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Contre Michael Gove : Touche pas à ma littérature - américaine ou non

Clément Solym - 28.05.2014

Patrimoine et éducation - A l'international - éducation - liste de livres à lire - lectures


En début de semaine, le secrétaire d'État à l'Éducation britannique, Michael Gove, a lancé une campagne de protectionnisme littéraire, plutôt mal vue. Il a souhaité sortir du General Certificate of Secondary Education (GCSE), toute une liste d'auteurs américains, au profit d'écrivains britanniques. Grand bien lui en a pris : maintenant, il a 30.000 personnes sur le dos...

 

 

Michael Gove at Chantry High School

Finie, la littérature américaine, tu m'as compris ?

Regional Cabinet, CC BY 2.0, sur Flickr

 

 

Faire disparaître Steinbeck ou Harper Lee des listes de lectures n'a pas vraiment satisfait le sens commun. Une pétition a été rapidement mise en ligne, pour réclamer que le Secrétaire d'État fasse demi-tour, et rapidement. Des souris et des hommes, le grand roman de John Steinbeck, est devenu le symbole de la lutte contre cette décision un peu abrupte. Et les détracteurs sont légion à se faire connaître, décidés à ne pas laisser passer cette politique éducative. 

 

Bien entendu, les Britanniques s'enorgueillissent à raison de cette « grande tradition littéraire », louée par le secrétaire d'État. Mais donner Dickens à lire manque peut-être d'un peu d'actualité, quand Des souris et des hommes semble avoir été étudié par plus de 90 % des adolescents du pays, sans déplaisir. 

 

L'obsession de la littérature américaine découle-t-elle d'une volonté plus large de rétablir une sorte d'exception culturelle britannique ? Pour beaucoup de signataires de la pétition, le comportement du secrétaire d'État ressemblerait plutôt à un manque d'ouverture d'esprit qu'à une réelle recherche de valorisation pour les oeuvres britanniques. 

 

Acculé, le secrétaire a souhaité peaufiner sa déclaration : il ne s'agit pas « d'interdire des auteurs, ni des livres, ni des genres », mais bien de rétablir une certaine idée d'un canon de la littérature d'outre-Manche. Et c'est justement là que les universitaires lui sont tombés dessus : cette vision passéiste n'a plus cours au XXIe siècle, lui fait-on savoir. 

 

Surtout que le nouveau programme pour le GCSE comprend au moins une pièce de Shakespeare, un roman du XXe siècle, un recueil de poésie depuis 1789 et une oeuvre de fiction ou de théâtre des îles Britanniques d'après 1914. Peu, très peu de place, reste donc à la littérature un peu contemporaine. 

 

Pourtant, estime Alan Gibbons, auteur jeunesse, les thématiques de Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, concernant les préjugés, la différence, ou le racisme, sont « particulièrement pertinents », pour les enfants d'aujourd'hui. « Il devrait y avoir un équilibre entre les textes antérieurs au XXe siècle et les plus modernes, et cet équilibre doit tenir compte de l'écriture anglaise, américaine, canadienne, africaine, indienne et d'autres auteurs contemporains », ajoute-t-il. 

 

Malorie Blackman, Children's Laureate, s'est même fendue d'un message sur Twitter pour exprimer officiellement son désaccord : 

 

 

 

Difficile de ne pas trouver légèrement étroite la conception d'une littérature strictement nationale. Et de déplorer qu'en France, on en soit à peu près au même point... (via The Daily Mail)