Dickens oeuvrait à la réinsertion des femmes au XIXe

Louis Mallié - 12.05.2014

Patrimoine et éducation - A l'international - Dickens - Urania Cottage - Philanthropie


Une lettre de Dickens datée de 1852 sera mise sous le marteau, le 21 mai prochain par la société de vente aux enchères Christie's. adressée à l'infirmière Georgiana Morson, la lettre évoque une certaine Eliza Wilkins, une des nombreuses femmes accueillies au sein de l'Urania Cottage, maison d'hébergement destinée aux femmes sans abris fondée par l'écrivain...

 

 

L'Urania Cottage, 

Anonyme, Domaine Public

 

La lettre recommande à l'infirmière une nouvelle pensionnaire pour l'institution philanthropique : « Auriez vous l'obligeance d'envoyer des sous-vêtements à Eliza Wilkins, ainsi qu'un peu d'argent pour prendre un bain chaud - ou même deux pour bien faire - et des conseils lui indiquant quand en prendre… cela devrait lui permettre d'être propre et saine », écrit le romancier anglais.

 

Fondée à Londres en 1847 avec l'aide de la baronne et philanthrope Angela Burdett-Coutts, l'Urania Cottage se présentait comme un foyer pour les femmes sans abri, un « home for homeless ». Entièrement gratuit, il refusait les méthodes punitives employées par les autres établissements de l'époque, souhaitant une atmosphère « stricte, ferme, joviale et encourageante », dans le sien.

 

C'est que le romancier anglais n'avait pas oublié son adolescence : une partie de sa famille étant emprisonnée pour dette, il avait été hébergé par des jeunes femmes rencontrées dans la rue, et dont les profils étaient proches de ceux de celles qui vinrent habiter l'Urania Cottage : anciennes prostituées, bagnardes...  

 

Aussi, radicalement coupées de leurs milieux, les femmes apprenaient la lecture et l'écriture, ainsi que la gestion d'un foyer, et un métier. Le tout en vue de se marier, et de trouver un travail. La maison entendait ne porter aucun regard sur le passé des jeunes femmes, même si Dickens, inlassable collecteur d'histoire, n'a pas manqué de se servir de quelques-unes d'entre elles pour plusieurs dans ses oeuvres...

 

Quoi qu'il en soit, dès 1853, il reportait dans un article du Household Words, les résultats obtenus. Sur les 56 résidentes, 30 « se portaient à merveille », après leur départ pour le Canada, ou l'Australie, bien que trois aient « rechuté ». 14 d'entre elles auraient décidé de quitter l'établissement, et 10 autres auraient été chassées pour « mauvaises conduites ». L'une d'elles auraient notamment forcé la serrure de la cave à bière avec un couteau de cuisine et une autre auraient, selon les termes de l'écrivain, et capable de « corrompre un couvent en quinze jours »...

 

L'opinion de l'époque était fortement choquée par le laxisme des méthodes, et particulièrement par le fait qu'on apprenne aux jeunes femmes... à jouer du piano !  Mais ceci n'empêcha pas la maison de permettre  à une centaine de celles dites « perdues »  de se réinsérer avec succès dans la société, et ce, jusqu'en 1862 - date à laquelle les problèmes personnels de l'auteur ne lui permirent plus de s'en occuper.

 

Quant à l'infirmière à qui était destinée la lettre, elle avait quitté l'établissement afin de se remarier... à la grande tristesse des jeunes femmes.