Coupure de financement pour les bibliothèques scolaires (Québec)

Nicolas Gary - 22.08.2014

Patrimoine et éducation - A l'international - Ecoles bibiothèques - scolaire financement - achat livres


Pour l'année 2014-2015, les bibliothèques scolaires québécoises risquent de voir leur budget sévèrement raboté. Selon des informations diffusées par Le Devoir, les commissions en charge n'auraient plus à respecter l'impératif de 7 $ investis par élève. Un critère que le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport imposaient jusqu'à présent, et permettant de financer l'acquisition des livres. Un choix lourd de conséquences.

 

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LWYang, CC BY 2.0

 

 

L'industrie du livre frissonne : si les établissements scolaires ne disposent plus du budget nécessaire pour leurs achats, ce sont les chiffres d'affaires des maisons qui vont souffrir. « Le portrait semble catastrophique à l'échelle du Québec, plusieurs commissions scolaires ont choisi de couper quasi entièrement les sommes attribuées à l'acquisition de livres dans leurs bibliothèques », expliquait Lyne Rajotte, présente au conseil d'administration de la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec.

 

Le ministère aidait jusqu'à présent les établissements, en apportant 9 $ pour tout établissement qui mettait 7 $ par élève. Les livres étaient destinés à enrichir les étagères des bib scolaires, et en vertu de la loi 51, ces ventes passaient aussi par les librairies agrées. Un chiffre d'affaires qui fera également défaut. Katherine Fafard, directrice générale de l'Association des libraires du Québec parle de catastrophe. « Non seulement on va appauvrir les écoles qui n'étaient déjà pas dotées de bibliothèques bien garnies, mais on affecte aussi les librairies, les éditeurs, les auteurs, alors qu'on devrait trouver des solutions pour les aider. »

 

L'Union des écrivaines et écrivains québécois est également montée au créneau, pour protester contre ces réductions budgétaires à venir. « L'UNEQ apprend avec consternation que le budget d'environ 15 millions de dollars consacrés annuellement à l'achat de livres dans le réseau des bibliothèques scolaires pourrait se réduire comme une peau de chagrin en 2014-2015. » 

 

Si les financements sont affectés à des postes de dépenses différents, l'UNEQ demande des « commissions scolaires qu'elles rendent des comptes afin de s'assurer que l'aide publique qui leur est accordée serve véritablement à l'acquisition de livres et ce, malgré le contexte de compressions budgétaires ». Considérer le livre comme un accessoire ne saurait être admissible, mais surtout, diminuer les ressources des bib « mettra en péril la mise en œuvre du Plan d'action sur la lecture à l'école adopté il y a près de dix ans ».

 

L'ensemble du secteur du livre se retrouve donc en fâcheuse posture, et le réseau des établissements scolaires est menacé d'une dégradation qui touchera rapidement la qualité de l'enseignement et de la formation des élèves. « Sans l'obligation d'injecter 7 dollars par élève à l'achat de livres, c'est la lecture qui sera menacée, alors qu'elle est la clé de la réussite scolaire. Les budgets doivent donc être maintenus et tant le ministère que les commissions scolaires doivent en faire une priorité », insiste l'UNEQ. 

 

Chez certains libraires du Québec, les financements publics pouvaient représenter jusqu'à 20 ou 25 % des revenus annuels, de quoi provoquer une véritable catastrophe. Pour Richard Prieur, président de l'Association nationale des éditeurs, la question est simple et, « ultimement, ce qu'il faut se demander est : veut-on vraiment encourager les jeunes à lire ? » Situation difficile, évidemment.