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Comment un professeur a 'pourri le Web' et piégé ses élèves

- 22.03.2012

Patrimoine et éducation - Scolarité France - professeur - piège - commentaire


Si ce sont les professeurs qui se mettent à faire des blagues aux élèves, où va le monde ? Sauf qu'ici, pas de punaise sur les chaises ni de souris lâchée en plein cours : une petite expérience numérique menée par un professeur de lettres fatigué de lire vingt-cinq fois les mêmes commentaires copier-coller de texte.

 

Tout élève né dans les années 90 a déjà au moins éprouvé l'astuce : si chercher en ligne des éléments pour un commentaire ou une dissertation peut s'approcher de la recherche documentaire traditionnelle, la tentation est grande de se laisser aller à un peu de plagiat, surtout le dimanche soir à 23 heures. Un professeur de lettres, un peu inquiété par le phénomène, s'est décidé à mener une expérience instructive aussi bien pour lui que pour ses élèves.

 

 

 

Il remarquait depuis plusieurs mois des « expressions syntaxiquement obscures » dans les devoirs maison (DM) de ses élèves, et avait surpris la tricherie de l'un d'entre eux lors d'un contrôle sur table : à l'aide de son smartphone, l'élève avait effectué quelques recherches sur Internet lui permettant de mener à bien une dissertation avec une « introduction catastrophique, mais un développement convenable ».

 

Une rapide recherche sur Google permet en effet d'obtenir sur différents sites des dissertations, commentaires de texte et autres exposés, moyennant finances ou non (Zetud, Academon, Oboulo...). Le professeur de lettres s'est donc attelé à « pourrir le web » en y semant de fausses informations sur un « poème baroque du XVIIème siècle, introuvable ou presque », un sonnet de Charles de Vion d'Alibray.

 

Passant par Wikipédia ou quelques sites vendeurs de dissertations, il inventa par exemple une destinataire imaginaire à ce sonnet, la bien-nommée Anne de Beaunais, et distilla son intox durant l'été. À la rentrée, il confia à ses élèves le soin de rédiger un commentaire du texte chez eux, et n'eut plus qu'à attendre les résultats : tout le monde ou presque faisait référence à Anne de Beaunais, et reprenait des éléments de son analyse, « absurde », d'après ses propres termes.

 

Le rendu des copies fut « un grand moment : après quelques instants de stupeur et d'incompréhension, ils ont ri et applaudi de bon cœur », note le professeur. D'après lui, l'expérience a été plutôt porteuse et semble avoir fait comprendre aux élèves le danger de la source unique que représente Internet, qui peut aller « à l'encontre de l'autonomie de pensée et de la culture personnelle que l'école est supposée leur donner. »

 

L'aventure à revivre sur La Vie Moderne