Du côté de chez Swann : un rarissime exemplaire s’envole à plus de 500 000 €

Béatrice Courau - 31.10.2017

Patrimoine et éducation - Patrimoine - Proust enchères manuscrits - Proust edition rare - enchères proust vente


C’était une pièce exceptionnelle qui était présentée par la maison Sotheby’s hier. Ayant appartenu au mythique Louis Brun, éditeur de Proust chez Grasset, puis à Roland Saucier, libraire de légende, le volume relié contenait en outre divers documents manuscrits rajoutés par son destinataire initial. Il a été adjugé à 535 500 euros.

 


 

La pièce est rarissime à plus d’un titre : c’est l’un des 5 seuls exemplaires imprimés sur papier Japon, et contient outre le texte original de la première édition de Swann chez Grasset, 21 pages de documents autographes, dont 6 lettres à Bernard Grasset et Louis Brun, et 2 manuscrits de textes à faire paraître, à la demande de l’auteur, dans le Figaro et le Journal des Débats pour promouvoir la sortie de Swann.

 

Proust soudoyait la presse, voire rédigeait ses propres critiques


L’exemplaire évoque toute l’aventure éditoriale de la Recherche du Temps Perdu. Après avoir essuyé nombre de refus, dont celui (et Gide en reconnaitra toute sa vie la responsabilité, et en portera le remords et le regret) de la NRF, Proust se tourne vers Grasset qui acceptera de le publier à compte d’auteur. Il paraîtra le 14 novembre 1913.

 

Profitant des retards éditoriaux dus à la guerre qui débute, Gaston Gallimard, Gide et les comparses de la NRF se lanceront alors à la conquête de l’écrivain. Ce sera chose faite en 1916, et ils finiront par publier La Recherche : en juin 1919 paraitront A l’ombre des jeunes filles en fleurs, une nouvelle édition estampillée NRF de Du côté de chez Swann et Pastiches et mélanges. 

 

Malgré tout, Proust restera reconnaissant à son premier éditeur, et c’est à Louis Brun, directeur des éditions Grasset, qu’il dédicacera son exemplaire d’exception originel, imprimé sur papier japon, dont l’imprimatur mentionne la date du 8 novembre 1913.

 

Racheté lors de la vente Louis Brun de 1942, l’exemplaire suivra le même chemin que l’oeuvre elle-même : elle passera des mains de Brun à celles de Louis Saucier, mythique libraire et bibliophile, qui tint durant presque un demi-siècle la librairie fondée par Gaston Gallimard.


<

>