Collections Aristophil - De Malherbe à Chateaubriand, galerie de portraits

Christine Barros - 13.11.2018

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#Collections Aristophil - La dispersion des collections Aristophil, qui reprend ce 14 novembre pour cinq vacations, donne parfois l'impression de voir défiler sous ses yeux l'aéropage des Lagarde et Michard, voire des Castex et Surer... La vente qui ouvrira cette session, sous le marteau de Claude Aguttes, en est la parfaite illustration : correspondances, manuscrits et premières éditions convoquent de d'Alembert à Voltaire, de Jean de La Fontaine à Rousseau, tandis que Mme de Staël, Julie de Lespinasse papotent avec Diderot et Chateaubriand dans le petit salon.


Bien sûr, vous pourrez porter votre attention sur les différents documents relatifs à Malherbe, Rabelais, Jean de la Fontaine, Molière, Perrault, Voltaire, Stendhal, Georges Sand, en n'oubliant ni Casanova, ni Sade, mais attardons-nous sur quelques pièces majeures, ou insolites. 

 

Alors qu’il n’a pas reçu son autorisation de l’imprimer, Vauban, Maréchal de France, malade, décide malgré tout de donner au Projet de Dîme Royale réalité : en 1707, paraissent trois cents exemplaires, non signés. Ils ne seront même pas mis en vente, mais passeront de mains en mains pour répandre le texte comme trainée de poudre. Car ce texte contient un concept qui, s’il n’est pas nouveau, prend sous la plume de Vauban valeur de système théorique : pourquoi ne pas taxer l’intégralité des habitants du Royaume, à proportion de leurs revenus ? On peut mesurer tout ce que ceci avait de révolutionnaire : faire passer l’équité et le bien public avant la sérénité des puissants… La légende (fausse) dit que Vauban serait mort de la disgrâce du Roi, Louis XIV ayant mal supporté la seddition, et le livre ayant été interdit.
 

Sebastien Le Prestre de Vauban – Projet d’une dîme royale – 1707 – 180 000 – 200 000 €

Rousseau – Mme d’Epinay – Correspondance manuscrite – 1754-1758 – Est. 200 000 – 250 000 €

 

Rousseau et Madame d’Epinay entretinrent une relation privilégiée : elle fut sa protectrice, l’accueillit chez elle avec femme et belle-mère, jusqu’à ce qu’une brouille insoluble les sépare. Et ce sont cinq années de correspondances, de 1754 à 1758,  qui sont ici rassemblées, touchantes, drôles, singulières (vous imaginez-vous appeler Rousseau « mon ours » ? Non ? C’est parce que vous n’êtes point marquise… )
 


JJ Rousseau - La Nouvelle Héloïse - 3e partie - Vers 1760-1762 - Reliure XIXe s. - Est. 400 000-500 000 € 

Mais de Rousseau, ce que l’on retiendra lors de cette nouvelle vacation, outre l'ensemble de manuscrits, lettres et même partition de musique,  c’est l’exceptionnel manuscrit de la troisième partie de La Nouvelle Héloïse, complet de ses 26 lettres, dans sa première rédaction avec de nombreuses corrections, « copie personnelle » de Rousseau. Et l’on y voit sa méthode : à gauche le texte, à droite, une feuille restée vierge qui reçoit les corrections, ajouts, etc. (Plus de 900 corrections émaillent le manuscrit). Il en avait commencé la rédaction alors même qu’il était hébergé par Mme d’Epinay citée plus haut, à qui il adressa l’exemplaire. Clin d’œil de libraire moderne : ce manuscrit n’a pas pu être consulté par les éditeurs des Œuvres complètes de Rousseau parues en Pléïade…
 

 

Germaine de Staël, fille de Necker, mourut en 1817 sans voir ses Considérations sur la Révolution française, publiées. L’ensemble présente ici le manuscrit de premier jet, une copie de ce manuscrit corrigé par l’auteur elle-même et nombre de documents relatifs au travail de recherche colossal auquel elle se livra, mais aussi les échanges autour de la publication posthume de son œuvre, orchestrée par son fils, qui mit, semble-t-il une certaine ardeur à remanier le texte original avant d’en autoriser l’impression.
 

