Des petits Bretons privés de leur langue régionale

Clément Solym - 10.09.2008

Patrimoine et éducation - Programmes officiels - breton - langues - régionales


Souvenez-vous…au cours de l’été qui s’achève, la réforme de la Constitution française a fait débat entre l’Assemblée nationale et le Sénat. Pour la reconnaissance des langues régionales, ce sont les sénateurs qui ont fait le plus longtemps barrage. Mais désormais, c’est fait. L’on pourra lire dans la prochaine mouture de la constitution : « la langue de la République est le français », tout en ajoutant : « dans le respect des langues régionales qui font partie de notre patrimoine ».


Un grand pas dans l’acceptation des langues régionales ?

Ces quelques mots inscrits dans la Constitution française sont loin d’être anodins. Ils marquent un clair retournement de situation après des siècles pendant lesquels l’Etat, au travers de ses institutions, s’est efforcé de mettre à terre toutes les langues régionales pour asseoir la prédominance incontestée du français.

Mais, comme chacun sait, les mots ne sont pas tout. Il faut que s’ensuivent des actes en rapport. Sur ce point, le problème reste encore grand. S’il existe au sein de l’Education nationale, de nombreuses écoles primaires proposant un enseignement bilingue dès la maternelle, les moyens mis en place ne suivent pas toujours la demande, que ce soit pour l’enseignement du breton, du basque, du corse, du catalan ou encre du créole.

Sur le terrain de l’enseignement, les moyens font parfois défaut :

Pour maintenir ces écoles et les enseignants formés pour ces enseignements spécifiques, c’est un combat de tous les jours qu’il faut mener dans ces temps d’austérité au sein des finances publiques et plus particulièrement de l’Education nationale.

Il se trouve ainsi certains groupes scolaires dépassés par les demandes des familles. C’est le cas de l’école maternelle bilingue (français/breton) de Merville à Lorient. A la rentrée, l’établissement comptait 45 enfants inscrits dans la filière bilingue alors qu’il n’y a qu’un poste d’enseignant bilingue affecté à cette école. Impossible donc d’accueillir tous ces enfants dans cette filière.

Des enfants privés de breton :

Résultat : 20 enfants inscrits pour suivre un enseignement bilingue ont été remis en classe monolingue sur décision de l’inspecteur d’académie. Et, depuis la rentrée, les parents concernés tentent de faire entendre leur voix. Mais, pour l’instant, l’inspecteur d’académie semble rester sourd à ces demandes. Il a même été allégué que lesdits parents pouvaient aller inscrire leurs enfants dans l’autre école bilingue de la ville. Ce qui est une aberration, étant donné que les effectifs de cet autre établissement ne le permettent pas…


Les parents ont notamment reçu le soutien des syndicats d'enseignants, de la municipalité lorientaise et du conseil régional de Bretagne. Une pétition de soutien a été mise en ligne il y a quelques jours, recevant le paraphe de M. Alain BARTHELEMY-VIGOUROUX, inspecteur d'Académie honoraire et auteur de plusieurs livres sur le provençal. Ce dernier a aussi fait parvenir au ministre de l’Education, Xavier Darcos, une missive pour qu’il prenne en compte la situation des petits Lorientais.

Une campagne de soutien s'organise autour de l'école de Merville :

Si vous voulez soutenir également ce combat, rendez-vous sur le site « ouiaubreton » où vous pourrez notamment retrouver la pétition de soutien lancée pour que les jeunes Lorientais puissent apprendre le breton. Mais, je vous invite tout de suite à suivre, en vidéo, la rentrée du petit Anatole, fier de faire ses premiers pas dans l’école primaire de Merville, à Lorient. Sauf que tout ne se passe pas comme prévu…Cette vidéo est disponible sur le site "ouiaubreton".


Vous découvrirez également sur ce site une mine d’informations sur l’enseignement du breton et de bien d’autres langues régionales. Face à des situations souvent difficiles, il est bon de se soutenir les uns les autres et le combat mené pour une langue régionale vaut aussi pour le bien de toutes.