Contre “l'instruction honteuse”, François Fillon veut réécrire l'Histoire de France

Nicolas Gary - 02.09.2016

Patrimoine et éducation - Scolarité France - François Fillon scolairté - Histoire France esclavage - manuels scolaires culpabilité


Mais qui en veut autant aux manuels scolaires – et conséquemment, aux éditeurs desdits manuels ? François Fillon, lors d’un meeting, s’en est pris désagréablement à ces ouvrages que l’on met dans les mains des enfants. Et dans un inventaire qui aurait certainement gonflé Prévert, le voici parti à énumérer les faits de gloire de la France, et les grands hommes qui l’ont construite. Misère...

 

François Fillon histoire France

 

 

Un discours plein d’entrain, et de vigueur nationale – nationaliste ? – prononcé à Sablé-sur-Sarthe, qui a fait vibrer son auditoire. « Pourquoi les enfants chinois apprennent-ils par cœur la liste des dynasties qui ont régné sur leur pays durant trois mille ans et expriment-ils leur fierté d’appartenir à une grande civilisation quand les jeunes Français ignorent des pans de leur Histoire ou pire encore apprennent à en avoir honte ? »

 

Honte, le terme est d’ailleurs repris dans ses propositions de futur président de la République : « Je propose de revoir l’enseignement de l’Histoire à l’école primaire afin que les maîtres ne soient plus obligés d’apprendre aux enfants “à comprendre que le passé est source d’interrogations”. Faire douter de notre Histoire : cette instruction est honteuse ! »

 

Et pour pousser le bouchon plus loin encore, l’ancien premier ministre souligne que l’Histoire de France s’appuie sur 15 siècles bien remplis : « Non, la France n’est pas coupable d’avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Nord. Non, la France n’a pas inventé l’esclavage» (le discours)

 

Avant que de s’en prendre aux manuels, peut-être faudra-t-il renvoyer à quelques leçons, justement, que contient l’histoire. Parce que le partage de la culture française aux peuples évoqués s’est rarement fait avec l’unique vocation humaniste. Pour ne parler que des guerres franco-iroquoises, on pourrait évoquer un certain Samuel de Champlain, qui s’associa avec les tribus algonquiennes pour assurer une colonisation durable.

 

Les éditions Daniel Maghen pourraient à ce titre expédier un exemplaire de Iroquois, de Patrick Prugne, qui retrace le parcours de Samuel de Champlain, envoyé du roi de France, justement pour pacifier les rives du Saint-Laurent. Une pacification qui n’est pas forcément passée par de simples échanges de gentillesses...

 

 

 

Et si la France n’a pas inventé à proprement parler l’esclavage, l’Assemblée nationale avait, à deux reprises en mars et octobre 1790, réaffirmé sa légalité. Il fallut la révolte dans les colonies de Saint-Domingue, pour que l’abolition soit proclamée, quatre ans plus tard. 

 

 

 

Mais il est dans l’air du temps, manifestement, d’accuser les manuels scolaires d’avoir une vision culpabilisante. Dimitri Casali, auteur du Nouveau Manuel d’Histoire (publié aux éditions La Martinière, et réalisé avec la Fondation Aristote), le soulignait auprès d'ActuaLitté : « Les manuels sont victimes d’une idéologisation constante, par un corps enseignant très marqué à gauche et qui n’a pas encore assimilé les leçons du communisme. C’est un drame que les manuels soient noyautés par des professeurs idéologues. »

 

« L’Histoire est essentielle dans la formation à la citoyenneté des enfants. Mal transmise, cela a des conséquences catastrophiques, et on le voit avec les nouvelles générations d’enfants d’Immigrés qui ne manifestent aucune volonté de s’intégrer. C’est logique la France leur est décrite comme un pays d’esclavagistes, de colonialistes et de collaborateurs ce qui est loin d’être la réalité historique. » Et de poursuivre : « C’est d’ailleurs l’image que les djihadistes véhiculent. »

 

« Ce que nous avons tous constaté, en préparant ce manuel, et en consultant les ouvrages des éditeurs traditionnels, c’est qu’ils frappaient par l’indigence de leurs contenus. Ils contiennent beaucoup d’exercices ou de fiches pédagogiques, notamment pour la préparation du brevet. Et les leçons sont extrêmement brèves », déplorait par ailleurs Lucile de Vaulx, présidente de la Fondation Aristote.

 

Dans son discours, François Fillon faisait part de son désir de défendre « la liberté scolaire en permettant la création de nouvelles écoles privées à condition qu’elles respectent nos valeurs communes ». On sait quels types d’enseignements ces dernières pourraient être encouragées à transmettre...