Droit de réponse de l'Association des archivistes français

Nicolas Gary - 12.04.2013

Patrimoine et éducation - Patrimoine - droit de réponse - archivistes - données personnelles


Suite à un précédent article publié par la rédaction, l'Association des archivistes français a demandé un droit de réponse, pour préciser ses positions, estimant que l'article ne portait pas l'accent sur les réflexions de l'Association. Nous publions ici, dans son intégralité, la réponse que l'AAF a souhaité faire paraître.

 

 

Archives Nationales Francaises

Fiona Bradley, CC BY 2.0

 

 

Droit de réponse de l'Association des archivistes français (vendredi 12 avril 2013, 12h)

 

Dans l'article daté du 11 avril 2013 de M. Oury, qui annonce une mise à jour de nos positions, en se basant logiquement sur notre communiqué de presse daté de la veille et intitulé « Point d'actualité n°2 », plusieurs inexactitudes appellent une mise au point de notre part : 

 

- à notre connaissance, « La Quadrature du Net » n'a pas officiellement exprimé de doutes sur la pétition initiée le 21 mars 2013 ; en tout cas, le journaliste ne donne aucune référence à ses lecteurs.

 

- cette pétition est citoyenne et relaie les préoccupations (et non « protestations »), non seulement des archivistes, enseignants-chercheurs, généalogistes mais aussi de très nombreux individus de toutes professions et tous horizons … Sinon, la pétition n'aurait pas atteint les 40000 signataires ! Cela va donc bien au-delà de toute logique corporatiste.

 

- notre « point d'actualité » visait bien à réaffirmer la nocivité, inhérente à certains amendements mais aussi dans  projet de règlement européen lui-même, pour le droit des individus et la transparence des activités de l'Etat et des organisations  ; si nous avions pu donner l'impression d'être « perdus dans les textes » (second titre de l'article du même auteur initialement mis en ligne le 5 avril et « corrigé » le 7 avril), nous persistons dans cette affirmation et signons officiellement dans ce droit de réponse.

 

- le journaliste mentionné ne semble pas avoir vraiment consulté le « tableau récapitulatif » pour approfondir ce point, mais a préféré (re)donner la parole à certaines anciennes critiques, ne prenant même pas en compte notre dernier « point d'actualité », pourtant prétexte de ce nouvel article. Suit une longue citation purement descriptive des premières lignes de présentation de notre tableau pour en conclure que « le document revient sur les amendements... ». Or, ce tableau récapitulatif met bien en regard non seulement les amendements 1 à 350 (colonne 2) mais aussi le contenu même du projet de règlement (colonne 1), en soulignant, pour chacun, les risques et les implications qu'il comporte au regard du droit des individus, du droit à l'oubli, du Code du patrimoine, des lois informatiques et libertés, et non basées sur de simples "inquiétudes" d'une profession. 

 

Il est, d'ailleurs, illusoire de penser que seul le projet de règlement importe, les amendements n'étant "pas encore inscrits dans le texte", donc pas dangereux : le parlement européen va étudier article par article tous les amendements. Nier cette évidence, c'est méconnaître le fonctionnement des institutions, et, à l'heure où l'Europe prend une part si importante, c'est une démarche imprudente, anti-citoyenne et bien peu « experte ».

 

- enfin, quant au texte de la pétition, il n'a jamais été « corrigé » ; la page de la plateforme change.org est, elle, « corrigée », modifiée, enrichie, « mise à jour » régulièrement : c'est sa vocation et c'est appelé à continuer en s'amplifiant dans le cadre de cette large mobilisation. 

 

Aussi, bien peu de « clarté » dans ce nouvel article, alors qu'il devrait s'agir d'éclairer le jugement de chaque lecteur, internaute, citoyen, ce que nous continuerons à faire, à notre échelle et selon la vocation de notre association. Les choses sont claires pour nous et les près de 40 000 signataires de la pétition, l'esprit de certains journalistes et « experts » semble plus confus. 

 

L'auteur de cet article a voulu tenter de prouver qu'une association professionnelle depuis longtemps reconnue s'est avancée sur un sujet qu'elle semble ne pas maîtriser, en laissant entendre que sa démarche est confuse, qu'elle ne serait pas soutenue par certains réseaux, au lieu de voir en elle, et en ses membres, des lanceurs d'alerte ayant à cœur de défendre les droits individuels et collectifs et le droit à la mémoire, dont la prise de position a fait l'objet d'une réflexion professionnelle mature et responsable. A l'heure où nous écrivons ces lignes, 39790 personnes lui prouvent le contraire.

 

L'auteur conclut son article sur le nombre de signatures et sur le fait que la pétition « est toujours en ligne ». Que l'auteur et l'ensemble des lecteurs se rassurent : elle va le rester, toujours plus massive, tant que nos interlocuteurs, les parlementaires européens n'auront pas répondu à nos questionnements en apportant des garanties claires et tangibles au-delà des réponses courtes et publiques du député européen – rapporteur Jan Philipp Albrecht. Nous ne doutons pas que la rédaction d'ActuaLitté suivra avec acuité la suite de cette mobilisation et ses vrais enjeux.

 

 

NB : La rédaction de ActuaLitté tient à remercier l'AAF de ces importantes précisions, qui clarifient leur prise de position. Nous soulignons toutefois que l'article pointé avait tout d'abord pour vocation de préciser le contexte de cette situation, et regrettons que cette contextualisation n'ait pas été bien comprise. Depuis, la Quadrature du Net a été contactée, pour pouvoir diffuser clairement la position de l'organisation.

 

Toutefois, ActuaLitté rappelle qu'en qualité de média, il lui revient de pouvoir, en toute objectivité, ne pas être contraint de communiquer selon les termes choisis par l'AAF, mais selon ses propres conclusions.