Des livres avec une couverture de peau humaine à Harvard

Clément Solym - 26.03.2014

Patrimoine et éducation - A l'international - chair humaine - livres - collection


L'histoire a tous les traits d'un roman de Stephen King, où finalement, il ne manquerait que les incantations sataniques pour convoquer de puissants démons. Ce n'est heureusement pas le cas, mais la découverte récente, dans l'université de Harvard, de trois livres reliés avec de la peau humaine, fait légèrement froid dans le dos. Des titres qui remontent à une époque ancienne, laissant croire que ces pratiques sont révolues. 

 

Human Skeleton

On en a fait un best-seller ?

Michelle Roy, CC BY 2.0

 

 

L'un traite de droit médiéval, l'autre de poésie romaine, le dernier concerne la philosophie française. Tous trois ont pour point commun d'avoir une couverture faite avec la peau d'un être humain. Sur les 15 millions de volumes que compte la bibliothèque, et sans une batterie de tests complets, difficile de savoir si l'on n'en retrouvera pas d'autres...

 

Par exemple, Practicarum quaestionum circa leges regias n'avait rien pour le disinguer vraiment des autres manuscrits. Et à l'oeil, impossible de savoir que cette coloration jaune assombrie, avec quelques taches brunes est due à une peau particulière. Il faut entrer dans le livre, et consulter la dernière page pour le découvrir dans une note qui précise :

La reliure de ce livre est tout ce qu'il reste de mon cher ami Jonas Wright qui a été écorché vif par la Wavuma [Tribu africaine], le 4e jour d'août 1632. Le roi Mbesa m'a donné ce livre, c'est l'une des pauvres possessions de Jonas, avec sa peau en guise de reliure. Qu'il repose en paix. 

 

Sinistre ? 

 

Pour un autre livre, la preuve était plus flagrante, aux yeux d'un spécialiste. Jack Eckert; bibliothécaire de Countway remarque que la traduction des Métamorphoses d'Ovidé dispose d'une couverture étrange. Peut-être que la mention « fabriquée avec de la peau humaine », que l'on retrouve sur la deuxième de couverture, donnait quelques indications. Mais c'était encore sujet à caution et réserve. Jusqu'à ce que l'on balaye les derniers doutes, note Crimson.

 

Le dernier, Des destinées de l'âme [en français dans le texte], écrit par Arsène Houssaye, poète et essayiste, est accompagné d'une note dactylographiée, qui souligne que la couverture provient de la peau d'une patiente, morte d'apoplexie dans un hôpital psychiatrique français, et qui n'avait pas été réclamée. La patiente, pas la peau… Daté de 1880, le livre est dédié au Dr Bouland, un proche de l'auteur, qui écrit qu' « un livre sur l'âme humaine méritait une peau humaine ». 

 

Il semble que le premier des ouvrages réalisés avec de la peau humaine serait une bible du XIIIe siècle. Et probablement retrouverait-on d'autres exemples de ces livres étranges dans d'autres établissements…