De Sade à Dreyfus : la bibliothèque de Pierre Bergé, une Europe llittéraire

Cécile Mazin - 27.09.2016

Patrimoine et éducation - Patrimoine - Pierre Bergé bibliothèque - vente enchères - tout doit disparaître


Très attendue, la seconde vente de la bibliothèque de Pierre Bergé se déroulera les 8 et 9 novembre prochain, à l’hôtel Richelieu Drouot. Cette fois, l’approche est plus thématique : l’Europe littéraire au XIXe siècle, avec des livres et manuscrits de 1780 à 1900.

 

 

 

Cette seconde partie de la vente aux enchères de la bibliothèque de Pierre Bergé s’ancrera dans une histoire littéraire autant que philosophique et politique. Les ouvrages vont de l’affaire Sade à l’affaire Dreyfus, couvrant la fin des Lumières, le Romantisme, et bien d’autres encore. 

 

Mais c’est avant tout la diversité qui est mise en avant : écrivains russes, allemands, anglais ou italiens viennent enrichir l’ensemble de la collection et les 376 lots qui seront dispersés progressivement. Par le menu, cela donnera donc quatre chapitres de vente : 

 

le premier est consacré aux précurseurs, c’est-à-dire aux écrivains préromantiques, aux auteurs de romans noirs et au marquis de Sade

•  le deuxième est dédié au grand mouvement romantique en Europe;

•  le troisième est entièrement consacré à l’écrivain de prédilection de Pierre Bergé : Gustave Flaubert, mêlant manuscrits autographes, éditions originales enrichies de dédicaces du romancier et livres de sa bibliothèque

•  le quatrième et dernier chapitre, le plus important en nombre, est celui des Modernes, de Baudelaire à Zola, où se pressent rêveurs et réalistes.

 

Une des singularités de la bibliothèque est la présence d’importantes éditions originales d’essais philosophiques par Kierkegaard (dont un superbe exemplaire en reliure décorée du temps de Enten – Eller, 1843), Karl Marx (Misère de la philosophie avec envoi autographe en français) ou Nietzsche (Also sprach Zarathustra, mais aussi la rare réunion complète des Unzeitgemässe Betrachtungen, ces « Considérations intempestives » parues de 1873 à 1876).


Le livre le plus précieux de cet ensemble est, sans conteste, le seul exemplaire sur grand papier en main privée du maître livre de la philosophie occidentale : Die Welt als Wille und Vorstellung de Schopenhauer (1819).

 

Mallarmé, Baudelaire, Renoir, Banville, et d'autres

 

On pourrait encore citer un beau volume offert par Mallarmé à Renoir. On y remarque par ailleurs deux livres illustrés par Gustave Courbet, notamment la singulière Misère des gueux de Jean Vaucheret, dont le texte fut composé à partir des images et non l’inverse; un des rarissimes exemplaires sur papier du Japon des impressionnistes en 1886 de Félix Fénéon, l’une des œuvres pionnières de la critique d’art; les éditions originales des deux Salons de Baudelaire, où se lit son admiration pour Delacroix, comme le très curieux Salon caricatural (1846) que le poète composa avec Théodore de Banville et Auguste Vitu : L’Art moderne de Théophile Gautier, les deux revues animées et dirigées par Alfred Jarry, L’Ymagier et Perhinderion, dont la première offre la seule gravure exécutée par le Douanier Rousseau. 

 

S’agissant de Delacroix, Pierre Bergé propose également la superbe suite des lithographies originales du peintre illustrant Hamlet. Enfin, au chapitre des précurseurs, De la loi du contraste simultané des couleurs de Chevreul (1839) devait exercer sur les peintres une influence majeure, auprès des impressionnistes jusqu’à Sonia et Robert Delaunay. 

 

Peu de bibliothèques ont, à ce point, ouvert leurs portes au grand vent de l’ailleurs; bibliothèque-monde sans frontière, animée du seul plaisir de la lecture et de la découverte, dans laquelle « petits » et « grands » livres se côtoient harmonieusement. Cette joyeuse assemblée, qui bouscule les idées reçues, célèbre une littérature en fête. 

 

Les expositions débuteront à compter du 14 octobre à Bruxelles, avant de partir pour Londres le 27 puis revenir à Paris, quelques jours avant la vente. Le catalogue est déjà disponible, pour 80 €.