Cet atlas en ligne veut préserver les alphabets indigènes menacés

Camille Cado - 28.02.2019

Patrimoine et éducation - A l'international - alphabet indigène - alphabet culture sauvegarde - langues autochtones


Les Nations Unies ont désigné 2019 l'Année des langues autochtones. L'occasion pour l'universitaire et essayiste Tim Brooks de numériser son Atlas mondial des alphabets menacés. Un travail de longue haleine, commencé il y a 10 ans, qui recense tous les idiomes étrangers à l'alphabet latin. Une belle initiative pour promouvoir la richesse de ces systèmes d’écriture indigènes. 



Le 28 janvier dernier, l'Assemblée générale des Nations Unies a proclamé 2019 Année internationale des langues autochtones afin d'attirer l'attention du monde sur les risques critiques auxquels les langues autochtones sont confrontées. Mais aussi sur leur importance pour le développement durable, la réconciliation, la bonne gouvernance et la consolidation de la paix. 

C'est à cette occasion que Tim Brooks, fondateur d’Endangered Alphabets, a mis en ligne l'Atlas des alphabets menacés sur lequel il travaille depuis 10 ans. Cette carte recense tous les systèmes d'écriture étrangers à l'alphabet latin. Une façon de promouvoir, mais aussi de sauvegarder les alphabets des minorités et des autochtones, éléments essentiels de leur culture. 

« En 2009, les temps étaient sombres pour les cultures autochtones et minoritaires », affirme l’universitaire. En cause : la télévision et internet qui avaient propulsé « une sorte d'impérialisme culturel dans tous les coins du monde. Tout le monde avait un écran ou en voulait un. La langue anglaise et l'alphabet latin (ou l'un des six autres systèmes d'écriture majeurs) étaient sur chaque écran et chaque clavier ».

À l’inverse, 2019 s’avère être « un moment remarquable dans l’histoire des systèmes d’écriture puisque malgré la mondialisation rampante, l'oppression politique et les inégalités économiques, les cultures minoritaires commencent à raviver l'intérêt pour leurs textes traditionnels ».

Par exemple, un kenyan nommé Kefa Ombewa a ainsi créé une version délatinisée du Dholuo, parlée au Kenya et en Tanzanie : le Luo Lakeside Script. Ce système linguistique se veut émancipateur, et fait partie des alphabets émergents et révolutionnaires.
 


Promouvoir l’alphabet des minorités indigènes


Les écritures incluses dans l’Atlas ne sont pas toutes bicamérales (comprenant des lettres minuscules et des lettres capitales). On retrouve des alphabets consonantiques (appelé aussi abjads), des alphasyllabaires (abugidas) ou encore des syllabaires. L’ouvrage comprend même des systèmes pictographiques, souvent utilisés en Afrique Subsaharienne. Par exemple, le Ditema Tsa Dinoko, créé il y a 150 ans, évolue via des images.

L'atlas se focalise essentiellement sur les alphabets en déclin ou émergents et potentiellement menacés par « la domination, l’intimidation, l’ignorance ou la persécution active d’une culture plus puissante ». 

Pour Tim Brooks, cet atlas est aussi une initiative politique de se défaire de l'influence coloniale toujours très présente. « Prenez par exemple un pays africain qui était anciennement une colonie britannique. L'indépendance peut avoir réinstauré l'usage d'une langue indigène, elle restera néanmoins minoritaire. Créer un alphabet indigène est une réussite en soi, mais le faire accepter et enseigner est bien plus difficile. »

Et pour cause, certains alphabets ne sont pas reconnus par le pays ou la province dans lequel ils sont utilisés et peu (voire pas) enseignés à l'école.


Sauvegarder des cultures en voie d’extinction 


L'organisation Endangered Alphabets estime qu'un tiers des alphabets risquent de disparaître, les minorités et les peuples autochtones étant sur le point de perdre une partie importante de leur patrimoine. Avec la numérisation de l'Atlas, elle espère susciter un regain d'intérêt pour ces scripts presque oubliés. Ces documents constituent une ressource exceptionnelle et essentielle pour la préservation des systèmes d’écriture des minorités et des peuples autochtones. 
« D'une certaine manière, l'atlas ne concerne pas les alphabets ni même les langages, mais bien les peuples », a déclaré Tim Brooks. 

Beaucoup de peuples sont déconsidérés parce que leur langue ne se pratique plus qu'à l'oral. Ces documents numérisés leur apportent une légitimité certaine. L’Atlas revêt une importance cruciale en tant que support témoin d’une histoire, d’une culture, qu’il s’agit ici de préserver. 

Voici quelques exemples de ces systèmes d'écriture : 

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Via Kottke



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