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Depardieu emporte le panache d'un vrai européen insulté

Clément Solym - 16.12.2012

Patrimoine et éducation - Patrimoine - Gérard Depardieu - évasion fiscale - Jean-Marc Ayrault


Fameux coup de sang, qui vient de monter à la tête du Gérard Depardieu. L'acteur a fait parvenir au premier ministre, Jean-Marc Ayrault, une lettre, que ce dernier lira peut-être s'il a le temps. Et que la presse relaie dans tous les sens. Le chef du gouvernement, estimant que le départ pour la Belgique de l'acteur, pour des raisons fiscales, était « assez minable », a reçu une réponse circonstanciée. Et, bien que polie, assez peu nuancée...

 

 

Gérard Depardieu

crédit ActuaLitté

 

 

Pressé comme un citron ? Y'a un pépin

 

Concrètement, l'acteur et homme de théâtre déplore d'avoir payé trop d'impôts tout au long de sa vie. Et maintenant qu'il prend ses quartiers à la frontière, mais de l'autre côté, à Néchin, il entend que l'on respecte son choix. Le JDD, qui a obtenu copie de la lettre la publie dans son intégralité. Avec cette apostrophe empruntée à Jouvet : « Minable, vous avez dit 'minable' ? Comme c'est minable. »   

 

Et l'acteur d'aligner les chiffres, pour justifier un départ, qui plus que bien d'autres avant lui, s'accompagne d'insultes et d'injures, comme jamais personne n'en a enduré, considère-t-il. Ayant travaillé dès l'âge de 14 ans, ce sont 145 millions € qu'il a versés au trésor public en 45 années de travail. « Je ne suis ni à plaindre, ni à vanter, mais je refuse le mot 'minable'. Qui êtes-vous pour me juger ainsi, je vous le demande, M. Ayrault, Premier ministre de M. Hollande, je vous le demande, qui êtes-vous ? »

 

Et dans un geste très symbolique, de rendre tout à la fois son passeport français et sa carte de sécurité sociale, dont il ne se serait jamais servi.

 

Or, ce dont l'acteur aura bien usé, en revanche, et tout au long de cette belle carrière de contribuable surtaxé, ce sont bien les aides du Centre National de la Cinématographie ! Acteur considéré comme le mieux payé de tout le secteur français, justement, il perçoit une rémunération reposant sur un poste de coproducteur obtenu par le biais de sa société DD Productions. Et non plus un cachet d'artiste, sachant que depuis les années 80 et l'ouverture de DD, ce sont 43 films que la société compte.

 

Le Point recense d'ailleurs avec brio tous les avantages dont a pu profiter ledit Depardieu. 

 

Filippetti déplore, Sapin abhorre

 

Et de frapper fort du poing sur la table : « Je n'ai jamais tué personne, je ne pense pas avoir démérité, j'ai payé 145 millions d'euros d'impôts en 45 ans, je fais travailler 80 personnes (...) Je ne suis ni à plaindre ni à vanter, mais je refuse le mot minable.../... Je pars parce que vous considérez que le succès, la création, le talent en fait la différence doit être sanctionnée. »

 

L'acteur assène : « Je vous rends mon passeport et ma Sécurité sociale dont je ne me suis jamais servi. Nous n'avons plus la même patrie, je suis un vrai européen, un citoyen du monde, comme mon père me l'a toujours inculqué. »

  

La ministre de la Culture s'est contentée de déplorer cet « exil fiscal », ajoutant : « Je le déplore, je préfère voir des artistes qui ont des comportements positifs et citoyens. » Autant que Depardieu lui-même déplore ce conflit : « Des personnages plus illustres que moi ont été expatriés ou ont quitté notre pays. Je n'ai malheureusement plus rien à faire ici, mais je continuerai à aimer les Français et ce public avec lequel j'ai partagé tant d'émotions ! »

 

Le ministre du Travail, Michel Sapin, avait pour sa part commenté sur Europe1 : « Au-delà de la personnalité, au-delà du talent, c'est une forme de déchéance personnelle que je trouve dommageable. Je ne dis pas déchéance pour la personne, je dis que c'est une attitude pas à la hauteur de l'acteur. Que ceux qui gagnent énormément d'argent paient beaucoup d'impôts quoi de plus normal ? »

 

Chevalier de l'Ordre du Mérite, Gégé quitte donc un territoire dont il aura pu professionnellement profiter - à condition que l'on oublie le vilain picrate qu'il sortait de ses vignes - autant qu'il lui aura rendu, sous forme fiscale. Pourtant, au travers de sa carrière et dans les adaptations de romans auxquelles il aura pu prendre part, on pouvait attendre un tant soit peu d'humeur gauloise. Inutile de citer Obélix, il est le seul acteur à tenir bon le rôle de celui qui est tombé dans la marmite quand il était petit. 

 

Une carrière la tête dans les livres

 

C'est pourtant, dans Cyrano de Bergerac que le panache apparaît, ou dans Nathalie Granger, de Duras qu'on aurait pensé à l'apprentissage de l'humilité, ou encore que dans Germinal, il comprenne le sens du terme solidarité. Peut-être est-ce tout simplement cela : Depardieu a oublié qu'il a aussi pu jouer dans Germinal parce que les subventions, les aides et le soutien au cinéma français. Certes, il y était peut-être un peu gras, mais quelle présence tout de même.

 

Et combien d'autres oeuvres, tirées de la littérature romanesque du XIXe siècle dans lesquelles les chaînes publiques se sont lancées ? L'un des derniers en date, c'était Crime et châtiment, le Grand Oeuvre de Dostoievski. Si. Depardieu allait-il incarner Raskolnikov, avec autant de brio qu'il fut Toussaint Maheu, dans l'adaptation Germinal de Richard Berry, en 1993 ? Sans oublier des  Jean Valjean, Edmond Dantès et Jean de Florette. Hein ? Bon... 

 

Et attention : s'il défendait Astérix bec et ongle, en décembre 2011, il attaquait le Tintin de Spielberg, personnage qu'il qualifiait de « petit-fouille merde », tout simplement. Et de critiquer au passage l'esprit raciste de l'époque de Hergé, bien éloignée de la bonne humeur d'Astérix. 

 

On se souviendra qu'en mai 2010, c'était avec le ministre de la Culture alors en poste qu'il avait inauguré la manifestation de la SNCF, le Passe-Livres, dans le cadre de la manifestation A vous de lire. 10.000 livres allaient être ‘libérés' dans les trains. Depardieu avait, pour l'occasion, ressuscité un morceau de Cyrano, lu devant la presse et confié que, petit, il n'était pas un brillant élève. « Je remercie l'école de ne m'avoir pas accepté »,  assurait-il alors, ajoutant, la voix lourde d'émotion : « Si je n'avais pas eu les livres, j'aurais mal tourné. » 

 

Remerciera-t-il également la Belgique de l'avoir, pour le coup, accepté ? Avec Cyrano, la dernière chose  que l'homme pouvait emporter, quittant la vie, sans qu'il fût possible de lui dérober, c'était son panache. En quittant la France, la seule chose qu'il emporte, c'est sa déclaration fiscale..