Démission de Michel Lussault, président du Conseil des programmes scolaires

Victor De Sepausy - 26.09.2017

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Début septembre, sa position n’était déjà plus très assurée : Michel Lussault, président du Conseil supérieur des programmes scolaires, vient de donner sa démission. Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation nationale est désormais scruté avec attention : qu’adviendra-t-il des programmes que cette présidence avait instaurés pour 2015 et 2016 ?



Michel Lussault
 

 

« C’est si peur dire qu’ils ne s’aimaient pas », entendrait-on d’Aragon. Jean-Michel Blanquer devenu ministre de l’Éducation dans le gouvernement d’Édouard Philippe en mai dernier « l’avait dans le viseur », nous assure un éditeur scolaire. En cause, les programmes scolaires que le président du Conseil avait mis en place, alors que Najat Vallaud-Belkacem dirigeait la rue de Grenelle.

 

L’enjeu est simple : en 2018, une réforme du lycée est prévue, et il semblait difficile de faire cohabiter les deux hommes autour de ce projet. On se souvient qu’en 2015, lors de la première présentation des programmes par le Conseil, Jean-Michel Blanquer alors directeur générale du groupe ESSEC, tire à boulets rouges. 
 

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Plus récemment, c’est Michel Lussault qui avait publiquement manifesté sa désapprobation à l’égard des annonces faites par le ministre de tutelle. « Il fait cela tout seul, comme un ministre “omnicompétent”, alors qu’à l’inverse, les programmes mis en œuvre en 2016 ont été élaborés après deux ans de consultation d’une centaine de personnes », expliquait le président du Conseil. 

 

Et d’ajouter : « Sur la forme encore, les programmes d’aujourd’hui n’ont pas été évalués, le Conseil supérieur n’a pas été consulté. Je note que le ministre de l’Éducation nationale avait dit qu’il ne préparait pas de grande réforme, or on assiste au détricotage de tout ce qui a été fait auparavant. »

 

Le torchon avait brûlé, le départ était imminent, et l’ex-président l’explique : « J’ai le sentiment que le ministre n’est pas prêt à confier au CSP des missions correspondant aux chantiers à venir, comme ceux du lycée et du bac. » Une manière d’envoyer « un message à tous ceux que l’Éducation intéresse », précise-t-il : le secteur « vaut mieux que ce que l’on est en train de faire ». Et de dénoncer un empilement de mesures les unes par-dessus les autres, sans réel fondement ni cohérence.
 

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Les évolutions discutées au cours des années semblent balayées par le ministre de l’Éducation, souligne Michel Lussault. Un comportement qui va à l’inverse de ce à quoi les discussions avaient abouti jusqu’à présent. « Une école de qualité n’est pas nécessairement une école qui sacrifie à la qualité de l’enseignement, comme l’a annoncé le ministre », assure-t-il au micro de France Inter. 

 


 

« On ne construit pas une grande politique scolaire en étant l’anti quelque chose », déplore-t-il. Le ministre Blanquer s’est en effet plusieurs positionné non dans la continuité de ses prédécesseurs, mais plutôt affichant une volonté de rupture. « Il est trop complaisant par rapport à des gens qui inventent une école de la République qui n’a jamais existé ! L’école de la République est une école de l’émancipation, qui a pris le parti d’enseigner le plus au plus grand nombre. »


 

via Le Monde, L’Alsace