Deux poèmes de Tolkien datés de 1936, retrouvés dans le journal de l'école

Nicolas Gary - 16.02.2016

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Tolkien linguiste, tout le monde connaissait. Romancier, cela s’est imposé par la force des choses. Poète... c’était déjà à découvrir. Et désormais à redécouvrir, puisque de nouveaux textes ont été retrouvés. Publiés alors qu’il officiait comme enseignant, en 1936, à Our Lady’s School de Oxfordshire. Ils avaient été repris dans le magazine de l’école, et le chercheur Wayne Hammond n’est pas peu satisfait de sa trouvaille.

 

 

 

Wayne Hammond avait pris contact avec l’actuel chef de l’établissement, Stephen Oliver : il venait à la pêche aux informations après la lecture d’une note de la main de Tokien. Ce dernier assurait avoir fait paraître deux poèmes dans un magazine qu’il nommait Abingdon Chronicle.

 

Réalisant que cette publication était reliée à l’école, Hammond s’empresse de solliciter l’établissement, mais il fait chou blanc. Impossible de remettre la main sur l’exemplaire, dans les archives des Sœurs de la Miséricorde.

 

L’idée est alors venue de tenter le coup en passant par les anciens élèves de l’école. Banco : les deux textes sont bien signés de Tolkien, et s’ancrent dans une histoire littéraire plus large.

 

En effet, le premier The Shadow Man serait la première version d’un texte que l’on retrouvera dans un livre de 1962, Les Aventures de Tom Bombadil.  

 

Le second est un chant de Noël, un poème qui ne ferait pas tache dans le monde de la Terre du milieu : tout y est sombre, le feu éteint... 

 

L’école, fière de sa découverte, prévoit de présenter les textes à l’occasion d’une exposition. « Les deux poèmes sont chargés d’atmosphère et imprégnés d’un air de mystère. Je suis très ému quand je les lis », assure le directeur de l’école. Selon lui, les textes « seront appréciés par les amateurs de Tolkien, partout ».  (via Guardian)

 

Tolkien, poète...

 

Le 24 septembre 1914, l'auteur âgé de 22 ans passait ses vacances scolaires dans la ferme de sa tante. Et s'il n'avait pas encore écrit ses vastes œuvres en prose, le jeune homme se passionnait déjà pour la versification, les langues anciennes et la littérature du Moyen-Âge. Il écrivit ainsi un poème mystérieux, le premier évocateur de son univers fictif, Le Voyage d'Earendel (ou Eärendil), l'étoile du soir, en français, qui raconte le voyage céleste d'un navigateur et de ses compagnons de fortune.

 

Certains allaient soutenir que l'écrivain ce serait possiblement réapproprié un poème de Mary Shelley, racontant comment une nymphe fuit une divinité en plongeant sous la terre, un mythe destiné à illustrer l'origine des phénomènes naturels. Mais ce thème est également présent en toutes sortes de mythologies, comme celles germanique, nordique, où encore hellénique... Ainsi certains commentateurs auront fait le rapprochement avec un autre navigateur de la littérature, Ulysse.

 

Cependant loin de faire du simple plagiat, le philologue allait recréer un monde sans oublier ses détails comme ses langues. L'histoire du personnage d'Eärendil allait par la suite être étoffée dans divers contes de Tolkien, et dans des ouvrages plus conséquents comme Le Seigneur des Anneaux et Le Silmarillion, pour devenir une sorte de légende locale, un lien mythologique entre les temps anciens de la Terre du Milieu et la période plus tardive de la Guerre de l'Anneau.