Chine : la poésie en danger, et c'est pas du cinéma

Clément Solym - 24.07.2012

Patrimoine et éducation - A l'international - Chine - Poetry Film Plan - courts-métrages


Il ne resterait qu'une petite centaine de poètes en activité dans le pays au 1,3 milliard d'habitants : face à cette situation, le producteur Bu Qingwen s'est associé au poète Hai Xiao pour financer le Poetry Film Plan, et réaliser 100 courts-métrages basés sur autant de poèmes, rapporte le Global Times. D'une durée de 30 minutes chacun, les épisodes seront diffusés localement, sur Internet, mais aussi traduits pour une exploitation internationale.



Right half, part 1?, Chinese poetry written, then carved into, walls at Angel Island detention center.

Un poème chinois gravé sur le mur d'une prison (auteur : wbaiv)

 

« Dans la société moderne, la poésie peut entrer sur le marché comme un produit culturel » explique Hai Xiao dans un jargon plus capitaliste que communiste. Pas d'alarmes, toutefois : « Il ne s'agit pas d'emballer la poésie pour la vendre, mais d'influencer le processus de création et de réalisation » poursuit l'homme.

 

Ce traitement a été appliqué à un premier poème, Facing the Sea, with Spring Blossoms, par Hai Zi, décédé en 1989, dont la version cinéma devrait voir le jour en octobre prochain.

 

« Quand la production sera terminée, les films seront diffusés sur la télévision locale et sur des sites de vidéos comme tudou.com ou funshion.com » détaille Bu Quingwen : il faut dire que le projet a déjà mobilisé 1,57 million $, et devrait s'étaler sur 3 à 5 ans. Xiao nuance la nécessité de rentabilité : « Les retours économiques ne sont pas notre préoccupation principale, il s'agit plus d'un projet public, dont l'impact se mesure sur le long terme. » Les deux cofondateurs du projet espèrent diffuser les courts-métrages dans les établissements scolaires.

 

Quant à la réalisation des courts-métrages elle-même, elle sera visiblement respectueuse de l'écriture du poème original, même si les producteurs ne s'interdisent pas de filmer un avatar de l'auteur plutôt que le poème, si cela se justifie. « La poésie renforcera l'aspect littéraire des films, et les films permettront de diffuser la poésie d'une manière moderne et plus dramatique » résume Zhang Tongsheng, vice-président de la China Photographers Association.

 

Il sera normalement possible de se faire son propre avis sur le résultat, puisque Bu Quingwen promet une traduction en « anglais, allemand, français et japonais ».