De la littérature à la vie : l'épilepsie, le grand mal de Dostoïevski

Cécile Mazin - 23.11.2017

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Le mal sacré de Dostoïevski n’aura eu de cesse que de générer analyses et commentaires : tant la littérature que la médecine, tous s’intéressent aux crises d’épilepsie qui frappent l’écrivain russe. Lui-même dispersait dans ses différents textes cette maladie alors méconnue, à travers de stupéfiantes descriptions.


Dostoïevski (1872)
Fiodor Dostoïevski, portrait par Vassili Perov (1872)


 

Le 11 novembre dernier, suivant le calendrier grégorien, était célébrée la naissance de Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski, né en 1821 et mort en 1881 (28 janvier ou 9 février, suivant le calendrier choisi). Pour l’occasion, E.H. Carr publiait une biographie, revenant sur ses écrits et la place qu’ils accordent à la maladie.

 

Historiquement, l’épilepsie débuta chez Dostoïevski lors d’une nuit de Pâques, alors qu’il était exilé en Sibérie – clémence du tsar qui l’avait condamné à mort. Il n’avait alors que 30 ans, et cinq ans plus tôt, il publiait son premier roman Les Pauvres gens, dont le succès fut immédiat. Or, toutes ses œuvres ultérieures jusqu’à l’exil furent de tristes échecs, engendrant une profonde dépression.

 

Les preuves exposées par Carr dans son ouvrage semblent remettre en question ce que l’histoire littéraire avait retenu. Il apparaît que des crises épileptiques survinrent notamment durant ses années d’étude, entre 1838 et 1843. Et en 1844, plusieurs de ses amis évoquent une crise particulièrement violente. Dostoïevski lui-même fait état, dans ses carnets, d’indicateurs qui déclenchent les crises : manque de sommeil, consommation d’alcool ou surmenage...

 

Au cours des années 40, les crises n’ont évidemment pas cessé – et celle de cette nuit de Pâques, en 1849, alors qu’il se trouve dans le camp de travaux forcés, une prison sibérienne d’Omsk, est celle que l’histoire a retenue. Pourtant, et jusqu’en 1853, son état physique s’aggrave, avec des conséquences physiques autant que mentales.

 

Mort de la tuberculose en 1881, il eut cependant le temps d’achever son chef d’œuvre, Les frères Karamazov. Mais par la suite, la médecine évoquant son cas ne reconnut pas nécessairement l’épilepsie comme origine de ses maux. On sait que dans son essai, Dostoïevski et Parricide, Sigmund Freud balaye le trouble en le reclassant dans la catégorie névrose, n’y voyant qu’une forme d’hystérie sévère. 

 

Depuis, nombreux sont les neurologues qui ont réfuté la thèse psychogène freudienne et reviennent sur l’épilepsie dite cryptogénique (sans cause évidente) qui serait liée au lobe temporal – comme la plus fréquente des formes d’épilepsie. 

 

Que l’on retrouve ainsi dans ses œuvres la présence du mal n’étonnera pas. En revanche, la précision des descriptions données reste un motif d’étonnement aujourd’hui encore. Elles dénotent une évidente familiarité avec la maladie, et la fatigue intense qui frappe le malade après chaque crise.

 

 A cet instant, le visage et surtout le regard s’altérèrent terriblement. Convulsions et crampes s’emparent de tout le corps et de tous les traits du visage. Un cri atroce, inimaginable et qu’on ne peut comparer à rien, s’échappe de la poitrine. Dans ce cri semble disparaître tout ce qui est humain et il est impensable ou du moins très difficile pour un témoin de se figurer et d’admettre que ce cri vient de ce même homme. 

 

 

À la manière de Dickens, c’est loin des clichés que Dostoïevski se place, et finit par user de sa propre expérience de la maladie pour affiner ses personnages. Il lui arriva aussi de se montrer reconnaissant pour ces crises qui provoquaient « une tension anormale » dans son esprit. Elles lui permettaient de ressentir « une joie et un ravissement infini, une dévotion extatique et une plénitude de la vie ». 

 

Mais il regretta toujours les dommages qu’elles eurent sur sa mémoire, estimant qu’il s’en trouvait grandement handicapé.  

 

 

via PBS


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