Des collections inondées à la bibliothèque de l'Assemblée nationale

Clément Solym - 12.07.2017

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Les intempéries de ce week-end n’ont pas simplement inondé le métro parisien : elles ont également frappé différents sites, comme le Louvre ou la BnF, voire les bâtiments administratifs du ministère de la Culture. Mais de très sérieux dégâts ont également été occasionnés – et passés sous silence – à la bibliothèque de l’Assemblée nationale. 



 

 

L’inventaire est en cours, mais, d’ores et déjà, des témoins assurent que des collections entières sont perdues. Les livres, stockés en sous-sol depuis longtemps, connaissaient déjà des problèmes de moisissure : désormais, les bibliothécaires doivent s’organiser pour préserver les livres frappés par les intempéries.

 

Un parking qui amplifie la brèche
 

Concrètement, des travaux d’aménagements pour un parking ont été entrepris voilà quelque temps. « Mais aucune mesure de protection ni aucun moyen de garantir un minimum d’étanchéité n’ont été pris », explique-t-on. « La pluie est passée par les fissures, et maintenant, l’odeur est insupportable : c’est le moisi, l’humidité et les livres qui sèchent tant bien que mal. »

 

À cette heure, aucune information officielle n’est communiquée, mais les bibliothécaires savent bien que les collections du Figaro, réunissant les exemplaires depuis la création du journal, sont ruinées. De même – certains ne manqueront pas le symbole –, d’anciens Codes du travail sont étalés par terre, ou placés devant des ventilateurs de fortune...

 

« Certaines collections sont en doublon avec la BnF, alors la perte est relativisable, mais les collections uniques, elles, sont menacées – on ignore si elles seront récupérables », ajoute un témoin. Que l’on se rassure, les ouvrages les plus rares sont sauvés, à l’abri dans un coffre-fort.




 

Le véritable problème est que les bibliothécaires, non seulement se retrouvent seuls, en colère et débordés par la charge de travail, mais surtout, l’espace vient à manquer pour tenter de prodiguer les premiers soins. « De toute manière, on fait ce que l’on peut, on improvise... »

La méthode D tourne à plein, et l’on attend désormais une intervention – en débloquant un budget permettant de sauver les livres ? Contacté par ActuaLitté, le bureau du Premier questeur, (Florian Bachelier, Ille-et-Vilaine, En Marche !), n’était pas en mesure de nous apporter de précisions sur les moyens mis en œuvre pour préserver les ouvrages. La bibliothèque est placée sous la responsabilité du président et des questeurs.
 

Rien pour faire face, et une direction qui ne décolère pas : la moiteur ambiante, associée aux variations de température, accélère le processus de dégradation des livres. Des moyens de fortune qui ne suffiront évidemment pas. 

Il existe d'ailleurs des méthodes précises, notamment la congélation des livres, qui empêche l'eau de diluer l'encre, et les micro-organismes de se propager. Il faut par la suite lyophiliser l'eau, la faisant passer de l'état solide à celui de gaz, pour éviter qu'elle n'abîme les livres. Des solutions hors de portées, à cette heure, des archivistes et bitbliothécaires qui font de leur mieux. 
 

Inondation à la BnF : quels traitements pour les livres concernés ?


À ce stade on ne communique pas, nous assure-t-on dans les différents services contactés. De même, le service de presse de l’Assemblée n’aurait pas même été informé de la situation.

La bibliothèque de l’Assemblée compte près de 700.000 titres, ainsi que des thèses, des périodiques (plus de 350), et un fonds de 1900 manuscrits et 80 incunables – et des éditions rares. Les travaux ont débuté en octobre 2016, et plusieurs inondations ont été supportées depuis qu'ils ont commencé – simplement, celle-ci est à cette heure la plus grave. 

 



mise à jour 19h20 : le service de presse de l'Assemblée nationale a apporté une première réponse. 


Quelques volumes de journaux touchés


« Les réserves de la bibliothèque de l’Assemblée nationale, situées en sous-sol, ont subi des infiltrations dans la nuit de dimanche à lundi, de même nature que celles constatées en cas de grosse intempérie. C’est l’une des raisons qui ont conduit à prendre la décision de rénover l’étanchéité de la cour d’honneur, chantier qui se termine prochainement.

 

N’ont été touchés que quelques volumes de journaux relativement récents et aucun de ces volumes, en cours de séchage, ne sera perdu.

 

Toutes les mesures de précautions ont été prises pour sauvegarder les collections en suivant le protocole défini il y a plusieurs années dans le cadre du partenariat de la bibliothèque de l’Assemblée nationale avec la Bibliothèque nationale de France, dont elle est « pôle associé ». Aucun ouvrage ni document précieux, situés dans une chambre forte sécurisée, n’a subi de dommage. » 


Selon les informations de ActuaLitté, et d'après les photos que nous avons fait paraître, il semble que l'on ne parle pas que de volumes de journaux. Des livres sont bel et bien impactés.
 


 


les photos sont en CC BY SA 2.0 ActuaLitté