Chine : la Magna Carta effraie le régime

Julie Torterolo - 19.10.2015

Patrimoine et éducation - A l'international - Magna Carta - Chine - Censure


Cette année, les amateurs d’histoire ou de droit constitutionnel ont de quoi se réjouir : la Magna Carta, ou Grande Charte, célèbre ses 800 ans. Ce texte de 63 articles, « Grande Charte des libertés d’Angleterre », remonte au 15 juin 1215, et pose le principe des libertés individuelles face aux pouvoirs du roi. La Chine, notamment motivée par des raisons diplomatiques, avait accepté d’exposer une copie du document à la Renmim University de Pékin... jusqu’à ce que le document soit renvoyé à l’ambassade britannique. 

 

Crédits : Sunderland Museum

 

 

Aucune explication officielle n’a été donnée au transfert de la Grande Charte à la résidence de l’ambassadeur britannique, avec seulement quelques places disponibles pour venir admirer l'écrit historique. Selon The New York Times, la thèse de la censure est plausible : le parti unique chinois n’apprécierait pas les idées véhiculées par cet écrit fondateur d’un régime constitutionnel, et le verrait même comme une menace pour la stabilité du pouvoir chinois.

 

« Les dirigeants chinois craignent que cette idéologie et ces documents historiques touchent et s’ancrent dans l’esprit des étudiants », a déclaré au journal Hu Jia, dissident chinois. Ce dernier n’a ainsi pas été surpris par la nouvelle : il évoque des liens étroits entre le Parti communiste et l’Université. Les dirigeants chinois savaient que l’exposition était populaire et risquerait donc d’attirer de nombreux étudiants, ajoute-t-il. Un étudiant en histoire à l’Université Renmin, qui connaît certains membres du personnel du musée, a quant à lui affirmé que l’exposition avait été annulée sur ordre du ministère de l’Éducation. 

 

There's something heartening about an 800-year-old document frightening a repressive regime. http://t.co/h26f1mH3Ut pic.twitter.com/ak3iTudZY4

— John Overholt (@john_overholt) 15 Octobre 2015

 

La censure ne s’arrête pas aux frontières de l’université. Comme le souligne Slate, toute recherche des termes « Magna Carta » sur Sina Weibo, le Twitter chinois, mène au message suivant : « Conformément aux lois et régulations pertinentes, les recherches pour Magna Carta ne peuvent être affichées. » En 2013 déjà, 7 thèmes avaient été identifiés par le parti unique chinois comme tabous. Sans surprise, on retrouve dans la liste la démocratie constitutionnelle occidentale, les valeurs universelles, ainsi que les droits des citoyens. 

 

L’ambassade britannique a cependant expliqué que l’écrit avait été transféré pour des raisons « d’ordre administratives et logistiques ». Cet événement a lieu quelques jours avant que le président Xi Jinping se rende en Grande-Bretagne (du 20 au 23 octobre), une première depuis des décennies. La Chine avait d’ailleurs accepté d’exposer le document afin d’approfondir les liens entre les deux pays.