Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Des livres anciens témoins d'une autre histoire de la littérature jeunesse

Elodie Pinguet - 07.12.2016

Patrimoine et éducation - Patrimoine - libraires associés - livres anciens livres rares - enfant jeunesse


Au Salon du livre de Montreuil, un espace était consacré aux livres rares et anciens pour la troisième année consécutive. Animé par Les Libraires Associés, c’est un voyage dans le temps auquel les enfants prenaient part. Nous avons rencontré Jacques Desse, librairie spécialisé dans les ouvrages anciens. Plongeon déconcertant dans une toute autre littérature pour la jeunesse...

 

 

 

Les Libraires associés, c’est avant tout la réunion de plusieurs collaborateurs, Jacques Desse, Alban Caussé, Thibaut Brunessaux (qui s’occupe de La Boutique du livre animé). Depuis une dizaine d’années, leur librairie est installée elle aussi au quartier de la Goutte d’or. Chez eux on trouve des livres anciens de tous âges : « On a déjà eu un manuscrit datant du Moyen-Âge ! ». Mais en plein salon du livre jeunesse, c’est avant tout ce segment éditorial que les libraires souhaitaient présenter. « L’idée c’est de montrer aux gens que le livre pour enfant est extrêmement vivant et qu’il a une histoire très riche et très peu connue. »

 

Mais alors, comment procéder pour dénicher des livres rares et anciens ? Jacques Desse nous explique : « On les achète partout dans le monde. Le jeu pour nous c’est de trouver les livres les plus intéressants, les moins habituels et dans l’état le plus parfait possible. » Toutes les trouvailles, allant jusqu’au Japon ou même en Lituanie, résident dans un certain feeling et une expérience acquise au fil des années : « Quand on est libraire depuis 20 ans, on voit quotidiennement des centaines de livres et tout à coup on se dit que celui-là a quelque chose, une originalité, une richesse. » 

 

Un livre, une histoire

 

Chaque livre a son histoire, ses aventures et le parcours ne peut pas toujours être entièrement retracé. La moitié du travail du libraire consiste à rechercher ce passé, mission parfois compliquée lorsque le livre est très rare ou quasiment inconnu : « L’enquête se fait sur des années en discutant avec des clients, en faisant des recherches dans les publications d’époque et on finit par comprendre petit à petit l’origine du livre et son histoire. »

 

Parmi ces chefs d’œuvre très rares, La reine du jardin (1898), qui a d’ailleurs trouvé preneur : « C'est un livre que l’on ne connaissait pas parce qu’il est très rare et il n’y a aucun exemplaire dans aucune bibliothèque en France. Le seul exemplaire répertorié est dans une bibliothèque aux États-Unis, la Cotsen Library. C’est un peintre symboliste qui a fait un seul livre pour enfants. Il a dû être tiré à 500 exemplaires et on doit en connaître trois dans le monde. On sait par exemple qu’il a été offert par le docteur Gachet, mécène de Van Gogh, à des enfants. »

 

 

 

Parfois, on découvre de véritables pépites comme le livre Je fais mes masques de Nathalie Parain datant de 1931 : « Un ouvrage magnifique, complètement novateur dans l’aspect puisque c’est un livre de découpage où l’enfant peut faire des masques. Mais c’est aussi un renouvellement complet de l’esthétique du livre jeunesse, car les illustrateurs étaient des artistes russes éxilés qui ont apporté avec eux tout le modernisme russe, le constructivisme. On se retrouve avec des illustrations très dépouillées alors qu’en France on était encore à l’époque de Bécassine, graphiquement très traditionnelle. »

 

 

 

Le devoir de mémoire d’un secteur méconnu

 

Des chefs-d’œuvre méconnus donc et très peu représentés sur le marché : « Si dans l’histoire du livre jeunesse, il n’y avait pas eu certains ouvrages à l’époque comme Je fais mes masques, on ne pourrait pas faire ce que l’ont fait aujourd’hui. C’est très rare qu’on puisse voir des livres anciens pour enfants, il y a peu de bibliothèques dessus, peu de moyens pour faire des expos. On ne peut pas créer si on ne connaît pas un peu l’histoire, d’où l’on vient ou ce qui s’est fait avant. Il ne peut pas y avoir de civilisation s’il n’y a pas de mémoire et de transmission, c’est du patrimoine vivant. »

 

Tous les livres anciens et rares sont à vendre, avec une valeur pouvant aller jusqu’à 3000 euros : « Il y a plein de livres qu’on aimerait gardés, mais on sait que ceux qu’on vend nous permettront d’acheter et de découvrir autre chose, même si parfois on a des pincements au cœur, car on sait qu’il y a de fortes chances qu’on ne les revoit jamais dans notre vie. »

 

Malgré tout, si le marché du livre ancien a ses adeptes, ceux-ci se font de plus en plus rares faute de savoirs : « Il est difficile d’acheter ce genre de livre si l’on n’a pas un minimum de connaissances, sur l’histoire de l’art par exemple. »

 

Amateur d’art ou collectionneur littéraire, rendez-vous à Chez les libraires associés, à La Goutte d’or à Paris pour faire perdurer l’histoire. Une exposition sur les ombres et silhouettes s’y déroule actuellement et jusqu’au 18 décembre.