Germaine de Staël - Considérations sur la Révolution française - Manuscrits - 1813-1817 - 300 000 - 400 000 €

Honore de Balzac - Oeuvres completes - 1ere edition - 1848 - Est. 100 000 - 150 000 €

 

En 1848, Eugène de Rastignac devenait l’évident parent littéraire de La cousine Bette : alors qu’ils avaient chacun déjà été publiés, les romans de Balzac sont désormais rassemblés, pour la première fois, sous le titre de Comédie humaine. L’ensemble proposé lors de cette vacation est sans doute aussi particulièrement touchant : avec envoi (dédicace), cette édition, l’œuvre entière publiée du vivant de Balzac, fut offerte par l’auteur à sa sœur. Regardez la signature : point de Balzac, mais un simple Honoré…

 

Parce que le fait qu’elles soient illustrées donnent un relief et une préciosité particuliers à ces éditions, focus sur deux ouvrages d’exception.

Elles furent dès leur première édition illustrées ; Oudry, accompagné du graveur Cochin proposent une nouvelle édition illustrée des Fables de La Fontaine dont cette édition de 1755-1759 est l'exemple : ces grands volumes (plus de 40 cm de haut) sont ornés de 275 illustrations pleine page. Singularité de l'ouvrage? Il fait partie d'un ensemble peu commun. En 1783, une libraire parisienne décide de faire "coloriser" un lot d'invendus, par souscription. Hélas, la somme frisant l'indécence, même pour un bibliophile, il semble que peu d'exemplaires aient trouvé souscripteur... D'où la rareté de l'exemplaire proposé aux enchères.

 

 

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La Fontaine  - Fables - 1755-1759 - 4 volumes - Est. 30 000-40 000 € 
Pierre-Joseph Redouté - Les Roses - 3 volumes entre 1817 et 1824 - Est. 80 000 - 120 000 €

Non Redouté, Pierre-Joseph de son petit nom, n’était point botaniste : il était peintre, aquarelliste, graveur, éditeur, illustra aussi des  recueils des naturalistes de retour d’expéditions. Et c’est sans doute pour l’exceptionnelle parution de ses Roses que son nom passa à la postérité. C’est l’ensemble de ces trois volumes, avec 169 planches, parus respectivement en 1817, 1821 et 1824 qui est proposé ; des volumes exceptionnels aussi par leur taille, chacun faisant plus de 55 cm de hauteur, imprimés selon un procédé que Redouté perfectionna lui-même pour l’impression de ces volumes.



Terminons ce tour d'horizon des pièces maîtresses de cette vacation par quelques objets insolites. 

Plus de 405 feuillets proposant un florilège de poésies composent ce Recueil poétique manuscrit, du XVIe au XVIIIe s. De deux mains différentes, l’on sait dès l’abord à quoi l’on a affaire :  «Récueil de bonnes et mauvaises poisies, de diferens auteurs, anciens et modernes, bons et mauvais, ou si vous voulez, pot poury, en prose et en vers». N’y cherchez point de chef d’œuvre, mais la constance et le volume de poèmes recopiés force l’admiration…  
 

Recueil poétique manuscrit - XVIe-XVIIIe s. - 8 000 - 10 000 €
Carnets de bal - Fin XVIIe - Est. 2000 - 3000 €
Portefeuilles - Est. 500 - 600 €

 

Et comment rester insensible à la délicatesse des reliures composant ces carnets de bal, ou ces portefeuilles?

 

Chaque lien renvoie à la fiche catalogue de la vente, vous y trouverez détails, précisions, photographies et estimations, ainsi que l'ensemble des pièces présentées lors de cette vacation, sous l'expertise de Jacques Benelli et Thierry Bodin.
 

Exposition publique : du 12 au 13 novembre, de 11h à 18h, salles 1 & 7, le 14 novembre de 11h à 12h, salle 1 & 7, à Drouot.

Vente : Drouot-Richelieu, salle 1, le mercredi 14 novembre à 14h.

Maison Aguttes, Claude Aguttes, commissaire-priseur.

 




Commentaires
Cette série de ventes d'un très haut niveau de qualité prouve que l'affaire Aristophil, qui a fait tant de bruit, n'est pas si simple, puisque la collection de manuscrits de valeur existait bel et bien…

À quand la lumière sur ce qui était peut-être une acrobatie financière, mais pas vraiment l'escroquerie pure et simple qu'on nous avait présentée ?
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