Découvrez the Moon Under Water, le pub idéal de George Orwell

Elodie Pinguet - 21.01.2017

Patrimoine et éducation - A l'international - Moon Under Water - pub londonien - George Orwell


Le 21 janvier 1950, Éric Arthur Blair dit George Orwell s’éteignait à 46 ans. L’écrivain britannique à qui l’ont doit des grands titres comme La ferme des animaux ou 1984 était également journaliste et a plusieurs fois collaboré avec Evening Standard. En ce jour anniversaire, rien de mieux que partir à la rencontre de son pub londonien idéal, dans un article publié le 9 février 1946.

 

Dr Neil Clifton - CC BY SA 2.0

 

 

Proche d’un arrêt de bus, ce pub magique dispose d’un nom poétique : The Moon Under Water. Et pourquoi magique ? Parce que « les ivrognes ne semblent jamais trouver leur chemin jusque-là, même les samedis soirs ». George Orwell s’est alors lancé dans l’exercice de l’imagination et a détaillé en une dizaine de points sur les aspects importants de ce fameux pub.

 

Il est détaillé en plusieurs salles : un bar public, un bar de salon, un bar pour dames, une salle à manger à l’étage ainsi qu’« une bouteille et une cruche pour ceux qui sont trop timides pour acheter leur bière publiquement ». Et côté déco ? La tendance est à l’époque victorienne avec « des miroirs ornementaux derrière le bar, les cheminées en fonte, le plafond fleuri teinté de jaune foncé par la fumée de tabac »... en bref « tout a la laideur solide et confortable du 19e siècle. Et en prime, en hiver au moins deux bars proposent un feu de cheminée, le rêve !

 

Dans ce pub, on ne joue que dans le bar public, plus besoin d’être un acrobate pour « éviter les fléchettes volantes ». Ainsi The Moon Under Water est un lieu calme où il n’y a « ni radio ni piano ». Plus besoin de hurler pour se faire comprendre de ses amis à travers la musique et le bruit ambiant.

 

Autre particularité de ce bar, les barmaids sont des femmes d’âge moyen qui « connaissent la plupart de leurs clients par leur nom, et ont un intérêt personnel pour tout le monde ». Et avec deux d’entre elles, tout le monde est appelé “dear”. Et surtout pas “Ducky” (mon lapin en français), on ne fait pas dans le vulgaire au Moon Under Water !

 

Un lieu multitâche et familial

 

Voilà le moment que tout le monde attend dès que l’on parle d’un pub : qu’est-ce qu’on y trouve ? Il s’avère être multifonctions en proposant « du tabac ainsi que des cigarettes, il vend également des aspirines et des timbres et est obligé de vous laisser utiliser le téléphone ». 

 

Dans la salle de l’étage, des déjeuners sont proposés six jours sur sept pour trois shillings. Par contre, à The Moon Under Water, on ne dîne pas. Heureusement ils ont pensé à tout et proposent « un comptoir de casse-croûte où vous pouvez obtenir des sandwichs de saucisse de foie, des moules, du fromage, des cornichons et ces gros biscuits avec des graines de cumin ».

 

Les barmaids seront également particulièrement attentives aux récipients où ils vous servent à boire et ne commettront pas la grossière erreur de « servir une pinte de bière dans un verre sans poignées ». Le pub possède également des « porcelaines de Chine rose fraise que l’on voit rarement à Londres ».

 

Véritable lieu de tranquillité, The Moon Under Water possède un vaste jardin pour toute la famille, avec « des platanes, des petites tables vertes avec des chaises de fer et des balançoires ». George Orwell met ainsi l’accent sur le fait qu’un pub doit être un « lieu de rassemblement familial », car d’après la loi en vigueur les enfants n’auraient pas le droit de pénétrer dans le pub. Dans celui-ci, « la loi mérite d’être rompue, car c’est un non-sens d’exclure les enfants, et donc dans une certaine mesure les femmes ». Au cours de l’été, des fêtes familiales y sont même organisées.

 

Les Britanniques toujours fans absolus de La Ferme des Animaux d’Orwell 

 

Vous avez bien rêvé ? Bien entendu ce pub idéal n’existe pas, surtout dans la banlieue londonienne. Imaginer un vaste jardin dans le bar d’une ville est un rêve presque utopique même si d’après George Orwell « je ne peux penser qu’à trois pubs de Londres qui en possède un ». Si aucun pub ne semblait rassembler toutes les qualités requises, l’auteur souligne quand même qu’un bar de sa connaissance en possède huit d’entre elles.

 

Aujourd’hui, on ne sait pas si un bar aura réussi à rassembler tous ces rêves, mais plusieurs établissements ont choisi d’adopter ce nom, Moon Under Water, comme certains bâtiments de la chaîne JD Wetherspoon au Royaume-Uni.

 

Cet article est le dernier de la collaboration entre George Orwell et Evening Standard. Auparavant il avait invité ses lecteurs à prendre le thé, en leur confiant ses onze règles d’or sur l’art de la préparation du thé. L’article s’appelait A Nice Cup of Tea.