De la faute à Voltaire, à la fête à Rousseau

Clément Solym - 28.06.2012

Patrimoine et éducation - Patrimoine - Rousseau - anniversaire - commémoration


Cette année 2012 marque le tricentenaire de la naissance de l'écrivain et philosophe Jean-Jacques Rousseau qui n'a rien perdu de son actualité. Cet évènement commémoratif nous donne rendez-vous ce 28 juin, mais la programmation festive et culturelle de cet anniversaire se trouve d'ores et déjà devancée par de nombreuses déclinaisons destinées à célébrer la mémoire de ce personnage emblématique du Siècle des Lumières et qui s'égrèneront encore tout au long de l'année et à travers le globe.

 

D'ailleurs, en cette journée du 28, même Google s'incline devant ce marcheur empétrant, et lui consacre un doodle tout entier :

 

 

 

Né libre, mais partout dans les fers.

 

Ce fut le 28 juin 1712 que l'homme naquit à Genève, berceau du protestantisme et de la république.  Sa mère mourut en couche et bientôt il fut abandonné par son père. À l'âge de seize ans et à l'issue d'apprentissages loin de ses hautes ambitions, il décida de quitter la cité. Dès lors, sa vie fut faite de voyages initiatiques et de découvertes, le ballottant en Savoie puis dans la vallée du Rhône. 

 

En la personne de Madame de Warrens il trouva sa Maman qui allait parfaire son éducation et l'initier à bien des passions et plaisirs, à un amour presque incestueux. Il se découvrit une aspiration à la lecture, la musique, à la botanique et la nature, si bien qu'il idéalisa sa vie durant ce bonheur qu'il vécut aux Charmettes.

 

Mais le Paradis fut éphémère et les voyages redevinrent son exutoire. Ce fut à Paris qu'il découvrait le cercle de la Bohème littéraire et Diderot au temps des salons mondains, mais sans argent. Ce fut à Venise qu'il retrouvait un goût à la musique avant de se faire renvoyer de son poste de secrétaire d'ambassadeur. Il retournait à Paris, s'installait à Montmorency et s'y faisait définitivement un nom, mais les foudres s'abattaient bientôt sur lui le poussant à fuir en Suisse. Il allait être destiné ensuite à rivaliser de refuges au gré des censures.

 

 

Le discours et les actes.

 

Rousseau louait la vertu, le naturel et l'honnêteté. Son combat était celui pour la vérité et la démocratisation du savoir, contre les injustices du droit du plus fort et des aliénations. Il participa à la réalisation de cette bombe culturelle qu'était l'Encyclopédie et qui allait préfigurer cette période faste des Lumières. Il rédigea son discours dénonçant les dangers de la science et du progrès, et ses œuvres majeures dressèrent ensuite un tableau de l'humanité et de ses perspectives. Il allait suggérer finalement l'éducation des enfants de la Révolution, l'avènement de l'homme nouveau. 

 

Fidèle à son idéal de liberté, il refusa la pension que lui offrait le Roi et choisit d'abandonner perruque et vie de courtisan au profit d'une vie simple et d'un retour à la confession protestante qu'il avait reniée enfant.

 

On l'aimait ou on le haïssait, mais il ne laissait pas indifférent. Sa rivalité grandissante l'opposant à Voltaire allait faire couler l'encre, ce dernier ne se privant pas de pointer du doigt cet éducateur qui abandonnait ses enfants. Mais face à l'accusation, Rousseau avait souffert avec dignité et avoua qu'il était certes homme de paradoxes, mais non de préjugés.

 

L'ombre passe, la Lumière demeure. 

 

Si nombre de villes ne sont pas en reste de par le Monde depuis New York et jusqu'à Tokyo, ce sont tout d'abord des lieux autrefois foulés par les pas du promeneur solitaire qui lui rendent hommage depuis le mois de janvier :

 

Genève, patrie du philosophe récemment admis au patrimoine mondial de l'UNESCO, fait  son mea culpa à travers une cérémonie commémorant la condamnation de ses écrits, relance les débats philosophiques par des conférences en partenariat avec l'Université et sur des thématiques touchant notamment à la vérité qui fut chère à Rousseau. Les discussions publiques s'invitent à un banquet républicain sur le thème de la modernité, tandis que l'on verra les rues de la ville investies le jour de l'anniversaire par un cortège marchant au son des tambours de la compagnie Transe Express.

 

Rhônes-Alpes, ce 28 juin, ce seront non moins de 25 villes qui fêteront ce tricentenaire autour de pique-niques républicains. En certaines d'entre-elles, l'auditoire sera invité à redécouvrir les pièces majeures de l'oeuvre de l'écrivain à travers des lectures publiques pour lesquelles se prendront au jeu des comédiens professionnels et amateurs en collaboration avec l'École Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre (Ensatt). 


À Chambéry est organisée le 28 une promenade littéraire sur les traces de Rousseau. Le lendemain sera jouée sa pièce d'opéra ‘'Le Devin du village'' au Prieuré. Il se tient une exposition aux Charmettes jusqu'au 31 décembre, donnant la parole aux visiteurs plus ou moins célèbres de cette maison devenue musée comme lieu de pèlerinage et qui sert pour l'occasion de vitrine aux créations artistiques contemporaines d'Yveline Loiseur.

 

Partout dans l'Oise, à Montmorency comme au sein du parc Jean-Jacques Rousseau, se succède une multitude d'ateliers créatifs et d'expositions mettant à l'honneur la lecture, la musique ou encore le monde végétal. Le milieu scolaire se prêtera à la réalisation de courts-métrages et les spectacles ne manqueront pas dans le département.

 

Rousseau disait : « Quand on veut honorer les gens, il faut que ce soit à leur manière, et non pas à la nôtre. »

 

On lui souhaite d'avoir été entendu par les organisateurs.