Découvrez Ver Sacrum, revue créée par Gustav Klimt et référence en matière de graphisme

Antoine Oury - 15.07.2016

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À la fin du XIXe siècle, la typographie et le graphisme se font les symboles d'un important changement de société, en Allemagne : les caractères gothiques, véritables institutions qui remontent de l'avant-Gutenberg, cèdent le pas aux caractères sans sérif, sans empattements, tandis que l'Art nouveau et les arts décoratifs révolutionnent l'art européen... Dans le sillage de ces bouleversements, des artistes autrichiens décident de fonder leur propre mouvement, la Sécession viennoise avec, à sa tête, Gustav Klimt. Et tout mouvement digne de ce nom a besoin de sa revue... Ver Sacrum va bientôt naître.

 

Ver Sacrum, numéro 1, janvier 1898 (via Universität Heidelberg)

 

 

La « première Sécession », venue d'Allemagne au début des années 1890, rassemblait déjà des gens énervés, désireux de faire bouger les choses dans le domaine de l'art. Ces derniers avaient créé leurs revues, Jugend (Jeunesse, tout un programme), puis Pan. La deuxième Sécession, viennoise, ne pouvait pas se passer, elle aussi, d'une revue qui soit à la fois manifeste et vecteur de diffusion des idées esthétiques.

 

Ce sera Ver Sacrum, revue mensuelle créée en 1898 par Gustav Klimt et Max Kurzweil, qui tire son titre d'un poème de Ludwig Uhland, un des plus célèbres poètes romantiques outre-Rhin. Ver Sacrum fait référence à un rite païen, et le choix n'étonne guère lorsque l'on se souvient que l'Art nouveau s'abreuve à l'envi de scènes bucoliques et d'inspirations mythologiques.

 

S'ils restent très proches de l'Art nouveau, les artistes de la Sécession viennoise sont réunis par un style, Sezessionstil, qui cherche à s'éloigner des canons de l'époque. Hermann Bahr, critique littéraire de l'époque, l'explique dans le premier numéro de Ver Sacrum : « Notre art n’est pas un combat des artistes modernes contre les anciens, mais la promotion des arts contre les colporteurs qui se font passer pour des artistes et qui ont un intérêt commercial à ne pas laisser l’art s’épanouir. Le commerce ou l’art, tel est l’enjeu de notre Sécession. Il ne s’agit pas d’un débat esthétique, mais d’une confrontation entre deux états d’esprit. » (via Wikipedia)

 

Publié au format 31 X 29 cm, Ver Sacrum se distingue par sa typographie, qui devient un élément pleinement intégré au graphisme, mais aussi par ses illustrations et ses lettrines. Les couvertures de Ver Sacrum sont particulièrement remarquables : elles sont toujours très différentes et empreintes d'un style particulier, puisque, pour chacune d'entre elles, un artiste différent était sollicité.

 

 

 

La Bibliothèque universitaire d'Heidelberg a réalisé des numérisations de l'intégralité des numéros de Ver Sacrum, qu'il est possible de lire en ligne ou au format PDF. La revue a connu une existence plutôt longue, qui dénote dans le monde des revues artistiques, avec 6 années d'existence et plus de 70 numéros.