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Chine : Le Nobel Mo Yan contre la politique de l'enfant unique

Louis Mallié - 07.03.2014

Patrimoine et éducation - A l'international - Mo Yan - Chine - Nobel


Lors de l'organe consultatif politique suprême du pays, Mo Yan a appelé le gouvernement à accroître le soutien politique et financier aux couples dont le seul enfant est décédé. Selon lui, la politique de l'enfant unique présente un risque dans une société où ce sont eux qui s'occupent des parents lorsqu'ils atteignent un âge avancé. 

 

 

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Bengt Nyman CC BY 2.0

 

 

La tradition est ancestrale : elle est héritée du confucianisme qui prône la « piété filiale » , à savoir la fidélité éternelle à la famille. Aussi, la perte d'un fils ou d'une fille est d'autant plus alarmante qu'elle remet en cause la sécurité à venir des parents. 

 

Le gouvernement chinois, qui utilise aujourd'hui cette doctrine pour se décharger des pensions de retraite, présente pourtant l'étonnant paradoxe d'avoir fondé la politique de l'enfant unique. Entrée en vigueur à la fin des années 70, elle sanctionne les mères donnant plus d'une naissance au cours de leur vie, et a pu servir à ralentir la croissance démographique.

 

« Vous voyez le problème. Comment un couple de paysans soixantenaires peut-il réussir à vivre ? » a demandé le romancier lors de la commission. « Lorsqu'ils perdent la capacité de travailler, ils devraient jouir des mêmes privilèges qu'un fonctionnaire. », a-t-il insisté. 

 

Ce dernier a également pointé le fait que dans plusieurs régions, les familles n'ayant qu'un seul enfant ne bénéficient que d'une pension de 5 yens par mois jusqu'à ses 14 ans — montant qui équivaut à 0,8 dollar par mois.

 

À Weifang, ville natale de l'écrivain située dans la province du Shandong, plus de 3000 familles se retrouvent seules, s'apprêtant à connaître une situation difficile. La situation de ce village cristallise celle de l'ensemble d'un pays dont un tiers de la population aura plus de soixante ans en 2050 — population qui inquiète un gouvernement ignorant encore comment il sera possible de subvenir à ses besoins. En 2010 plus d'un million de familles avaient perdu leur enfant, un chiffre qui augmente de 76 000 par an. 

 

Depuis le début de l'année 2014, le gouvernement s'est engagé à prêter plus d'attention à ces parents : en ville chacun touche ainsi désormais une pension de 340 yens par mois. Selon un communiqué de la Commission nationale de la santé et de la planification familiale, les ruraux devront eux, se contenter de la moitié de cette même somme.