Des pages imprimées de la légendaire bibliothèque élzevirienne retrouvées

Nicolas Gary - 31.05.2019

Patrimoine et éducation - Patrimoine - bibliothèque Elzevirienne - pages imprimées - manuscrit historique


Au hasard des brocantes et des vide-greniers, les plus ingénieux chineurs font des découvertes incroyables. Spécialisé dans les livres anciens, Frédéric Douin, libraire et rééditeur, a mis la main sur des feuilles 39x62 cm d’un magnifique vergé coton à la forme. Ces dernières venaient de sortir de presse… en 1865.

Page exceptionnelle de la bibliothèque Elzevirienne
ActuaLitté, CC BY SA 2.0, via livres anciens
 

« Auparavant », explique-t-il à ActuaLitté, « les éditeurs imprimaient beaucoup et stockaient les feuilles en plat non pliées. Et s’il y avait le besoin, on pliait, cousait et reliait de nouveaux volumes. En fin de vie, les feuilles imprimées étaient recyclées... Donc il ne reste pas beaucoup de ces feuilles. » Un véritable trésor de guerre en somme.
 

Un héritage d'un siècle et demi


C’est en fouillant que l’on devient trouveur d’or, et l’éditeur a ainsi dégoté toute une pile de feuilles au filigrane de « P. Jannet — Bibliothèque elzévirienne ». Une collection mythique de milieu et fin XIXe, renommée pour la qualité de son papier, et des ses impressions. Légendaire, même, et à plus d’un titre, cette collection : historique, elle fut finalement rachetée, 12 ans après le décès de Pierre Jannet, bibliophile et bibliographe, en 1882 par un certain Eugène Plon, fondateur de la maison du même nom. 

La bibliothèque elzévirienne qu’il avait constituée réunissait plusieurs des grands noms d’auteurs français du XVIe siècle. Et dans un réel travail d’organisation, Pierre Jannet s’improvisa éditeur en structurant les différents volumes de sa collection, sous différents titres.
 

Entre débarras et incendies...


Petit bond dans le temps : après la Seconde Guerre mondiale, la maison Plon décide de vider les stocks qu’elle détenait à Paris, et revend alors à différents libraires ses trésors. Parmi eux, évidemment, les volumes de la bibliothèque de Pierre Jannet, réliés en toile rouge, mais également, « des ballots de feuilles imprimées prêtes à être reliées », s’émerveille Frédéric Douin.

Cependant, en 1944, à la libération « un entrepôt en banlieue du libraire qui les avait repris, est bombardé et prend feu, une grosse partie du stock part en fumée ». Premier coup du sort, mais quelques piles de feuilles survivent. Dans les années 70, le libraire est contraint de se débarrasser du hangar où les feuilles étaient stockées — ainsi que d’autres choses. 

« Il récupéra alors ce qui avait une valeur et mit le reste au pilon. Des milliers de feuilles supplémentaires furent ainsi détruites au pilon. Mais, quelques piles ont encore échappé à la destruction... » De véritables survivantes. « C’est en découvrant mon activité de vente de livres anciens que j’ai été contacté par une personne : elle devait vider le grenier d’une maison située à proximité du fameux hangar de la librairie. »
 

Sauvées du pilon !


Et là, miracle : « Quelques piles de feuilles sont là dans des cartons oubliés. Je dois en avoir une trentaine – toutes différentes car à l’époque, ils assemblaient les feuilles par volume dans les piles. Ce qui permettait de gagner du temps quand ils avaient besoin de relier quelques volumes. » 

« Il faut comprendre comment fonctionnait les éditeurs du XIXe et début XXe. La composition des pages au plomb était la partie la plus couteuse. Quand la feuille était imposée, ils imprimaient beaucoup. Ensuite, ils ne pliaient, cousaient et reliaient qu’une partie de la production », précise le libraire. 

« Les feuilles imprimées étaient stockées. Quand ils avaient besoin de réalimenter les librairies, car le livre marchait bien, ils reliaient à la demande. Après quelques années, soit tout était vendu, soit ils pilonnaient le stock de feuilles imprimées… »

Frédéric Douin poursuit : « On est sur du in-32 c’est-à-dire 32 pages imprimées par feuille (16 recto et 16 en verso). Cette feuille, pliée donnait un cahier de 32 pages. » Les feuilles sauvées seront proposées à la vente, sous cadre à 95 €, comme une pièce de décoration historique, pour habiller l’intérieur de son appartement.


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