que l’on n’aurait pas eus chez Perrault... Ces histoires n’avaient d’ailleurs pas encore été toutes traduites en anglais, Princeton se devait de réparer cela...