Des millions de mots assassinés dans le monde

Clément Solym - 21.03.2012

Patrimoine et éducation - A l'international - disparition - vocabulaire - renouvellement


Une étude scientifique internationale basée sur les deux derniers siècles de littérature en langues anglaise, espagnole et hébraïque, soit quelque 10 millions de syntagmes, révèle un appauvrissement du vocabulaire. Les raisons : les correcteurs orthographiques qui aplanissent le style, et l'utilisation de mots plus courts pour faciliter l'acte de communication. Mais l'expression numérique pourrait à terme équilibrer les résultats.

 

Les intitulés d'étude valent ce qu'ils valent, mais celui-ci annonce la couleur : « La compétition des mots  » : de quoi faire fantasmer n'importe quel linguiste, et les autres. En appliquant des méthodes de mesure statistique au vocabulaire, une équipe de scientifiques internationaux a découvert que plus de mots avaient disparu ces 40 dernières années qu'en deux siècles de publication.

 

 

 

L'analyse s'est faite à partir d'un algorithme complexe qui a passé en revue les publications numérisées par Google (soit 4 % de la littérature mondiale). Grâce à cet algorithme, il sera désormais possible d'analyser l'utilisation d'un mot proportionnellement au catalogue, en expansion permanente. « L'utilisation relative d'un mot dépend de son utilité grammaticale intrinsèque (au regard du nombre de phrases correctes possibles à partir du mot), de son utilité sémantique (au regard des différents sens du mot) et du contexte dans lequel il est utilisé » précise l'étude, disponible en version numérique à cette adresse.

 

Pour expliquer cette déperdition de langage, les scientifiques avancent l'hypothèse d'un nivellement de l'orthographe par les correcteurs automatiques : ceux qui pestent contre la correction automatique façon Apple auront une autre bonne raison de la désactiver. « Avec l'utilisation massive des correcteurs orthographiques à l'ère du numérique, l'orthographe « correcte » d'un mot est beaucoup plus utilisée, au détriment de ses orthographes que l'on dit « incorrectes ». »

 

Ainsi, l'expression du numérique serait finalement unique et affreusement monotone ? Les résultats sont indubitablement à nuancer, pour deux raisons qu'avance l'étude : premièrement, la chute drastique des statistiques pour les 20 dernières années serait en partie due à la raréfaction des fautes d'orthographe dans les livres (personne n'est parfait) et des erreurs d'impression. Deuxièmement, les chiffres montrent que les mots créés récemment ont vu leur utilisation augmenter de façon drastique. Même si la création ne permet pas pour l'instant d'équilibrer les pertes, la langue survivra bien à coup de néologismes.